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Actualité nationale : Komi KOUTCHE explique, apprécie, critique et propose

Entretien avec Komi KOUTCHE

Sortie médiatique peu ordinaire ce lundi. L’ancien Ministre de l’économie, des finances et des programmes de dénationalisation est intervenu sur la télévision Canal 3 Bénin sur tous les sujets d’importance de l’actualité nationale. Presque douze mois déjà que Komi KOUTCHE s’était éclipsé  de la scène publique après sa passation de service. Et il est revenu par la grande porte. Sans langue de bois, il a expliqué plusieurs faits que le gouvernement en place lui avait reprochés dans certains dossiers. Des dossiers dans lesquels, pour la plupart, il n’était mêlé. Ayant fait l’expérience de la gestion des affaires publiques, Komi KOUTCHE a fait une analyse critique du Programme d’action gouvernementale. Loin de toute utopie, il a relevé les points forts du PAG avant de faire des propositions alternatives pour une amélioration des conditions de vie des populations.

 

 

Il y a un an environ que vous êtes intervenu sur les médias. A quoi vous intéressez-vous et pourquoi ce silence ?

Entretien avec Komi KOUTCHE

Je vous dirai simplement que je m’occupe à renforcer ma connaissance et accroitre ma résilience.  J’allais vous poser la question de savoir pourquoi pas le silence depuis un an. Mais puisque je sais que vous attendez des réponses de moi, je vous dirai que, pour ma connaissance sur les hautes fonctions d’un Etat, quand on sort des charges qui ont été les miennes, le sens de l’Etat vous impose l’obligation de réserve. C’est l’une des premières raisons de mon silence. La deuxième raison, c’est que si je devais parler depuis le soir du 06 avril, je ne sais pas de quoi je devais parler. Nous avons eu suffisamment de temps pour défendre notre bilan, pour le vendre aux populations aux mains desquelles le Président Boni Yayi a obtenu son mandat. Donc, c’est un nouveau pouvoir qui venait de s’installer. C’est son tour de présenter son bilan. Si je devrais parler depuis le 6 avril à ce jour, je n’aurais rien à dire, si ce n’est que pour critiquer les autorités qui viennent de s’installer et qui n’avaient pas de bilan. Cela friserait de l’aigreur. Le sens de la sagesse m’impose une observation vigilante et c’est ce que j’ai fait. La dernière raison, c’est que si nous nous mettons à discuter depuis le 6 avril, ce serait un dialogue de sourds. Les autorités venaient de s’installer. Ils n’étaient pas encore au fait des réalités. Il y en a parmi eux qui connaissent le pays, mais qui n’avaient pas la possession des derniers développements en ce qui concerne les défis de gouvernance de notre pays. Quand vous savez les conditions dans lesquelles l’alternance est intervenue, c’est pratiquement un ennemi qui remplace un autre. On ne pouvait pas s’attendre à ces genres de communication au début. Si nous devons réagir, il y  aura un dialogue de sourds. Je pense qu’il serait normal de les laisser s’éprouver. D’avril 2006 à aujourd’hui, il y a des faits auxquels on aurait pu répondre hier, mais on se serait lancé dans un dialogue de sourds, alors qu’il y a d’autres défis qui attendent. Les faits et l’épreuve de la réalité ont déjà répondu à notre place.

 

A peine  vous revenez au pays, pourquoi vous faites-vous si rare ?

 

Entretien avec Komi KOUTCHE

C’est une question d’agenda. Si vous me suivez, c’est que je suis cohérent envers moi-même. Quand je votais le 20 mars dans mon village, j’avais exactement dit que quelle que soit l’issue du scrutin, c’est notre démocratie qui s’en sortirait grandie. J’avais aussi dit que c’est l’une des rares fois que, depuis un certain nombre d’années, le Bénin aurait trois années franches pour s’occuper des questions de développement. Parce que toutes les autres années s’étaient entremêlées d’élections à n’en point finir, au point où on n’avait pas de visibilité franche sur 2 ans pour parler de développement. Et lorsqu’on a dit tout cela, on ne se lance pas dans la politique politicienne au lendemain du 6 avril.

Ce n’est pas  parce qu’on est sur le terrain en train de crier qu’on fait la politique. Je vous dirai donc que c’est pour rester cohérent avec moi-même. Je suis dans mon agenda et je l’observe de la façon la plus rigoureuse possible.

 

Il y a eu des dossiers de la République qui vous interpellent à plus d’un titre. Malgré cela, vous vous êtes tu. Pourquoi ?

Entretien avec Komi KOUTCHE

Je vous ai dit tout à l’heure que ce n’était pas utile d’abreuver les populations au soir du 6 avril avec un dialogue de sourds. Pour nous, nous avions eu les meilleurs schémas pour aller aux élections. Mais le peuple souverain a pensé que ce n’était pas cela et a porté son choix sur le Président Patrice Talon. Nous lui souhaitons beaucoup de chance. Si on devait répondre du tac au tac, on s’enliserait dans des débats inutiles. Alors que je pense, dans ma position antérieure et de ce que je sais aujourd’hui, de ma position par rapport à tout ce qui concerne l’économie nationale, régionale et internationale, que le pays est dans une crise profonde, à l’instar de la sous-région, il faut laisser les gens y faire face. Ce que je peux leur faire, c’est d’annoncer la température de l’eau, pendant qu’ils étaient aux petits bas-fonds de la piscine. Maintenant, je crois qu’ils vont progressivement vers les grands bas-fonds. Et si vous prenez chacun de ces morceaux qui ont été choisis au lendemain du 6 avril, vous verrez que tout ce qui a été évoqué comme problèmes sous l’ancien régime se répète sous le régime actuel.

 

Le régime actuel a dit que vous avez laissé le Bénin dans un état catastrophique, que les trésoreries sont négatives et des contrats auraient été signés à tour de bras. Votre réaction à tout ce qu’on a évoqué.

Entretien avec Komi KOUTCHE

Avant de répondre à ces questions, je voudrais vous dire que je ne renierai jamais mon passé. J’assume et j’assumerai toujours ce que j’ai contribué à faire. Si l’expérience que j’ai faite dans le gouvernement du président Boni Yayi était à refaire, je le referais avec sourire aux lèvres. Le Bénin, comme la sous-région, est dans une récession économique profonde. La conscience patriotique oblige qu’on s’occupe des questions essentielles qui, pour moi, sont d’aider le gouvernement à pouvoir apporter des solutions réelles.

Je parlerai dans un langage simple. Il est de notoriété publique qu’en Afrique, lorsqu’une alternance intervient, il y a toujours des velléités de justification de point de départ. Donc, je considère tout cela comme des communications politiques. En 2006, on avait dit, au point de départ, que le Président Kérékou avait laissé 200 millions dans les caisses de l’Etat. En 2016, le Président Talon, hier ami du Président  Boni Yayi, était venu au pouvoir avec l’état des relations que vous connaissez entre eux. Il n’y avait donc pas de raisons qu’on espère le contraire de ce qui s’est passé jusque-là. Donc, je considère que c’est de la communication politique. Personne de tous ceux qui ont communiqué sur la situation catastrophique dont vous parlez ne vous a dit les caractéristiques et les indicateurs d’une économie catastrophique. Mais moi, je vous dirai les indicateurs d’une bonne économie. Et vous verrez que nous avons laissé une économie qui, comparativement aux économies ayant les mêmes structures que celle béninoise, était l’une des meilleures.

Trois indicateurs essentiels permettent d’apprécier la santé de l’économie au plan international. Le premier indicateur, c’est le taux de croissance.  A ce sujet, nous sommes partis  avec un taux de croissance de 5,4%, avec une constance autour de 5,5 % sur 4 années successives, et même des pics allant au-delà de 6% à des moments donnés. Ce n’est pas donné à toutes les économies de la taille de celle béninoise. Il y a des pays industrialisés qui tutoyaient des taux de croissance de 0%, et même moins.

Comparaison n’est pas raison, mais je pourrais vous dire qu’on ne peut parler que sur ces indicateurs. On ne peut pas tabler sur des indicateurs nouveaux pour le Bénin. Ce qui permet d’apprécier l’économie américaine, c’est ça qui permet d’apprécier l’économie française ou béninoise. La seule différence, c’est la structure de chaque économie. Par rapport à la structure de l’économie béninoise, ces indicateurs, au moment où on partait, étaient des meilleures possibles.

Le deuxième indicateur, c’est le taux d’inflation. Et pour une norme communautaire de 3%, nous avions laissé un taux d’inflation de 1,2% maximum.

Le troisième indicateur, c’est le taux de chômage. A ce sujet, à l’instar de tous les pays au monde, nous n’avons pas pu atteindre le plein emploi. Mais quand on compare la situation, il y a 10 mois, à celle actuelle, la balance est certainement déficitaire. Puisque d’avril à ce jour, il y a eu plus de suppressions d’emplois que d’emplois créés.

 

Est-ce la liquidation de certaines sociétés qui vous fait dire cela ?

Entretien avec Komi KOUTCHE

C’est un élément parmi tant d’autres. On ne disait pas que c’était la meilleure situation qu’il pouvait y avoir. Mais je pense que la situation économique qui avait été laissée n’était pas catastrophique.

 

Est-ce que la trésorerie était effectivement négative, comme l’a fait constater le gouvernement actuel ?

Entretien avec Komi KOUTCHE

Non, il n’y avait pas de trésorerie négative. Je vous dis avec le cœur net que nous sommes partis avec 47 milliards de Fcfa dans la caisse de l’Etat.

Il n’y a pas une norme en matière de trésorerie pour un pays comme le Bénin. Laisser 47 milliards de Fcfa dans les caisses de l’Etat était beaucoup.

 

Les 47 milliards étaient-ils à déduire des 250 milliards d’emprunt obligataire ?

Il ne faut pas faire d’amalgame. Les 47 milliards de Fcfa, c’était la trésorerie dans les caisses de l’Etat au moment où nous étions en train de partir. Pour ceux qui connaissent un peu le contenu des indicateurs, on n’en fait pas trop un problème. Surtout lorsqu’on est dans la vie politique, on sait qu’un gouvernement ne peut pas venir et commencer par applaudir celui qui est parti. Et quand on prend tous les documents que l’actuel gouvernement élabore et envoie au parlement ou ailleurs, vous verrez que ce qui est écrit n’est pas exactement ce qui est dit.

Nous avons laissé 47 milliards de Fcfa. J’y ai veillé personnellement. Je voulais même qu’on laisse un montant indicatif de 50 milliards de Fcfa. Malheureusement, avant que je ne passe service le 7 avril 2016, il y avait 3 milliards de commission de transfert que nous attendions de la Bceao et qui est venue juste après mon départ.

J’avais dit au Président de la République que le pays est dans la récession économique, tout comme la sous-région. Il faut que les nouvelles autorités qui venaient, trouvent quand même un minimum pour pouvoir lancer leur machine. Donnez-moi un seul exemple d’alternance dans la sous-région où on a trouvé 50 milliards Fcfa. Mais comme je vous le dis, c’est de la communication politique. Le nouveau gouvernement a effectivement constaté 47 milliards dans les caisses de l’Etat, mais pour pouvoir tout de suite annuler l’effet de l’existence des 47 milliards, on a fait un rapprochement de 161 milliards d’instances pour dire qu’il y a trésorerie négative. Je voudrais m’inscrire en faux.  On ne peut pas parler de trésorerie négative, parce qu’un Etat ne se retrouve jamais à une situation d’instances égale à zéro. Au moment où nous étions en train de partir, il y avait 161 milliards d’instances qui sont en réalité tous les besoins de trésorerie auxquels le trésor public a à faire face à un moment M. Et ces besoins sont caractérisés. La norme, c’est qu’aucune des instances ne dépasse trois mois. Au moment où nous partions, il n’y avait pas d’instances dépassant trois mois. En matière de comptabilité, on parle de trésorerie négative lorsque la balance entre les dépenses urgentes et la recette disponible en termes de trésorerie est négative. Alors que sur les 161 milliards, ce n’est pas tout qui était des dépenses urgentes. Sur les 161 milliards, il y avait près de 60 milliards de Fcfa qui concernaient les engagements de l’Etat envers lui-même, c’est-à-dire, ce que l’administration centrale devait à Bénin-Télécoms, à l’Ortb, à la Sbee. En ma qualité de ministre de l’économie et des finances, j’avais mis en place une commission pour faire comprendre que c’est des structures qui sont censées être des centres de profit. C’est des structures au profit desquelles l’Etat a alloué des subventions importantes. Donc, il fallait que la commission travaille pour faire la balance afin de voir le solde net. Ce n’étaient pas des dépenses urgentes. Ce qu’il y a avait comme dépenses urgentes, c’est ce qui est dû aux opérateurs économiques privés, puisque c’est eux qui permettent de faire tourner l’économie. C’était de l’ordre de 24 milliards de Fcfa. Et comme je vous l’ai dit, les 161 milliards représentent l’ensemble des instances de paiement au moment où nous partions. Quand elles dépassent 3 mois, elles deviennent des impayés, et au sens des règles du Fmi, elles deviennent des problèmes budgétaires.

Nous étions partis à un moment où les recettes de l’Etat tournaient entre  60 et 65 milliards ou plus par mois en moyenne. Donc, si vous convenez avec moi que nous avons environ 25 milliards de Fcfa de  salaire que nous payons mensuellement, on est à environ 30 ou 35 milliards de Fcfa. Si nous devons soustraire ce montant des 65 milliards de Fcfa chaque mois, vous vous seriez rendu compte que les 161 milliards dont nous parlons n’atteindraient pas 3 mois avant d’être apurés. Donc, il n’y avait pas de trésorerie négative.

Maintenant, vous avez parlé d’emprunt obligataire au dernier moment. Je voudrais que nous levions aussi l’équivoque. La question du dernier moment, je ne vois pas à quoi vous voulez faire allusion. Un mandat court du premier au dernier jour. Donc, le président de la République, ayant un mandat du peuple, et qui est entouré d’une équipe, est responsable de ce mandat en toute légitimité du premier au dernier jour. Il n’y a donc pas une disposition constitutionnelle qui dise qu’il ne faut plus prendre des actes quand on est à  2 ou 1 jour de la fin de son mandat.

 

Mais la constitution a dit qu’il faut savoir raison garder, ne pas stresser l’équipe qui va s’installer…

Entretien avec Komi KOUTCHE

Quel  est l’article de la Constitution qui le dit ? Je crois qu’on doit aller aux choses concrètes. Ce n’est pas une supérette laissée par quelqu’un pour qu’à son retour du voyage, il dise qu’on l’a vendu à tel montant au lieu de tel autre. C’est un mandat légitime. Et je suis peiné, lorsqu’on apprécie pour justifier les actes légitimes posés par un gouvernement. On n’est pas obligé de procéder de la même manière. Je souhaiterais donc que nous balayions cette affaire de « dernière minute ».

Secundo, on ne peut pas dire qu’on était sûr qu’on allait perdre les élections, et pour cela, on a voulu laisser un passif lourd à l’équipe qui allait s’installer. J’avais dit qu’il fallait laisser 50 milliards F Cfa quelle que soit l’équipe qui allait s’installer. Donc, ces deux éléments réunis permettent de balayer cet esprit de ‘’compliquer la tâche à l’équipe qui va s’installer’’.

 

A quoi ont servi alors  les 250 milliards de Fcfa ?

Entretien avec Komi KOUTCHE

C’est une décision responsable pour assurer la crédibilité de l’Etat. Parce qu’à un moment donné, les banques ont eu de difficultés, compte tenu d’un certain nombre de dossiers que je n’évoquerai pas ici avec le secteur privé. Il était même arrivé que certaines parmi elles se soient retrouvées dans des situations où, si elles devraient approvisionner tout ce qu’il y a comme dette au 31 décembre 2015, elles seraient obligées de procéder à la recapitalisation. Donc, ma responsabilité en tant qu’autorité de tutelle était de prendre une décision. Cette décision avait simplement consisté à dire qu’on fasse le point de toutes les créances des banques sur l’Etat. Vous savez qu’il y avait des banques qui trainaient des dettes de l’Opt depuis des années. C’est ça la continuité de l’Etat. Après avoir fait le point, nous nous sommes  retrouvés à 180 milliards de Fcfa. Il fallait donc trouver un mécanisme pour que cela ne vienne pas plomber la structure financière des banques. Alors, sur ma proposition en Conseil des ministres, j’ai décidé qu’on aille sur le marché, mobiliser auprès des mêmes banques des lignes de ressources avec une maturité plus longue pour repousser les échéances à maturité courte. En conclusion, ce n’était qu’une substitution d’engagement de l’Etat à maturité courte à celle d’engagement de l’Etat à maturité longue. Cela va permettre à l’Etat d’avoir plus d’aisance dans la gestion de sa trésorerie. Le montant est estimé à 180 milliards de Fcfa. L’Etat n’a pas encaissé les 250 milliards dont vous parlez. L’Etat a mobilisé auprès des banques et les a substitués à des engagements qui existaient déjà. Quant aux 62 milliards restants, on devait organiser les élections présidentielles en 2016. On ne pouvait pas attendre le 1er janvier 2016 pour commencer par financer l’organisation de ces élections. De ma position, j’avais pris l’engagement ferme de ne pas être responsable de la non-tenue des élections pour faute de moyens. Dans les 250 milliards de Fcfa, nous avions dégagé près de 30 milliards pour le Cos-Lépi et la Cena. A cela, il faut ajouter d’autres dépenses liées à la crise énergétique et les dépenses budgétaires. Ce sont des actes légitimes de gestion. Aucun gouvernement ne peut se passer de l’endettement. L’essentiel, c’est qu’il soit raisonné. A ce sujet, nous étions partis avec un endettement de 41%. Mais quand nous partions, le stock d’endettement restant était un encours de 2200 milliards Fcfa. Rapidement, l’équipe en place a tôt fait de dire qu’on a laissé un endettement colossal de 2200 milliards de Fcfa. C’est comme si c’est dans les trois derniers mois qu’on a contracté 2200 milliards Fcfa. Au fur et à mesure qu’on évolue, les populations qui avaient été embrouillées à l’époque commencent par comprendre.

On était parti avec un ratio  de 41% du Pib au moment. La norme est de 70%. Donc, il y avait encore un écart de 29%.

Les 2200 milliards dont il est question, c’est l’encours d’endettement du gouvernement au 6 avril.  Quand on parle d’encours d’endettement, c’est la différence entre ce que l’Etat a eu comme engagements vis-à-vis de tous ses partenaires et ce qui est payé. C’est ça qui donne ce qui reste à payer. Quand on sait qu’il y a des créances des partenaires de l’Etat qui vont jusqu’à 25 ans, cela veut dire que dans les 2200 milliards de Fcfa, on a le solde des emprunts qui ont été contractés au début des années 90 par le Président Soglo, le solde des emprunts contractés de 1996 à 2006 par le Président Kérékou et celui contracté de 2006 à 2016 par le Président Boni Yayi. Voilà ce qu’on appelle encours qui faisait 41%.  Ce n’est pas Boni Yayi qui, en janvier 2016, est allé emprunter les 2200 milliards de Fcfa.

 

Comme le mandat n’était pas fini, on pouvait signer des contrats aux amis et autres…

 

Ce sont des reproches que le gouvernement a faits, mais il faut faire remarquer que les mêmes projets qui sont rejetés par le gouvernement actuel sont en train d’être exécutés. Ça veut dire qu’on ne s’était pas trompés. La seule chose, c’est que ces projets ne sont pas réalisés au temps de Boni Yayi. Le plus important, c’est que les populations aient les infrastructures.

Gouverner, c’est prévoir. Et les réalités économiques ne sont pas des choses qui s’inventent. Quand une économie est en récession, il y a un certain nombre de leviers sur lesquels le gouvernement peut actionner. Le premier levier, c’est l’investissement qui concourt à la formation brute de capital fixe. Le second levier, c’est la politique monétaire.

Le deuxième levier, c’est la politique monétaire, c’est-à-dire si nous étions dans une souveraineté monétaire, ce qui n’est pas le cas, nous allons actionner la planche à budget pour faire baisser le taux d’intérêt et stimuler l’investissement privé. Et le troisième levier, c’est la politique fiscale. La consommation étant un investissement coloré avec le niveau d’imposition, l’Etat a l’obligation de faire en sorte qu’il puisse jouer sur la politique fiscale pour pouvoir stimuler et soutenir la croissance au niveau des populations. Ce que nous avions choisi à l’époque, c’était d’aller vers l’investissement parce qu’il concourt à la formation brute du capital fixe. Et c’est en cela qu’il avait été demandé à certains ministères dont les activités touchent à des investissements comme par exemple l’énergie et les travaux publics, d’initier des projets.  Et ces projets ont été initiés, pour le ministère des TP, c’était 2000 kilomètres de routes à bitumer. L’Etat n’ayant pas de moyens, a choisi de pouvoir aller dans ce que nous appelons les préfinancements, et les contrats au moment où ils étaient signés, n’étaient même pas des engagements de l’Etat, ce n’était pas encore un endettement. Ça devient un endettement lorsque des infrastructures sont réalisées et transférées à l’Etat. Et donc, lorsqu’aujourd’hui, il est dit qu’on a signé des contrats pour porter l’endettement à 70% et que ça a été annulé, je dis aussi que c’est de la communication politique. Parce que je veux qu’on enseigne en matière de finances publiques, la procédure par laquelle on peut annuler si facilement des contrats et des engagements, il n’y en a pas. Parce que ce n’étaient pas encore des engagements du gouvernement, ça a pu être annulé, sans que cela ne pose de problèmes, et c’est en train d’être réglé. Ces projets, quand ils ont été initiés, nous avons exigé personnellement que le ministère des TP fasse un appel à concurrence. Ce qui a été fait, donc quand on dit que ces contrats ont été attribués à la va-vite sans l’observation d’aucune procédure, je dis que ce n’est pas vrai. Pour ce que je sais, j’ai même exigé, pour en être certain de présider certaines réunions auxquelles les entrepreneurs privés qui avaient été sollicités par le ministère des TP ont participé. Donc quand c’est fini, nous nous sommes dit au ministère des finances qu’il fallait définir les axes prioritaires ces axes que nous avons choisis, c’étaient Savalou-Djougou et quelques autres axes qui ont une priorité économique très forte. Savalou-Djougou parce que, si la voie Savalou-Djougou au regard de son état n’est pas réfectionnée, il faut fermer le Port autonome de Cotonou. Parce que notre Port, c’est avant et après tout, le port des pays de l’hinterland. Et celui qui quitte Ouagadougou et qui va à Lomé a seulement 70 kilomètres de différence par rapport à celui qui vient à Cotonou. S’il est sûr qu’en faisant 70 kilomètres, il va garder ses marchandises alors qu’en venant à Cotonou, il va économiser 70 kilomètres et faire perdre ses conteneurs dans les trous, il préfère aller à Lomé. Et donc, c’est ce que nous avions fait, mais en conseil des ministres, la décision avait été prise qu’il fallait aller à ces investissements massifs pour pouvoir soutenir la croissance et anticiper sur les effets néfastes de la récession économique dans laquelle nous étions en train d’entrer. Et en matière de ratio d’endettement, nous avions fait des simulations dans l’hypothèse que si toutes les entreprises devraient construire et transférer à l’Etat et que ça devient des endettements, on passerait à  65%  à la fin de l’année 2017 et à partir de 2018, on va commencer par descendre jusqu’à atteindre les 31% en 2021. Voilà un peu ce que je peux vous dire sur ça. Mais aujourd’hui, on ne va plus trainer sur cette question parce que  c’est les mêmes projets que le gouvernement avait décriés entre-temps, qu’ils sont en train de reprendre. Autrement dit, s’ils sont réalisés dans les toutes prochaines années, c’est des investissements qui vont générer des ressources pour l’Etat. Quand le conseil des ministres a retenu cette option, notre rôle au niveau du ministère de l’économie et des finances a été de demander au ministre des TP, de nous dire comment il pense que ces investissements pouvaient être remboursés. Il a fait des simulations de nombre de postes de péage qui devraient être construits, le nombre de postes de douane qui devraient être installés, donc tout ceci accroît la capacité de l’Etat. Et nous avions travaillé sur un modèle économique qui permettrait d’utiliser les recettes qui seraient générées à partir de ces postes de péage pour pouvoir faire face aux charges d’intérêts, de sorte à ce que la pression financière sur l’Etat pour ce qui concerne ces infrastructures une fois qu’elles sont construites, soit comme une pression fiscale d’un emprunt concessionnel absolu. C’était le modèle économique sur lequel nous étions en train de travailler. Et encore, je le réaffirme de façon ferme, c’est des actes légitimes d’un gouvernement au cours d’un mandat qui était en cours. Et je vous répète encore que nous n’étions pas partis aux élections pour perdre pour qu’on nous dise que c’est parce qu’ils savaient qu’ils allaient perdre qu’ils avaient voulu laisser un passif au gouvernement qui venait. Vous avez parlé aussi de cinq milliards de véhicules acquis, honnêtement, je ne sais pas à quoi ça correspond et je voudrais vous poser vous-mêmes, la question, tel que vous connaissez le code des marchés publics au Bénin, comment c’est possible que en moins de trois mois, qu’on puisse lancer une telle procédure pour acheter 5 cinq milliards de véhicules, parce que  je ne le sais pas.

 

Il y a aussi les marchés de grés-à-grés…

 

Il ne faut pas faire des suppositions, et je préfère que vous me parliez  des choses précises, et ça me donnera aussi des idées plus précises pour répondre à vos questions. Ce que je sais, quand j’étais arrivé au niveau du ministère de l’économie et des finances, anticipant sur le rôle qui doit être celui de l’Etat pour pouvoir gérer la récession économique dans laquelle nous étions en train de rentrer, j’avais fait un diagnostic avec l’ensemble de mes collaborateurs, et il m’était revenu qu’il fallait renforcer la capacité des régies. La douane, qu’on le veuille ou non, a fini de faire ses miracles. Les douaniers ne créent pas le trafic, mais ils gèrent le trafic, alors qu’aujourd’hui, le trafic est de plus en plus rare parce que le Nigéria qui était notre plus gros marché est en train de réformer aussi son économie. Donc, il fallait mettre l’accent sur la fiscalité interne. En plus de cette raison de renforcement des régies, notamment les impôts  et la douane, qui tout au moins, devraient avoir les moyens de cerner le peu de trafic qui vient. Lorsqu’un inspecteur des impôts vous dit à une réunion « monsieur le ministre des finances, c’est nous qui collectons les ressources, nous y allons à moto, et nous participons à une conférence administrative départementale, que des inspecteurs de l’enseignement primaire, viennent en voiture pendant que nous, nous allons à moto après avoir collecté les ressources». Si vous êtes un responsable, un vrai, ça vous touche. Si vous êtes un responsable qui veut atteindre des objectifs, ça vous touche. Nous avions alors décidé de pouvoir lancer un programme de renforcement de ces régies en matériels roulants, ce qui a été fait, premier point. Deuxième point, vous avez des institutions de la République dont les membres allaient pratiquement au service à Zémidjan, et c’est ceux-là qui incarnent les fondements de notre démocratie. Vous avez des présidents d’institutions dont les véhicules d’escorte tombaient en panne en pleine circulation. L’Etat responsable devrait être interpellé pour dire on lance un vaste programme de renouvellement de tout ça. Et si l’expérience devrait être reprise, je la reprendrais, je ne le regrette pas. Quand nous avons fait tout ça, il était question à un moment donné que les fournisseurs nous fassent les livraisons. C’est en ce moment qu’ils ont trouvé un moyen de pression de dire que tout ce que l’Etat nous devait, il faut nous payer d’abord. Et nous avons procédé à l’inventaire de tout ce qui était dû à ces fournisseurs. Nous avons fait la même chose aussi pour les agences de location de véhicules, qui constituent l’un des pôles les plus budgétivores de l’Etat. Parce que nous nous sommes rendu compte que ce que ça coûtait pour l’Etat, pouvait servir en un an, à acheter des véhicules qui sont amortissables sur plusieurs années. Et donc, quand nous avons fini tout ça, on s’est rendu compte que vis-à-vis des concessionnaires, on devait rester devoir quelque chose de cinq milliards plus les nouvelles acquisitions qui sont faites. Mais je ne comprends pas qu’on me dise vers la fin du mandat, ils ont lancé cinq milliards d’acquisition de véhicules. Ce que j’en sais, c’est ce que je vous dis là. Et quand on dit acquisition de véhicules, s’il y a des ministères qui ont inscrit des acquisitions de véhicules dans leur budget, ce n’est pas au ministre des finances de dire non. En fait, ces préoccupations étaient évoquées dans le sens de lier ça à la période qu’on avait traversée. Ils ont dû faire des opérations pour avoir de l’argent pour faire de la campagne, on a beaucoup entendu ça. Je vous dirai droit dans les yeux, moi Komi, je ne suis pas un homme de compromission.

 

Comment peut-on gérer à ce niveau-là sans être compromis d’une manière ou d’une autre?

 

Si je me compromets, c’est peut-être des décisions prises par erreur. On ne peut pas gérer et dire qu’on est parfait. Mais dire que dans le cadre de ma fonction, je fais un deal, moi Komi, je n’ai pas de  deal et ça, je vous le dis. Ça peut vous paraitre bizarre, mais ce qui est le plus important,  pour moi, c’est la relation que j’entretiens avec ma conscience. Et elle est très saine, ma relation avec ma conscience.

 

Vous ne faites pas des deals, mais vous faites peut-être des cadeaux, vous vous montrez peut-être large avec certains cadres de l’administration publique. Par exemple, vous avez permis d’avoir des arriérés de primes sur plusieurs années ?  

Alors si vous voulez, Komi Koutché, il y a d’autres dossiers dans lesquels on vous a beaucoup cité, on parle de l’achat de l’avion présidentiel. On parle également de ces concours frauduleux au niveau du ministère des finances, sans oublier, l’achat de ces parcelles  à 1000f / m2 à Cotonou. On se pose beaucoup de questions?

 

Ça fait beaucoup de dossiers, et ça devrait vous permettre de savoir que Komi Koutché n’est que la victime expiatoire de la situation entre Boni Yayi et beaucoup de ses anciens collaborateurs qui animent le régime d’aujourd’hui. Mais il y a une chose dont je suis sûr. Je sais qu’on n’arrive pas au niveau où le Président Talon est, sans avoir une grande capacité de l’appréciation et sans avoir une certaine intelligence et une certaine hauteur sur les choses. Je sais que même si tout le monde ne le sait pas, lui, il connait la profondeur du travail que j’ai fait. Et je sais que, même si tout le monde ne le sait pas, il sait que tout ce qui a été dit, si c’était réel, ils auraient déjà retrouvé les bribes de ce qui avait été dit à l’époque. Vous avez parlé tout à l’heure de concours frauduleux, je vous le dis et je vous le répète encore, je ne suis pas un homme de compromission. Le seul exemple que je vous donne pour passer sur cette question rapidement parce qu’elle a animé beaucoup l’actualité, si je devrais être généreux et favoriser les gens, je commencerai par mon village. Mais laissez-moi vous dire que personne sur les 16000 reçus ne vient de mon village où je suis né, allez-vous renseigner. Qu’à cela ne tienne. Je vous donne un seul petit exemple. Lors des concours que l’actuel régime a organisés, est-ce que vous savez que le fils de l’ancien Directeur de recrutement qui était là au moment où les concours à polémique étaient organisés, est-ce que vous savez qu’il est réussi ? Un de ses fils. S’il était encore au poste, on allait dire que c’est son Papa qui l’a favorisé. Ce concours-là, ceux qui l’ont suivi, savent le rôle que j’ai joué dedans. Et voilà encore un problème. Moi, je dis que c’est une bonne chose que l’Etat organise des audits. Moi, j’ai entendu mon nom sous-couvert un dossier alors que je n’ai jamais été entendu par une commission. Sur ce concours-là, mon nom n’a été cité nulle part. J’ai pris le rapport et j’ai lu qu’on a mis que j’ai signé un arrêté, l’arrêté que tous les ministres des finances signent quand il y a concours, puisque ça a une incidence financière. En quoi, si ce n’est pas des questions de communication politique, la signature d’un arrêté peut être un facteur générateur des fraudes, ou par exemple, on a dit que les gens auraient été déclarés admis et reçus sans avoir composé, des noms qui se seraient retrouvés dans une certaine catégorie. Je ne peux pas signer un arrêté dans mon bureau pour qu’il explique cela. C’est de la communication politique. Ce que je peux vous dire pour que ça puisse vous faciliter la marche vers les autres sujets, en réalité, il y a  des gens qui ont soutenu le Président avec pour seul objectif, d’avoir un moyen pour détruire Koutché. Je sais qu’il ne va pas être heureux là où lui-même il est. Puisque c’est d’abord et avant tout des questions politiques, c’est d’avoir élu un Président qui dès les premiers jours, fasse disparaitre un acteur qui leur est gênant. Parce que moi, je ne me vois pas comme un facteur gênant pour le Président Talon. On n’est pas de la même génération, il est du soleil qui se couche et je suis du soleil qui se lève. Donc, nous ne sommes pas de la même génération et je ne me vois pas comme un problème pour lui. Ceux pour qui je suis  un problème, c’est des gens qui se promènent de quartier en quartier pour dire qu’on a fini avec Koutché, je vais revenir sur ça tout à l’heure. Bientôt, on va l’arrêter comme si c’est un mouton qu’on attend dans un coin de rue pour l’arrêter, pour le tabasser. Et donc, voilà un peu ce que je puis vous dire sur ce concours. J’ai entendu des choses et je viens de vous le dire encore, c’est ma relation avec ma conscience qui est la chose la plus importante pour moi, et elle est des plus saines possibles. C’est travailler en toute conscience professionnelle et en toute  loyauté. Parce que pour moi, dans ma tête au moment où je faisais cet exercice, c’est que j’apprenais et j’avais un demain que je ne dois pas compromettre. Et donc, on ne vient pas de là où je viens, on ne reçoit pas l’éducation que j’ai reçue pour venir faire n’importe quoi à Cotonou.

Passons à la question sur la vente des domaines privés de l’Etat. Ça aussi, nous l’avons entendu. Ce qu’il faut retenir par rapport à ce dossier, c’est ceci : le code foncier a été voté en juin 2013 et a donné pour période transitoire, six mois.  Moi j’étais venu au ministère de l’économie et des finances en août 2014, ça fait  quatorze mois. Donc huit mois plus que la période transitoire qui été donné, mais rien n’avait été fait. Dites-vous que c’est à partir d’Août 2014, qu’avec l’appui des Pays-Bas et le Mca, nous avons fait adopter tous les documents qui sont au nombre de seize décrets dans le contexte de la lourdeur administrative béninoise, vous savez ce que ça veut dire. Et quand moi j’étais venu, l’une des toutes premières choses qui ont retenu mon attention, c’était la manière dont notre plages était gérée. J’ai dit qu’il n’y a pas un pays qui n’a pas de plage. Gérez moi toutes les opérations foncières, je veux les auditer et je vais prendre un nouveau décret pour régulariser la vente des domaines publics. Mais tout de suite, ça s’est révélé contre-productif parce que ça devrait plomber les opérations foncières. Et quand le dossier a été évoqué en conseil des ministres par le département qui s’occupait de Doing Business, j’ai tout de suite compris. L’Etat n’est pas fait pour faire de la spéculation parce que l’Etat vend la parcelle aujourd’hui à 300.000f / m2, si le privé veut vendre dans le même domaine, il la vend à 300.000f au moins plus la taxe. Et donc, vous parlez de l’éléphant blanc aujourd’hui, la parcelle que vous pouvez acheter hier à Guinkomey, demain vous ne pouvez pas l’acheter. Mais, je ne veux pas dire qu’il faut faire l’apologie du bradage des domaines de l’Etat. On ne peut pas parler de bradage parce que c’est quand-même des choses qui ont été faites sur la base des actes qui existent. Quand ce décret a été pris et que ça s’est retourné comme un blocage des activités foncières, le conseil des ministres a décidé de l’abrogé, remettant du coup en jeu, l’ancien décret. Parce que la nouvelle n’a pas dit qu’il faut que l’Etat fasse de la spéculation,  mais elle a dit qu’il faut que l’Etat actualise au fur et à mesure. Donc l’Etat en conseil des ministres a décidé d’abroger le décret que moi je pensais être la porte de sortie pour valoriser le domaine de l’Etat.  Ce n’est pas un arrêté de Komi Koutché, c’est une loi qui existe régulièrement. Ça veut dire que l’Etat ayant abrogé ça, on est revenu à la case départ. Mais le domaine dont il est question, c’est pour la plupart, des domaines pour lesquels, les intéressés avaient déjà des promesses de vente de l’Etat. La plupart, c’est des gens qui ont été expropriés dans le cadre du sommet de la CEN-SAD. Je n’étais pas au gouvernement en ce moment-là. Et à un moment donné, ça se  retrouvait comme problème et le gouvernement a décidé qu’il fallait apurer ces dossiers. Ce qui a été fait, mais je dois être honnête avec moi-même, vous savez un ministre des finances, ça ne se substitue pas à un géomètre pour aller voir les domaines qu’on lui envoie. Et moi, j’avais cette particularité, car j’avais un Directeur des domaines qui était particulièrement méticuleux. Il est comme un escargot et quand il vous amène un travail, vous pouvez lui faire confiance. Vous venez dans mon bureau et vous verrez une centaine de parapheurs parce que ça comptait pour beaucoup dans le cadre de notre classement Doing business. Donc, dès lors que la décision est prise de régler le problème des gens qui ont leur promesse d’engagement de vente de l’Etat signée depuis 2012 et des gens qui ont été expropriés à qui, il fallait la compensation à notre arrivée, ça a  été fait comme des dossiers des domaines privés des gens qui avaient besoin de titre de propriété. Et donc, quand vous avez 500 parapheurs avec vous, et je défie ce ministre qui se substitue à un géomètre pour aller voir sur le terrain, pour connaitre la position géographique des domaines. Vous vous appuyez seulement sur la logique, la régularité et le travail fait par les collaborateurs et vous avancez. Là où je dis que je dois être honnête avec moi-même, c’est quand la polémique a été soulevée et un jour je passais et on m’a dit, voilà l’un des  domaines qui a fait à servi à compenser le domaine qui est en face du domaine des Etats Unis. J’ai trouvé que c’était exagéré car ce n’est pas un domaine qui pouvait être utilisé pour faire de la compensation. Voilà donc ce que je peux vous dire pour ce qui concerne les domaines privés de l’Etat. C’est des actes administratifs que pose tout ministre,  et c’est exactement ce qui s’est passé que je viens de vous décrire.

 

Alors, Komi Koutché quid d’abord du dossier de l’avion  présidentiel. On parle du déficit budgétaire et des dossiers dont des agréments auraient été accordés à des amis, à des copains. En tout cas, ce que les membres du nouveau régime ont évoqué ?

          

La question du déficit budgétaire, je crois que j’ai déjà répondu. Mais comme vous voulez l’aborder, expressément je le dis. Vous devez déjà trouver ma réponse dans l’exercice que je vous ai donné de faire. Un tableau à trois colonnes à savoir : questions à polémiques soulevées par le régime actuel par rapport aux insuffisances budgétaires du régime passé, situation actuelle et observations. Quand le nouveau régime est arrivé, ils avaient constaté effectivement qu’au 31 décembre 2015, nous avons eu un déficit budgétaire de 8% au lieu de 3% prévu par la norme. L’on ne devrait plus revenir sur cette question car je vous ai dit que l’épreuve de la réalité des faits de gouvernance a déjà répondu à un certain nombre de questions. A l’exécution au 31 décembre 2015, nous étions à 8%, mais le gouvernement pour le budget qui continue d’être en cours puisque le collectif n’est pas encore intervenu, a élaboré un budget avec un déficit prévisionnel de 14%. Donc ça veut dire qu’ils sont conscients que ce qu’ils prenaient comme problème hier, n’est en réalité pas un problème. Mais il faut que je vous explique parce que, quand on a dit déficit budgétaire, les gens ont compris tout de suite que c’est de l’argent qui a manqué dans les caisses du trésor, non. Le déficit budgétaire en termes terre-à-terre, c’est la balance en termes de pourcentage par rapport au PIB,  la différence entre l’ensemble de vos besoins et ce que vos capacités internes de mobilisation de ressources vous permettent de couvrir. Et les normes veulent que la différence ne dépasse pas 3% du PIB. C’est un indicateur budgétaire, donc je précise encore aujourd’hui que, pour ceux qui pensent que c’est de l’argent qui a manqué au trésor et c’est ce qui fait qu’on attribue à l’ancien régime, le fait d’être parti avec de l’argent, c’est du faux. Si ça devrait être que l’ancien était parti avec l’argent, ça veut dire que le gouvernement actuel a prévu dans son budget actuel, de partir avec 14%. C’est de la communication politique, mais il faut expliquer aux gens. Mais quand on dit déficit budgétaire de 8% en 2015, ça a un contenu et c’est que je viens de vous décrire. C’est en 2015 que nous avons financé les élections de 2016 avec le Cos-lepi. Deux, c’est en 2015 que  nous avons financé une crise énergétique. Trois, c’est en 2015 que nous avons payé les dettes des années antérieures. Le Président m’a dit, renonce à ton mandat de député et viens m’aider à gérer la fin de mon mandat pour un atterrissage en douceur. Donc, j’avais l’obligation de faire en sorte qu’on ne puisse pas laisser de situations bizarres. Et aujourd’hui, l’actuel régime devrait être en train de féliciter le travail que l’équipe du ministère des finances a fait. On aurait pu leur laisser des dettes. Est-ce que vous savez que c’est en 2015 que nous avons,  avec l’appui de la chambre des comptes, faire voter par l’Assemblée, des lois de règlement de 2008 à 2014. Il a fallu d’abord payer les dettes au titre de ces années. C’était sous le budget 2015. Et ces dettes là, rassemblées, faisaient 5% du budget 2015. Quand vous faites 5% que vous enlevez de 8%, vous voyez déjà mécaniquement, ce qui est fait. Donc le budget 2015 lui-même en son essence, quand on enlève les ordres de paiement que nous avons régularisés autour des années antérieures, Komi Koutché n’était pas encore ministre, quand on enlève ces dettes payées pour nous permettre de pouvoir faire passer les lois de règlement, six lois de règlement, je n’étais pas encore ministre des finances à partir de 2008.

 

Je  prends le soin de lire lettre par lettre tout ce qui a d’incidence financière. Ici, je ne dirai pas que c’est une question d’abus de confiance, mais j’ai signé un décret, qui accorde des avantages légitimes, mais qui viole un article qui ne pourrait se justifier nulle part, celui de rétroactivité. Si nous décidons de donner des avantages aux directeurs généraux depuis 2008, pourquoi pas depuis  1990 ? Y a-t-il quelque chose d’arbitraire dedans ? Et ça, quand je m’assois en face de mon seul juge qui est ma conscience, c’est le seul regret que j’exprime et je l’exprime encore ici.

 

Nous allons à présent recueillir votre avis sur la gouvernance du nouveau régime qui, le 16 décembre 2016, a lancé le programme d’actions du gouvernement. On nous parle de 45 projets phares, 9000 milliards de Fcfa à mobiliser en cinq ans ; on parle aussi de la construction en 5 ans, de l’aéroport de Glo-Djigbé, du contournement de Sèmè. Quel regard portez-vous sur ce programme du gouvernement lancé à grand renfort médiatique ?

 

La forme dans laquelle le Pag a été lancé n’a pas d’importance pour moi. Ce qui est plus important, c’est le contenu. Sur le contenu, je peux  vous dire que c’est un programme ambitieux. Un programme pour lequel, en ce qui concerne les options et stratégies choisies, je n’ai pas trop d’observations, ceci pour deux raisons. La première est que c’est un programme fortement appuyé sur la stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté. Et c’est un programme qui recycle beaucoup de projets qui étaient déjà en cours, dont j’ai connaissance. Ce n’est pas un mérite de l’ancienne équipe, mais c’est le sens de la continuité  de l’Etat. Je suis en train de lire le Pag, je ferai mes observations et les transmettrai à qui de droit, parce que je n’ai pas besoin d’être au gouvernement pour participer au développement de mon pays. D’ailleurs, les premières observations que je peux déjà faire, c’est sur un certain nombre d’indicateur qui ne peuvent même pas se justifier lorsque vous regardez un peu l’évolution du Pib par rapport à  l’endettement. Vous remarquerez que d’ici 2021, le président Talon prévoit de partir en laissant un niveau d’endettement de 60%. Cela veut dire que celui qui interviendra n’aura qu’une marge de manœuvre de 9%. Je pense qu’avec les réalités qui sont celles d’aujourd’hui, on ne pourra pas atteindre ce niveau d’exécution, mais bien évidemment, le fait que tout cela soit prévu était quelque chose de discutable. La deuxième chose est que j’ai constaté qu’il y a entre l’investissement et la croissance, une corrélation positive. Par contre, à des moments donnés, il y a une incohérence entre le niveau d’investissement prévu et le niveau du taux de croissance sans qu’on n’explique clairement pourquoi c’est ainsi. Ça, c’est des observations mineures. Ce qui est sûr, c’est un programme ambitieux, mais en raison de la conjoncture actuelle, c’est un programme qui sera exécuté autour de 60% à l’arrivée. C’est déjà bien d’avoir prévu un programme aussi ambitieux. Mais c’est aussi important de savoir que la conjoncture actuelle ne permet pas d’attendre le miracle à l’arrivée.

 

L’opérationnalisation de ce programme, la première année, se traduit par l’élaboration d’un budget général de l’Etat qui s’élève à plus de 2000 milliards de Fcfa. N’est ce pas un exploit ?

 

Ce n’est pas un exploit, ce budget n’est ni bon pour le président de la République, ni bon pour les populations encore moins pour les collectivités locales. Premièrement, pour le Président de la République, l’affiche ne permet pas d’attirer des partenaires étrangers. Je viens de dire que c’est un budget qui affiche déjà un déficit prévisionnel de 14%. C’est quelque chose sur lequel les partenaires sont regardants, notamment le Fonds monétaire international. J’ai vu ces derniers temps que beaucoup de communications se font  le fait que le Fmi ne donne que 150 milliards. Ce n’est pas les 150 milliards du Fonds monétaire qui sont la chose la plus déterminante, mais c’est ce que la bonne relation avec le Fmi induit comme confiance  au niveau des autres partenaires. C’est ça qui compte. Ça déjà, c’est un frein pour le président lui-même. En plus de ça, il y a aussi une question de logique. Lorsque le gouvernement arrive en avril 2016 et se rend compte qu’un budget de 1500 milliards, compte tenu de la conjoncture, était suffisamment élevé et le ramène à 1400 milliards, et subitement, sans que la conjoncture ne change, bien au contraire, on plonge davantage dans la récession, on passe à 2200 milliards, c’est un problème.

 

Le gouvernement mise sur le Partenariat public privé… 

 

Non, à ce niveau aussi, il ne faut pas faire de l’amalgame. Un budget, c’est l’expression chiffrée des ressources et emplois sûr et probables. Le Partenariat public privé, c’est trois dimensions importantes qui intéressent l’Etat. Soit,  l’Etat dit : « j’ai des infrastructures à réaliser, je n’ai pas l’argent. Je sollicite un partenaire pour le faire et après je me substitue à lui pour réaliser ».

Ce que l’Etat utilise aujourd’hui abondamment et que nous avons commencé entre-temps et qui a été décrié, c’est le préfinancement. C’est lorsque l’Etat a une infrastructure et qu’il n’arrive pas à exploiter à bon escient et avec efficacité qu’il la confie à un privé. Ce qui justifie les questions d’affermage et consorts. C’est peut être lorsque l’Etat s’entend avec un partenaire pour construire une infrastructure qu’il transfère par «Bot ».

Pour ma compréhension, il y avait quelque chose de très simple à faire. Vous savez, avec tous les présidents, on a ce problème là. Les présidents veulent que, dans l’immédiat, tous les projets prioritaires soient inscrits dans un budget. Mais c’est de façon technique qu’il faut leur expliquer que ce n’est pas faisable. J’ai eu ce problème avec le président Yayi Boni, qui à mon premier budget, me demandait d’inscrire tout ce qui était décidé à la table ronde de Paris. Je n’ai pas eu d’arguments pour le convaincre. Mais finalement, j’ai fini par le convaincre. C’est exactement la même chose qui aurait dû être faite ici avec le président Talon en lui disant que ce n’est pas possible, que tout ce qu’on prévoit comme Partenariat public privé soient déjà des projets qui impactent le budget courant. Ce que j’aurais pu proposer et qui me paraît plus ou moins acceptable, c’est de dire au Président de la République qu’il a un programme d’investissement et qu’il le fasse approuver par l’Assemblée nationale. Et quand c’est approuvé par l’Assemblée nationale, au fur et à mesure qu’il avance, il trouve des partenaires. Si c’est en devise, on considère cela comme des engagements internationaux qu’il faut faire ratifier par le parlement au terme de l’article 5 de la Constitution. Si, à la fin de l’année, il y a des parties qui impactent le budget national, ou si leur ampleur est telle que ça dépasse les 5 ou 10%, il faut aller à un collectif budgétaire. Heureusement aujourd’hui, il y a des solutions de sagesse qui sont  en train de nous laisser entendre l’existence d’un collectif budgétaire. Mais la seule chose qui est gênante, c’est que ce soit après le passage du Fmi. Parce que quand ça se passe comme ça, c’est comme si vous êtes de mauvais élèves auxquels les partenaires étrangers viennent donner des leçons alors que l’évidence était là et on  pouvait l’éviter.

 

Pourquoi pensez-vous que parce que vous, vous n’aviez pas pu mobiliser tous les fonds, que l’actuel gouvernement aussi serait dans la même posture ?

 

Je parle d’une évidence. Quand vous prenez ce budget par exemple, il est prévu que le plafond d’endettement part de l’ordre de 1600  milliards de francs Cfa. Le plafond d’endettement du Bénin n’a jamais excédé huit cent milliards. La question que je voudrais vous poser, c’est si on vous dit qu’en 2016, votre force ne vous permet que de soulever un poids de quatre kilos et en 2017 déjà, on vous dit que vous pouvez soulever 16 Kg, même si vous avez été nourris entre-temps à l’Ogm, vous devez pouvoir vous poser des questions. Ça, c’est la première des choses. La deuxième des choses par rapport à votre première question, c’est qu’il y a des facteurs évidents qui laissaient déjà transparaitre qu’il était impossible pour le gouvernement de mobiliser mille six cent milliards sur le marché en tout cas ce n’est pas évident. Première chose, c’est la conjoncture, deuxième chose, l’Etat participe aux instances de décisions de l’Uemoa, et sait que la Bceao a changé de politique monétaire. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, le plafond de refinancement des banques a été revu à la baisse pendant que le taux d’intérêt a connu une légère augmentation. C’est ça qui fait que justement les dernières opérations de l’Etat ne connaissent pas de succès. Ce n’est pas une question de crédibilité, mais c’est une question d’évidence et de capacité du secteur financier. Tous ces éléments devraient prédire déjà que ce ne sont pas des choses qui sont facilement gérables. Pour ce qui concerne le niveau prévisionnel que j’ai évoqué, on peut se retrouver à un niveau supérieur à ça d’ici 2O21. Je ne décrète pas ca ce sont des évidences sur lesquelles de me base. Je me base sur la tendance moyenne de l’exécution des budgets ces cinq dernières années que je croise avec les effets de la conjoncture qui vont bien évidemment s’empirer plutôt que de s’améliorer. Pour ce qui concerne la gouvernance, moi je pense que le gouvernement fait une gestion comptable de notre pays. Un pays, ça n’a pas de seuil de rentabilité comme c’est le cas d’une entreprise. Ce que je veux dire par là,  c’est que les décisions qui sont prises ont pour objectif de faire gagner de l’argent à l’Etat. On ne peut pas gérer un Etat sur la base de ce que j’appelle résultat comptable. Il faut beaucoup plus miser sur le résultat économique et intégrer aussi le coup de l’opportunité plutôt que le coût comptable. Un Etat dit d’abord la décision que je prends, qu’est ce que ca me fait économiser et l’économie que je réalise, qu’est-ce que ça entraine comme conséquence économique et sociale. Et ça, ça fait prédire que le bilan social du président talon soit mitigé a la fin de son mandat parce que les actions à impacte sociale, c’est tout un processus. Le président Talon avait tout pour réussir dans le domaine du social. Ce que Yayi Boni  a exécuté jusqu’à la fin de son mandat, c’est ce qu’ils ont conçu ensemble. Donc, il lui suffisait seulement de prendre ce qui est mauvais, de toiletter et de garder ce qui est bon et de continuer avec. Aujourd’hui, quand vous allez dans la rue, et c’est un exercice que je vous invite à faire. C’est lui qui est l’élu légitime de la nation, c’est a lui que le peuple a confié son mandat pour assurer son bonheur. Il doit savoir que dans le peuple, il y a quatre peuples. C’est le peuple du pouvoir, c’est ceux qui vous applaudissent que vous fassiez bon ou mauvais, c’est le peuple de l’opposition,  c’est ceux qui aspirent au pouvoir et que ce soit bon ou mauvais, c’est mauvais. On y retrouve quelque fois des aigris. C’est également ceux que j’appelle des plaisantins. Ceux qui sont là pour dire que c’est bon même si c’est mauvais. Mais le vrai peuple, c’est celui qui n’aspire qu’au bonheur quel que soit celui qui vient, c’est ceux-la que le président doit écouter.

…Lorsque vous allez dans la rue, ce que  le président Talon avait décrié au moment où il aspirait au  pouvoir et auquel il devrait apporter de solutions s’empire. L’humeur de l’homme de la rue devient très peu reluisante.

 

Il en est conscient et il a porté des messages d’espoir au peuple   au moment  où il recevait les rois du nord

 

Il y a quelques  jours le président nous a demandé au nord, de serrer les  ceintures, que la situation va changer, mais rien n’a été fait.  Ensuite devant les rois du nord récemment, il a demandé  de patienter pendant deux ans. Donc, je pense maintenant qu’il faut porter des « gaines  » pour commencer par supporter la situation. Je pense qu’il y a des actions à impact  social rapide que le président peut mettre en place.

 

Est-ce que vous avez des actions à suggérer pour le gouvernement  

En quoi ça peut servir, il vaut  mieux  me laisser diagnostiquer les actions  et les décisions du gouvernement  qui creusent  le  côté social. Lorsque vous prenez par exemple certains avantages qui ont été  supprimés de façon mécanique  aux fonctionnaires  de l’administration, c’est mauvais. L’époque des avantages fantaisistes est révolue   depuis le budget 2015 où nous avons encadré tout. Cependant, il  y a  des avantages qu’il faut servir aux fonctionnaires. Ce n’est pas par complaisance,  mais c’est pour soutenir leur pouvoir d’achat. Aujourd’hui, si vous faites des enquêtes, vous allez constater que  beaucoup de fonctionnaires ne disposent plus d’un véhicule pour aller au service, ils prennent des motos.  D’autres quittent la maison avec leur glacière  puisque les  salaires ne suffisent plus  pour aller dans un restaurant. Si vous allez à st Michel, le marché devient plus morose puisque le petit planton qui avait des avantages pour aller s’approvisionner dans ce marché, n’arrive plus à tenir le mois. Donc ce sont des décisions sur lesquelles le gouvernement doit revenir très rapidement. Enfin quand une économie est en récession, on ne crée pas de nouvelles taxes. Je suis d’accord que nous avons besoin d’augmenter  la pression fiscale, mais la pression fiscale doit  passer de façon horizontale  et non verticale, c’est-à-dire élargir la base et non  augmenter les taxes. Plus nous augmentons les taxes plus nous  diminuons le pouvoir d’achat des populations et plus l’influence négative  sur la  croissance se fait ressentir. Ce sont des choses que le gouvernement Talon doit revoir, si non son bilan social, malgré les déclarations d’intentions qui sont faites,  sera mitigé.

 

Quelles sont les autres actions du gouvernement que vous approuvez ?  

 

Il y a beaucoup d’actions qui sont positives, et c’est en cela  que je vois qu’il y a un peu de défaillance dans la communication autour des actions du gouvernement. Il y a beaucoup  de bonnes actions mais mal  comprises par les populations  et sur lesquelles il faut beaucoup communiquer. Par exemple, il y a quelque mois, le gouvernement  a pris la  décision de mettre en affermage les usines agricoles. Je considère ça comme une excellente décision puisque suite à notre expérience de 19 mois au ministère de l’économie et des finances, nous avons constaté que le cajou qui est l’un de nos principaux produits d’exportation après le coton, ne rapportait et ne contribuait  en rien  à  la position  d’économie extérieure  du Bénin. Ce qui est une perte pour notre économie  et les comptes extérieures du Bénin. Alors, nous avons pris en ce temps la décision d’instaurer des agréments aux opérateurs économiques  et nous avons  obligé   tous les importateurs à verser l’équivalent de 10%. Cette mesure a échoué, donc nous avons  transféré les rizeries  aux secteurs privés pour que ces privés renforcent les investissements,  exploitent  et organisent le secteur. C’est une excellente décision sur laquelle le gouvernement doit  communiquer  pour que les gens comprennent. La seconde décision salutaire, c’est la réforme du coton. Le principe de faire peser moins  le coton sur la trésorerie, pour le ministre des finances que j’ai été, est une excellente décision. Mais si  la réforme doit aboutir  à   un monopole,  ce n’est pas la peine.  Si ça doit  aboutir à un oligopole collusif, ce n’est pas la peine .Mais si c’est une réforme qui va  permettre aux principaux acteurs, notamment les  producteurs de tirer leur compte, c’est déjà l’essentiel. La Troisième bonne décision  sur laquelle j’estime qu’il faut communiquer est celle qui consiste à dire que « pour entrer dans  la fonction publique, il faut  avoir la licence et le master de l’Etat». Ça peut ne pas être de l’avis de tout le monde mais j’applaudis cette décision. Moi particulièrement, j’ai été victime de cela  dans certaines structures de l’Etat qui ne sont pas de l’administration pure. Quand vous faites par exemple la faculté et vous vous retrouvez dans une structure avec quelqu’un qui a fait une école  privée et qui perçoit plus que vous, ça frustre. La décision de choisir  les préfectures, c’est aussi une bonne décision, indépendamment des mécontentements de certains puisque ça a trop duré. J’ai surtout aimé la démarche puisque toutes les  communes ne pouvaient pas être chefs-lieux.


Votre avis sur le leasing 

 

Sur le leasing, mon avis reste mitigé, puisque l’un des arguments évoqués est de diminuer  le carburant   qui est  le pôle le plus important. Mais les véhicules qui seront en leasing ne seront quand même pas alimentés par l’eau de mer. Il faut présenter une étude sur ça pour que nous puissions voir clair dans ce dossier. Il faut qu’on nous prouve que c’est un vrai moyen de contrôle du carburant. S’il y a quelque chose de très important dans le domaine des transports que  je peux  recommander au gouvernement. C’est d’acquérir un avion même si ce  serait en leasing, parce que c’est un  transport très budgétivore. C’est vrai que l’actuel président ne voyage pas beaucoup, mais s’il y a plusieurs sommets durant le quinquennat, il peut dépasser les vingt milliards alors  qu’on peut trouver un avion  à vingt milliards en leasing. Cette une  option courageuse que le gouvernement peut faire afin d’économiser pour les années à venir. Mais il y a quand même des décisions à polémique sur lesquelles  le gouvernement doit revenir.

 

Quelles sont ces décisions ?

 

L’Etat est certes détenteur du monopole de la violence, mais l’Etat en particulier son chef a la lourde responsabilité  de donner du bonheur à toutes ses populations .Quand nous prenons la question du déguerpissement, ce serait un  agréable  plaisir de venir à Cotonou et de  penser  que nous sommes dans la ville de Kigali ou Rabat, deux villes de caractéristiques différentes.  Que le gouvernement choisisse de rendre belles nos villes, c’est une bonne option. Cependant quelles sont les réalités auxquelles se trouve confrontée  cette mesure. Nous  n’allons pas occulter  le fait que  les gens  sont dégagés aujourd’hui alors que ce sont  des réalités sociologiques que notre pays a entretenues pendant des décennies. Mais, vous dégagez les gens sans une solution alternative, c’est comme si la vie s’est arrêtée pour certains  alors  qu’ils ont voté pour le président Talon pour une vie meilleure… il aurait été utile que le gouvernement   prenne des mesures d’accompagnement.

Quand on enlève le financement des élections, quand on enlève la gestion de la crise énergétique qui nous prenait 500 millions par semaine, vous vous rendez facilement compte qu’on devrait se retrouver à un déficit budgétaire qui ne devrait même pas atteindre 3%. Maintenant, quand on revient sur la question de l’avion présidentiel, sur ce sujet, je dis que le président Patrice Talon devrait nous adresser une lettre de félicitations parce que si nous n’avions pas été professionnels, le contrat aurait pu être rompu et le Bénin serait aujourd’hui en justice. Ce qui s’est passé, c’est exactement ceci. Ce n’est pas le ministère des finances qui a acheté l’avion présidentiel mais le gouvernement, et le ministère des finances n’est pas au-dessus du gouvernement. J’assume ma participation à tous les dossiers auxquels j’ai pris part. Nous avions un Boeing, qui chaque année était envoyé en révision. Et cette fois-là aussi, c’était envoyé en révision, je crois que c’est vers la fin de l’année 2015. Le cabinet militaire qui s’occupe de la gestion des avions est venu nous voir pour faire un point en conseil des ministres. A ce niveau, quand on est ministre des finances, on a du flair. Donc, il y a des gens, quand ils viennent avec leurs raisonnements, vous êtes convaincu que ce qu’ils vous disent est techniquement soutenable. Le colonel Bada en est un de ceux-là. Je l’ai connu, tout jeune attaché de cabinet, je suis venu le retrouver dans l’appareil et c’est quelqu’un en qui j’avais beaucoup confiance, parce qu’il démontre les choses de façon technique. Lorsqu’en conseil des ministres, on vous démontre que le Boeing qui est là, même si vous dépensez deux milliards 500 millions de francs Cfa, il ne va pas voler au-delà du 10 mai 2016 ; donc je dépense deux milliards 500 millions de francs Cfa en janvier 2016 et cela ne servira pas au-delà du 10 mai. Peut-être si l’avion venait en mars, en deux mois c’est fini. Mais sur place au garage de réparation, ils ont trouvé un autre avion avec lequel ils peuvent troquer le nôtre et compléter environ deux milliards 700 millions de francs Cfa, donc la différence tournerait autour de 200 millions de francs Cfa, et que ce dernier avion avait la capacité de voler pendant dix ans au moins. Moi, cela m’a paru bizarre parce que c’est pour la première fois que j’entends parler d’une telle opération. J’ai donc demandé à mes collaborateurs de me retracer le parcours de cet avion, depuis sa fabrication jusqu’à son atterrissage en Afrique du sud ; ce que nous avons fait. Et quand il s’est avéré que c’est effectivement un avion qui peut tenir, nous avons pris la décision de faire un contrat qui oblige à ouvrir un compte séquestre dans lequel nous mettons de l’argent. Quand l’avion viendra, quand il sera utilisé pendant un mois et que les autorités en seront satisfaites, alors l’argent sera payé. C’est dans cette période là que le nouveau régime est intervenu et a décidé de retourner l’avion. Je réaffirme que l’argent n’a pas été payé ; il était placé dans un compte séquestre. On ne peut pas leur en vouloir. Si c’était une priorité pour l’ancien régime, ce n’est pas obligatoire que ce soit une priorité pour l’actuel régime. Je n’avais pas d’arguments pour commencer par parler dès les premiers jours qui ont suivi le 6 avril 2016 parce que je devrais être obligé de parler de l’approche de gestion des gens qui n’avaient pas encore de résultats alors qu’ils ne sont pas obligés de faire exactement comme nous. C’est donc une question de choix ; certes l’Etat est une continuité. Donc, ce sont les mesures de prudence que nous avions prises qui ont fait que les choses se sont passées sans qu’il ne se pose aucun problème. Quand cela a été décidé en conseil des ministres, les fonds ont été transférés au cabinet militaire avec les exigences que le cabinet militaire a rigoureusement observées. Je l’ai dit tantôt, moi j’assume mon canevas. Cela a toujours été le cas. Quand je suis dans un milieu et que c’est mauvais, c’est moi qu’on voit en premier. Si j’ai la chance et que c’est bon, même si je n’y ai pas contribué, c’est moi qu’on regarde d’abord. Tout se passe comme si j’ai fait 120 mois au gouvernement avec le président Boni Yayi. Tout se passe comme si je suis un peu déçu du conseil des ministres. C’est dû essentiellement à deux choses. Première chose, beaucoup de personnes pensent que ce que vous êtes, c’est ce qu’ils auraient pu être et qu’ils ne sont pas parce que vous l’êtes. Alors que c’est faux. Beaucoup de personnes pensent que l’arrivée du président Patrice Talon au pouvoir est un moyen pour eux de pouvoir se débarrasser d’un élément gênant pour avoir un boulevard. Les choses ne se passent pas ainsi. L’exemple de celui qui est au pouvoir est éloquent. Si le président Yayi devrait décider du sort du président Talon, ce dernier ne serait pas là. Si lui aussi devrait décider du sort du président Yayi, il ne serait pas là, même si je pense qu’il a été déterminant pour son arrivée. Donc, ce sont de petites leçons qu’il faut que les gens internalisent pour savoir que pour être debout, vous n’avez pas besoin que les gens tombent. Et c’est seulement Dieu qui décide du sort de chacun de nous.

 

Et par rapport à Segub-gate ?

 

Segub-gate aussi, c’est exactement ce que je suis en train de vous dire. Avez-vous vu un seul arrêté de tarification ou d’autres choses, qui aient été signées par Komi Koutché ? En tout cas, tout ce qui est véhicule d’occasion est régi par un arrêté. Il y a des ministres qui ont signé ces arrêtés avant que je n’arrive. Mais comme ils n’ont pas eu la chance ou la malchance d’avoir été le plus fidèle des fidèles de Yayi Boni jusqu’à la fin, on ne les cite pas. Vous avez dit que le ministre des finances a signé des agréments. Je vous mets au défi de me donner un seul agrément qui porte ma signature. Ce n’est pas le rôle du ministère de l’économie et des finances. Ce que je sais dans ce dossier, c’est qu’il y a eu un ministre qui est venu et qui méconnaissait un peu les difficultés administratives, surtout sur ce secteur-là. Il venait de la Banque mondiale et avait l’approche de la gestion des projets ; il s’agit du ministre Nansounon et il avait dit vouloir réorganiser la filière. Moi je lui ai souhaité bonne chance. Il a commencé par rencontrer les acteurs et a rapporté en conseil des ministres le fait que les acteurs pensent que tout ce qui est sécurité et aménagement des parcs n’était pas bien fait. Il a rencontré ces acteurs qui lui ont fait comprendre qu’il leur faut un contrat pour aller mobiliser les ressources. Il a fait le contrat qu’il a introduit en conseil des ministres qui a décidé de sa signature. Le ministre des finances ne signe pas des contrats ; il les approuve. Ce n’est pas la même chose. Signer des contrats signifie que vous êtes partie prenante, mais approuver veut dire que la partie prenante a déjà fait tout le travail et les services techniques ont regardé. C’est le travail le plus dingue d’un ministre des finances parce que vous approuvez les choses sans même savoir les conditions dans lesquelles elles ont été négociées. C’est ce qui a fait qu’à mon arrivée, j’ai proposé, avec l’appui de la Banque mondiale une réforme pour transférer aux ministères sectoriels, la responsabilité des contrats jusqu’à une certaine hauteur. Je voulais même me débarrasser de tout. C’est parce qu’en conseil des ministres, on avait dit que si on procédait ainsi, il se poserait des difficultés et on a dû laisser. Voilà exactement ce qui s’est passé. Il y a un volet qui s’est ajouté : on a parlé du Guoce (le guichet unique de formalisation du commerce extérieur). A ce niveau aussi, ce n’est pas un dossier du ministère des finances ; c’est un dossier du gouvernement et j’en assume ma participation. Si vous regardez le barème de ce Guoce là, est-ce que vous avez vu un franc qui soit dévolu à une structure du ministère des finances ? Et je dis que c’est de la responsabilité de l’Etat de savoir où sont passés les fonds. Je suis aussi dans le droit de savoir à quoi ma signature a servi. Et pour cela, je crois que les autorités ont les moyens pour fouiller les comptes du Segub qui est une structure privée et qui a un contrat avec l’Etat. Et mieux, c’est que le contrôle du Segub était assuré par l’inspection générale de l’Etat. Donc, il y a tous les moyens pour pouvoir vérifier ce qui s’est passé, parce qu’il n’y a pas de clandestinité dans la gestion des fonds publics. Ce qui est intéressant, c’est d’évoquer le nom de Koutché  par rapport à tous les dossiers. Je vous dirai quelque chose qui va vous paraitre surprenant. Est-ce que vous savez que pour tous ces audits-là, je n’ai jamais été approché ? Mais bizarrement, j’entends mon nom comme cela. Et c’est cela qui prouve ce que je vous dis. Moi je reste serein. Je sais que c’est Dieu seul qui est détenteur de la vie de chacun. Et je sais aussi que le plus important, c’est le rapport qu’on entretient avec sa conscience et le lien avec la mienne est très simple.

 

Vous nous disiez quand vous étiez aux affaires que vous opériez des réformes à fort effet populaire et qui devraient résister au temps et aux mutations à la tête de l’Etat. Que sont devenues ces réformes aujourd’hui ?

 

J’avais dit, puisque j’avais commencé des réformes qui gênaient, que je n’avais pas pour vocation de faire des réformes populaires. Mais j’avais pour vocation de faire des réformes qui impopulaires peuvent avoir des effets populaires. Et je crois que, lorsque vous prenez tout, l’actuel gouvernement n’a pas balayé tout du revers de la main, malgré les communications. Nous avons commencé un vaste programme de réforme de la gestion de l’action budgétaire. Il fallait tout faire pour que l’Etat ne vive plus au-delà de ses moyens. Nous avons fait en sorte que le clientélisme dans la chaîne budgétaire, selon les dépenses publiques, soit réduit et progressivement annulé, notamment à travers ce que nous avons appelé le ‘’first in-first out’’, c’est-à-dire payer les titres en fonction de leur arrivée à l’exception des urgences. En ce moment-là, je crois que beaucoup de témoignages ont été faits. Nous avons entamé même l’informatisation de tout cela. Nous avons également, au niveau de plusieurs autres structures,  commencé des réformes qui devraient être le sous-bassement de la modernisation de la gestion des finances publiques au Bénin.

Vous allez par exemple au Trésor aujourd’hui, nous avons totalement modernisé la gestion de la dette publique. C’est une école ; les collaborateurs du Trésor sont sollicités un peu partout aujourd’hui. Au niveau de la douane, nous avons procédé à beaucoup d’informatisation ; les contrôles mobiles et autres ont été faits. Il s’agit des réformes qui ont été réalisés en un temps relativement court et avec des collaborateurs disponibles. C’est dans la même période, en 19 mois, que nous avons informatisé la gestion des marchés publics, sans compter le fait que la douane soit en train de perdre ses miracles à cause de la situation économique qui change. Il y a une mutation terrible au niveau de la situation économique. La porte de sortie aujourd’hui, c’est la fiscalité interne et à ce niveau, nous avons pris beaucoup de mesures. La première, c’est d’informatiser obligatoirement les impôts. Il est hors de question qu’en ce moment de l’évolution de la planète, un pays à revenu essentielle ment fiscal continue de laisser la possibilité à des opérateurs économiques de falsifier les attestations fiscales, de falsifier les documents fiscaux pour créer de l’évasion fiscale à l’Etat. Nous avons donc exhumé le projet Parip, qui est le plus vaste projet d’informatisation des impôts. Beaucoup de choses ont été faites sans oublier les mesures de politique économique comme par exemple celles qui stimulent la consommation locale et donc la production.

 

On a l’impression que vous le faites bien à votre poste de ministre et qu’au Fnm par contre, la situation n’est pas tout autant reluisante. Aux dernières nouvelles, vous auriez accordé des financements à des structures décentralisées qui n’auraient pas remboursé, et des milliards de nos francs ont été engloutis. Comment expliquez-vous cela ?

 

Vous savez, les appréciations dépendent de ceux qui les font et des fins pour lesquelles elles sont faites. Je vous le dis et je vous le répète encore : partout où je suis passé, j’ai servi avec la plus grande conscience professionnelle. Sur la question du Fonds national de microfinance, j’ai entendu beaucoup de choses. Dans ce pays, il y a beaucoup de colporteurs de rumeurs. On continue de m’accuser de façon persistante. On sait que sur des dossiers au ministère de l’Economie et des finances, même si on te colle quelque chose, il serait difficile de te fatiguer, c’est pourquoi on est allé au niveau du Fnm, parce qu’on est sûr que même si cela n’existe pas, on peut te coller quelque chose. C’est la volonté des hommes. Le plus important, moi Komi je sais qu’à la tête de ces structures, j’ai donné le meilleur de moi-même. Et ces rumeurs, à des moments donnés peuvent avoir des éléments vraisemblables. Nous avons vu le gouvernement faire des audits. Quand le gouvernement dit de 2012 à 2016, c’est strictement cela qu’ils font. Quand ils sont allés au Fonds national de microfinances, c’était prévu pour la période 2013-2016, mais ils sont remontés jusqu’à 2007. Parce que de 2013 certainement, on a vu que Koutché n’était plus là, il est parti en août 2013. Et à partir de 2007, on s’est beaucoup plus focalisé sur 2009-2013. Ce qui est regrettable dans tout cela, c’est que moi-même en tant que principal concerné, je n’ai jamais été écouté. Ce dont il est question, il faut qu’on vous le dise. L’Etat a lancé un programme qui est spécial. Tout bon expert professionnel qui vient, vous dira que le microcrédit aux plus pauvres est une ressource affectée. Et quand c’est le cas, cela veut dire que l’Etat indique les cibles et on assume les responsabilités. Nous avons essayé de trouver un schéma médian avec les partenaires pour avoir avec eux des contrats qui leur mettent la pression pour dire qu’ils doivent atteindre un tel niveau de remboursement. Et Dieu sait que c’est à partir de 2009 que tous les outils de gestion ont été élaborés. C’est un programme avec lequel le gouvernement ne s’amusait pas. J’ai travaillé avec des administrateurs qui ont eu des ministres comme le ministre Irénée Koupaki qui, à deux heures du matin, peut appeler par rapport à un dossier du conseil des ministres pour demander des explications sur des aspects. Lorsqu’un dossier est suivi ainsi par un gouvernement, on ne peut pas faire n’importe quoi. Les meilleures performances au niveau du Fnm ont commencé à partir de 2009. Mais quand on vient et qu’on apprécie avec un sens orienté, on peut écrire ce qu’on veut.

Vous avez dit tout à l’heure qu’on a donné du crédit à des institutions qui doivent. Il faut comprendre le sens du programme. L’Etat décide, pour des régions bien précises, de sélectionner. Ce n’est pas le directeur général qui le fait. Or, il y a une structure qui sélectionne et y participe, l’Association professionnelle des gestionnaires de micro finance, l’association des banques, la Bceao. Et c’est après cela que le conseil des ministres entérine. Lorsque c’est sélectionné, l’Etat les met par localité. Lorsque l’Etat dit par exemple qu’il place une structure dans les Collines, cela suppose que ce soit cette structure qui est chargée de couvrir toute la région. Sur l’aspect ‘’les structures doivent et on leur met encore de l’argent en place’’, lisez bien pour comprendre. Les structures sont en fait des prestataires de service pour l’Etat. C’est-à-dire que l’Etat les oriente et met à leur disposition les ressources financières. Et c’est en ce sens que l’Etat leur paye des frais de prestation. C’est cela le sens du programme. Et c’est ce que le régime avait conçu. Cela peut ne pas être l’approche de l’actuel régime ; ce n’est pas une raison pour dire que l’ancien régime a mal fait. C’était son approche. Dans une localité par exemple, lorsque vous donnez du crédit à cent personnes, que 50 personnes remboursent, 45 personnes ont des crédits qui sont en cours et cinq n’ont pas remboursé, la logique mécanique, si on ne veut pas s’insérer dans le sens du développement, dans le sens du contenu du programme, c’est de dire qu’il ne faut plus donner, vu que cinq personnes n’ont pas remboursé. Mais ce n’est pas ce que le programme dit. Le programme dit, « puisque 50 personnes ont remboursé, que 45 personnes continuent d’avoir des crédits, que cinq personnes n’ont pas remboursé, il faut donner de l’argent à l’institution pour financer les 50 qui ont déjà remboursé. Autrement, l’impact qui était visé à leur niveau s’arrête ». Et puisque eux ne sont pas renouvelés, les 45 qui restent ne sont pas motivés pour rembourser. Donc, on met en place de l’argent pour financer ceux qui ont déjà remboursé pour motiver les autres à rembourser, pendant ce temps, on met la pression sur l’institution pour mettre aussi la pression sur les cinq qui n’ont pas remboursé. Mais c’est facile de venir et de dire que, parce que cinq personnes doivent et qu’on n’a pas voulu arrêter l’impact chez les autres, c’est du détournement. Ce qui est encore important à savoir, moi j’ai travaillé avec les meilleurs standards, tous les comptes du Fnm sous ma gestion ont été connus par la chambre des comptes et ont reçu son quitus. La chambre des comptes n’a jamais parlé de détournement. Quand vous mettez ces éléments côte à côte, le fait qu’on vous chante tous les jours que vous êtes recherché pour le compte du Fnm ; qu’on vous dise qu’on a commandité un audit pour la période 2013-2016 et qu’on a accentué les audits sur votre gestion sans même vous écouter, cela préoccupe. Sur cet aspect, je vous dirai que j’avais tout fait pour que le président Patrice Talon ne vienne pas au pouvoir ; c’est ma conviction. Parce que, pour moi, le thème de campagne sur lequel j’allais travailler, c’était de dire «  si Talon se substitue à Yayi, c’est un problème pour le Bénin ». Il vaut mieux faire venir une tierce personne et travailler maintenant comme nous l’avons fait dans l’ombre pour que le président Talon revienne dans le rôle dans lequel il est mieux : la création de la richesse nationale. Mais au soir du 20 mars passé, quand les tendances se sont affichées et qu’il était devenu président, tout de suite, j’ai réfléchi en disant que cela pourrait aussi être une bonne chose.  Je pensais que cela pouvait être une occasion pour les Béninois de se parler entre eux, parce qu’il est comme le carrefour de tous les acteurs politiques. Si vous observez bien, il n’y a pas ce courant politique qui n’ait pas eu d’intersection ou de relation avec le président Talon. Donc, il connait la classe politique béninoise. Il pouvait être la connexion entre toutes les tendances de la classe politique béninoise. Mais qu’est-ce qu’on constate aujourd’hui ? Je ne dis pas nécessairement lui-même, parce que j’ai des faits me concernant personnellement qui me prouvent qu’il n’est pas à la base de tout ce qui se passe. Il s’agit d’activistes débordants qui pensent qu’il y a des têtes qui sont gênantes. Mais pour ceux-là, il n’y a pas de souci. On s’est identifiés et je crois que la priorité quand on a la conscience professionnelle et patriotique, c’est de laisser le gouvernement travailler. Au moment de faire la politique, nous ferons le corps à corps politique, puisque le Bénin, c’est pour nous tous et personne n’est étranger au Bénin. Voilà ce que je peux vous dire concernant le Fonds national de microfinance le gouvernement peut améliorer, mais il ne faudrait pas qu’il détruise un instrument original. Vous allez aujourd’hui à la Banque islamique de développement, c’est affiché partout comme modèle. La preuve, moi j’ai coordonné l’un des plus grands projets de microfinance de la Bid au monde. Il s’agit du Programme d’appui à la micro finance pour le compte du Bénin. Le résultat a été tellement apprécié que je pense qu’ils ont donné un autre financement de près de 30-40 milliards de francs Cfa. Et c’est le même projet qu’ils sont en train de répéter partout. Qu’on continue à chanter aujourd’hui que tout a été mauvais, avec des appréciations biaisées, je crois qu’il ne faut pas construire un Bénin à deux vitesses. Je ne suis pas sûr que le président Talon sache qu’il y a des foyers de frustration du genre qui sont en train d’être construits sous ses pieds. Moi je partage qu’on utilise des cabinets d’expertise comptables pour renforcer la gouvernance de l’Etat. C’était l’une de mes propositions à l’époque. Mais en faire un instrument de terrorisme politique, cela ne nous amènera  nulle part. C’est ce que je peux vous dire sur ce sujet.

 

A vous entendre, on est tenté de dire que tout a été si beau, dans le meilleur des mondes possibles…

 

Personne n’a dit cela.

 

Qu’est-ce que vous vous reprochez de n’avoir pas bien fait ?

 

En matière de conscience professionnelle, je ne me reproche rien. Me reprocher quelque chose, il suffirait que je me sois levé un jour et que j’aie pris des options de gouvernance, qui soient préméditées pour être accomplies de façon maladroite. Mais j’ai fait tout en toute conscience professionnelle. Et nous sommes dans un pays où, c’est d’abord le social. Qu’il vous souvienne qu’ici, dans ce même pays, des gens ont demandé aux bénéficiaires de ne pas rembourser. Par exemple, lorsque la Banque mondiale accorde du crédit à un pays et que celui-ci a des difficultés de remboursement, qu’on dise que c’est la faute du président de la Banque mondiale. Alors que tout le dispositif, conformément aux instruments que l’Etat a mis à notre disposition a été respecté. Dites-vous une chose ; les directeurs généraux du Fnm ne sont même pas signataires des chèques de mise à disposition des microcrédits aux plus pauvres. C’est tellement corsé que vous êtes obligé de rendre compte à l’Etat tous les six mois, de demander des autorisations sur ce qui peut être fait pour avancer, de présenter la situation, les avantages et inconvénients et le gouvernement décide pour que vous avanciez. Donc, moi je pense qu’aujourd’hui, s’il y a une priorité, c’est de prier pour que les gouvernants qui sont là réussissent. Il y a une erreur que nous faisons souvent. Que le gouvernement du président Talon réussisse, cela ne nuit à personne et encore moins à moi, Koutché. Simplement parce que pour moi, le développement, c’est comme un voyage. Si vous voulez aller à Lomé, que vous êtes dans un bus et que vous êtes des chauffeurs à vous relayer au fur et à mesure du parcours, si vous empêchez le chauffeur qui est au volant d’aller à Comè en le détournant vers Porto-Novo, lorsque ce sera votre tour de conduire, au lieu de partir de Comè, vous partirez plutôt de Porto-Novo. Et plus un gouvernement réussit, plus les populations gagnent. Notre bus qui est le Bénin est dans une zone de turbulence à cause de la récession économique. Pour des gens, comme nous, qui ont la conscience patriotique, nous pensons qu’il faut laisser le gouvernement travailler. Mais il faut que le conducteur du bus qui est le président de la République, se préserve aussi des dépassements dangereux, et que les tickettiers qu’il a recrutés dans le bus arrêtent aussi de provoquer les sages passagers qui sont dans le bus. C’est à l’avantage de tout le monde parce que nous n’avons pas besoin de vivre des stress et des stress comme cela a été le cas pendant les cinq dernières années. C’est ce que nous avons retenu comme option depuis le 6 avril 2006.

 

Je voudrais, pour finir sur cet aspect de notre entretien, revenir en arrière. Vous avez évoqué tout à l’heure l’aspect social qui a impacté un certain nombre de décisions. Est-ce que c’est pour les mêmes raisons par exemple que vous avez décidé d’accorder des avantages à des cadres de l’administration publique ?

 

Je vous dis en toute sincérité que, de tous les morceaux que le gouvernement a choisis, honnêtement, c’est le seul pour lequel j’exprime un profond regret. Je le dis, non pas pour le fait d’avoir accordé des avantages aux secrétaires de cabinet et aux secrétaires généraux, loin de là, car ce sont ces personnes qui gardent nos ministères et avec le président Boni Yayi, on était trop sollicités. Mais c’est sur le principe de rétroactivité. Tous les collaborateurs du ministère de l’économie et des finances vous le diront. Je suis contre la rétroactivité des actes qui accordent des avantages. J’ai toujours dit que je ne répondrai que de la période à laquelle je suis là. A ce niveau, je présente mes excuses, parce que la rigueur qui m’a toujours caractérisé a fait défaut.

 

Dans notre contexte, le commerce de quartier est déjà promu. A défaut d’être en mesure de construire des boutiques, et d’y pouvoir loger des gens, ç’aurait été bon de leur donner un peu d’espoir. C’est un problème social qui va empirer la pauvreté dans les toutes prochaines années. Quand vous prenez toutes ces mesures que vous mettez ensemble, si l’Etat décide de commanditer une étude statistique et économique, il se rendra compte de lui-même que ce que les économistes appellent la courbe de Lorinx est en train de se creuser. Quand c’est comme cela, ça veut dire que les inégalités sociales se creusent. De la croissance partagée, qui est le souhait, on tend vers la croissance confisquée. Le fait que le Chef de l’Etat reconnaisse qu’il y a des problèmes, c’est déjà important. Moi je voudrais très respectueusement lui suggérer de prendre son bâton de pèlerin. C’est à lui que le peuple a donné son mandat et c’est à lui qu’il demandera des comptes. Aucun des ministres n’a une obligation vis-à-vis du peuple. La preuve, les gens peuvent quitter et changer de camp comme cela se passe. Donc, il doit faire très attention aux mesures qu’il prend et imaginer qu’il faut aller vers une économie de marché. C’est un processus, dans un contexte comme le nôtre, qu’il faut accompagner progressivement, parce que le social pèse d’abord. C’est pourquoi le Fonds monétaire international table d’abord sur les dépenses  sociales.

 

Et sur la question des libertés ?

 

J’avoue que j’ai déploré ce qui est arrivé dans le domaine des médias. J’ai échangé avec quelqu’un qui m’a dit qu’il faut que la Haac soit professionnelle. C’est un professionnalisme suspect, intervenu dans un contexte de rigueur soudaine. Je vous parle en tant qu’ancien ministre de la communication. Je tiens beaucoup au classement de Reporters sans frontières. Ce qui leur est arrivé, c’est des choses que les institutions de la République ont vu se développer pendant des mois. Que de façon subite, cette rigueur soudaine intervienne, c’est un problème. Ça n’honore pas notre pays. Je déplore aussi ce qui arrive aux étudiants. Nous, nous avons eu une liberté sur le campus parce qu’il y a des gens, comme Séraphin Agbahoungbata qui fait partie de ce régime, qui se sont sacrifiés. On ne peut plus retourner à ce niveau-là. L’Etat a tous les moyens pour discipliner les étudiants à l’Université. Et le moyen le plus indiqué, pour moi, ce n’est pas de leur arracher leur liberté, mais de la réglementer. Ce qui est constaté aujourd’hui, c’est que la liberté des étudiants est supprimée. Or, ces étudiants ont été de ceux qui ont porté leur espoir sur le Président Talon. Mon candidat (Lionel Zinsou) était allé là-bas, ils lont chassé. Que le Chef de lEtat fasse très rapidement la réforme. Et en cela, je lui demande encore de faire un dialogue inclusif. Il faut quil parle personnellement avec les étudiants. Il parle très peu avec les gens. Je pense que pour certaines circonstances, cest un défaut. On me dit quil y a des étudiants qui sont persécutés. Il doit leur garantir leur liberté. La question des libertés se pose.

 

Il y a eu récemment des polémiques au sujet du processus de révision de la Constitution, notamment en ce qui concerne le choix de la voie parlementaire. Votre appréciation sur ce sujet.

 

Nous sommes tous d’avis que notre loi fondamentale a besoin d’être actualisée pour s’adapter aux réalités du temps. Mais ce qui est particulièrement hypnotisant, c’est que personne ne connaît le contenu de ce projet, en dehors de ceux qui ont travaillé là-dessus et qui n’ont pu connaître la dernière version. Malgré cela, il y a une grande communication autour de la chose. Ce qui soulève des suspicions,  alors que la Constitution a quand même prévu le consensus. Si on n’est pas prêt à s’inscrire dans la démarche du consensus, arrêtons de communiquer là-dessus. Quant à ce qui concerne l’achat de conscience des députés, je voudrais nous inviter à savoir raison garder. Il y a des choses qui détruisent l’image d’un pays. Et quand l’image d’un pays est détruite, pour la reconstruire, c’est difficile. Lire sur les réseaux sociaux, tous les jours, que les députés sont achetés, ça veut dire que  nous sommes dans un pays de haute corruption. Ça n’arrange personne. C’est quelque chose à laquelle je n’y crois pas. Dire qu’on donne 100 millions par député, je ne sais pas d’où ça peut venir. Pour avoir été ministre des finances, je sais que pour gérer un dossier à l’Assemblée nationale, le ministre des finances n’a pas une marge de manœuvre de plus de 100 millions de francs Cfa. Si le chef de l’Etat devrait sortir ce montant de son propre patrimoine, avec le nombre de députés, je ne crois pas. Moi, je ne connais pas l’homme. Je l’ai rencontré deux fois, le 6 avril à l’investiture et la seconde fois, quelque part où j’étais et où il est venu. Mais tel que je l’observe, je crois que sa calculatrice ne sait pas faire des soustractions qui donnent des résultats négatifs. Je ne vois pas ce qu’il a à gagner dans une révision de la Constitution, qui est une affaire nationale, pour prendre  8 milliards sur son patrimoine et distribuer aux députés. Ce n’est pas une question à laquelle je crois. Les députés qui sont visés particulièrement sont des gens que je connais. Donc, je peux parler en leur nom en disant que je ne crois pas.

 

Pourquoi ces députés visés ne montent pas au créneau pour s’expliquer ?

 

Je l’ai toujours dit, chacun se réfère à sa conscience. A l’arrivée, on verra si vous avez été acheté ou pas. Puisque on vous présentera un projet. Le peuple saura clairement ce qui l’arrange, indépendamment de ce que les journaux écrivent. Moi je lis et j’observe. Ce n’est pas du service qui est rendu au gouvernement. Il y a de la communication. Maintenant, pour ce qui concerne les députés, c’est un projet qui leur est  soumis. Le projet sera partagé, même si on ne va pas au référendum toute de suite. On verra ce qui arrange ou non le peuple et le comportement des députés. N’oubliez pas que les députés Fcbe ont choisi de dire oui quand c’est bon, et de dire non quand c’est mauvais. C’est l’une des occasions pour eux de pouvoir le démontrer. Le peuple sait ce qui est bon ou mauvais pour lui. Je crois qu’il faut éviter ces genres de suspicions qui détruisent l’image du pays et qui ralentissent la confiance des étrangers qui peuvent nous aider pour le développement.

 

Pourquoi êtes-vous si indifférent aux Fcbe, à leur  concertation ?

 

Pour le temps que j’ai passé à l’extérieur, si je dois prendre chaque soir un billet d’avion pour le Bénin, c’est difficile pour moi.

 

Est-ce que vous vous retrouvez dans les prises de positions des Fcbe, notamment la dernière faite par le coordinateur national Eugène Azatassou ?

 

Ce sont des discussions entre nous. Laissez-moi vous dire que le 3 avril, quand vous m’avez reçu, je vous ai dit que mort ou vivant, un Iroko demeure une divinité. Quelle que soit la transformation qu’elle connaitra, l’alliance Fcbe sera toujours l’une des forces politiques incontournables au Bénin. Nous sommes dans cette dynamique. Demain, vous nous verrez rebondir de la façon la plus puissante possible.

 

Êtes-vous dans la dynamique de contrôle exclusif par Boni Yayi ?

 

C’est vous qui me l’apprenez. La politique, c’est d’abord une question de nombre. Si vous, vous contrôlez exclusivement quelque chose, ce n’est que vous-même. Tel que nous avons fonctionné jusqu’ici, vous voyez que ce n’est pas manifestement possible à quelqu’un de se lever et de vouloir faire un contrôle exclusif. Ce que je sais est que  l’héritage des 10 ans incombe à nous tous. Ce n’est pas héritage du Président Boni Yayi seul. Il a eu le mérite d’avoir été notre leader charismatique. Mais nous y avions contribué tous. Le laisser s’effriter, c’est une perte pour nous tous. Nous travaillons à conserver cet héritage, dans une dynamique politique qui soit des plus élégantes possibles et qui ne soit pas des plus extrémistes possibles. C’est une dynamique qui prend partie pour le peuple. Ce que nous aimons le plus au Bénin, c’est  la politique, pas dans le combat des idées, mais dans la brutalité, dans les intimidations, les injures. Moi je ne supporte pas cela. Je suis d’une nouvelle génération d’hommes politiques.

 

Vous en êtes victime ?

 

Je supporte ça tous les jours. Je suis immunisé contre. Certains pensent qu’ils ont trouvé un boulevard et qu’il faut profiter de l’arsenal actuel pour faire tomber quelqu’un. Alors que c’est Dieu qui détient le centre de gravité de chacun de nous.

 

La politique se limite-t-elle pour vous au double quinquennat de Boni Yayi ? Quels sont vos projets ?

 

Je vous dirai qu’en politique, il n’y a pas de futur certain. Il n’y a que des souhaits pour le futur. Les seuls instants de certitude en politique, c’est le présent et le passé. Je suis engagé en politique, je continuerai à faire la politique.

 

En 2019, verra-t-on Komi Koutché conduire une liste aux prochaines élections législatives ?

 

Je viens de vous dire qu’en politique, les seules certitudes, c’est  le passé et le présent. Je suis d’une équipe. Je n’ai pas choisi d’aller aux élections législatives parce que je le veux. C’est une équipe qui l’a décidé et peut également décider de choisir une autre personne. 2021, c’est pareil. La seule chose qu’il faut retenir, c’est que désormais je n’ai plus 40 ans. Mais cela ne suffit pas à dire tout de suite ce qui se passera en 2021. Le plus important, c’est ce que nous faisons de notre quotidien, en quoi notre quotidien peut influencer l’avenir. Mes prochains combats, c’est que je continuerai de m’engager en politique.

 

Quels sont vos rapports actuels avec Sébastien Ajavon ?

 

Pourquoi nécessairement lui ? Pourquoi pas Okounlola ? Sébastien Ajavon, on n’était pas partis pour être des amis. Mais, il a suffi que j’aie quelques contacts avec lui et j’ai changé d’idées de lui. Quand je suis venu au Ministère de l’économie et des finances, le Chef de l’Etat a demandé que je mette de l’ordre. Je lui ai dit, qu’en plus de cette mission, j’ajoute de normaliser nos relations avec les opérateurs économiques. C’est dans ce cadre-là que j’avais entrepris des discussions avec lui. Les premiers contacts que J’ai eus avec lui, m’ont particulièrement séduit. Non seulement, il ne parle pas que de lui-même mais il dit « Si tu fais comme ceci, tu auras des recettes. Les opérateurs économiques vont gagner également ». J’ai trouvé que c’était bien. J’ai trouvé que c’est un homme de confiance.  On se voit régulièrement. Mais, partir de cela pour stigmatiser notre relation, ce n’est pas bien. Le même type de relations que j’ai eu avec lui, je l’ai développé avec d’autres personnes. Dites-moi, combien de ministres, de la période de la forte tension entre Talon et Yayi, pouvaient recevoir Eustache Kotingan. Moi je le recevais à tout moment. Et je développais le même type de relations avec Sébastien Ajavon. Dites-vous, ce n’est pas toutes les fois que Monsieur Kotingan allait dans mon bureau qu’il allait parler de leur problème. C’est ce débat-là qui a fait que les usines du groupe du Président Talon sont venues dans l’égrenage en 2015. Ça nous a permis de limiter un peu les pertes. Ce n’est pas toutes les fois qu’il vient qu’il parle du problème économique de leur groupe. A des moments donnés, il me dit « Petit frère, j’ai suivi ceci. Tu aurais dû dire comme ceci ou comme cela ». Ce qui veut dire que le véritable problème, c’est qu’on ne se parle pas entre nous au Bénin. J’ai entrepris la même discussion avec Samuel Dossou pour ses projets. On avait commencé par relancer ce qu’on pouvait. Malheureusement,  le temps était trop court. J’ai fait 19 mois au ministère de l’économie et des finances. J’avais à réorganiser tout ce qui était fait jusque-là, à faire face au challenge quotidien, à faire aussi mes réformes pour marquer mon temps. Ce n’était pas un exercice facile.

 

Parlons de Sébastien Ajavon, vos relations peuvent-elles influencer vos futurs combats ?

 

La politique, c’est la mathématique des équations et solutions glissantes. A l’heure où je vous parle, lui (Ajavon) et moi n’avons pas de projets politiques. Cela ne veut pas dire qu’il ne pourrait pas en avoir après. On ne peut pas le prédire dès aujourd’hui. Lui et moi ne pouvons  pas avoir de projets politiques aujourd’hui parce qu’il ne peut pas avoir d’arguments pour me convaincre, ni le peuple Parce qu’il y a quelques mois, il a fait voter pour un président, certainement, sur la base de quelque chose qu’ils ont convenu pour le bien du peuple. Qu’il vienne dire, j’ai eu de problèmes avec le Président Talon ou je n’ai pas eu telle chose, c’est personnel. Mais nous avons convenu que l’aspect social soit ci, qu’il y ait ci ou ça pour le peuple, et que ce n’est pas fait. Ça, c’est des arguments. Mais il n’y a pas encore çà. Je vois que les gens spéculent beaucoup. Donc, il n’y a pas de souci.

 

Avez-vous d’excellents rapports avec lui ?

 

On a d’excellents rapports, ce n’est pas parce qu’il a eu des problèmes avec la justice que je vais dire que je ne le connais plus. Je ne gère pas mes relations de cette façon.

 

Votre dernière rencontre avec Boni Yayi remonte à quand ?   

 

Là où je suis aujourd’hui, où est-ce que je vais passer sans voir Boni Yayi  griffer sur mon front ? Je continue d’être le bon petit de Boni Yayi.

 

Etes-vous toujours fidèle à Boni Yayi ?

 

Il faudrait qu’on fasse le débat sur cette question. J’entends les gens dire que je suis loyal, que je suis ci ou ça.  Etre loyal, je l’ai été malgré tous les coups que j’encaissais jusqu’au soir du 06 avril. Aujourd’hui, je n’ai plus une obligation de loyauté vis-à-vis du président Boni Yayi. J’ai plutôt une obligation de reconnaissance vis-à-vis de lui. Et il l’a également vis-à-vis de moi parce que ce ne sont pas tous les collaborateurs qui l’ont été vis-à-vis  de lui. Au soir du 06 avril, je suis allé le voir pour lui dire que je me démarque d’un certain nombre de choses. Nous avons besoin d’une nouvelle forme d’organisation avec des individualités fortes qui ont porté le combat jusque-là, mais pas dans le désordre tout comme on était au pouvoir hier. Quand on était au pouvoir, on pouvait gagner dans le désordre. C’est cela que d’autres ne comprennent pas et disent que c’est Koutché qui ne veut pas ci, et vont escroquer l’homme  qui est déjà à la retraite.  Moi, je voudrais que le gouvernement communique sur le projet de révision de la Constitution et qu’un amendement soit fait.

 

Boni Yayi  a-t-il une vocation de coach ou acteur ?

 

Quand un papa atteint un certain âge, on ne lui demande plus d’aller s’amuser avec les enfants. Donc, nous pensons que nous sommes murs pour l’honorer pour la suite.

 

Il vous écoute quand vous le lui dites ?

 

Il n’est pas un sourd. Il nous écoute bien.

 

Vu les départs qui s’observent dans le rang des Fcbe, est ce que vous n’allez pas vous retrouver comme un Général sans troupe ?

 

Il faut laisser le combat arriver d’abord.  J’ai été particulièrement  accroché par cette question-là. On me dit que j’ai fait des gens, mais qui partent aujourd’hui. Moi, je ne suis pas dans la politique de l’aîné détrôné. Si aujourd’hui, ils pensent que la position dans laquelle on était hier n’est plus la leur, bon vent à eux. Le plus important est que moi, je m’organise pour que j’aie la possibilité d’atteindre mes objectifs. Tout le monde sort son jeu, attendez qu’on sorte le nôtre.

 

Au sujet de la refonte politique…

 

Pour le moment, est-ce que vous avez vu les grands hommes se prononcer sur la question ? Le président Amoussou, le président Houngbédji…. Quand les grands jeux vont sortir, vous verrez. N’oubliez pas qu’au Bénin, les ensembles les plus performants, ce sont ceux qui se constituent à la dernière minute. Je vous raconte une anecdote: «quand nous avons formé notre coalition, quelqu’un est allé me dire qu’on allait échouer parce que les grands ensembles du genre font appel à la naissance d’ensembles plus grands. Et il a eu raison de moi.»  Je voudrais demander à nos militants de rester sereins. Tout est en train d’être mis en œuvre pour une meilleure réorganisation de l’alliance.

 

Votre mot de fin 

 

Je vous remercie pour cette première occasion que vous me donnez en attendant de vous retrouver peut-être  dans un an. Je voudrais réitérer que le développement  d’un pays est un voyage et que nous avons intérêt  que le gouvernement qui est là réussisse. Et le pouvoir aussi doit savoir que pour réussir, il faut s’appesantir sur les questions du développement.  Lorsque vous avez le pouvoir, vous avancez. Mais, n’empêchez pas les autres d’exister. Quand vous empêchez les autres d’exister, ils finissent par se regrouper  Aujourd’hui, la conscience patriotique nous oblige à ce que nous soyons dans un environnement calme. Le  gouvernement se doit d’apporter les solutions les plus appropriées à la crise économique dans laquelle nous sommes, sinon cela peut nous conduire vers une dépression. Je voudrais aussi finir en invitant les jeunes à beaucoup plus de combativité et d’espoir. Le meilleur reste à venir. Les jeunes doivent soutenir les jeunes. Et les jeunes qui sont à des postes de responsabilité aujourd’hui doivent être soutenus. C’est pourquoi, je voudrais suggérer que les jeunes ne s’attaquent pas ouvertement  sur les réseaux sociaux. Que le inbox soit privilégié.

 

La Rédaction

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