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NICEPHORE SOGLO

Afrique : Les anciens Chefs d’État africains (sans Boni Yayi) fustigent l’esclavage en Libye

Dans la foulée collective de l’indignation contre le foyer de l’esclavage découvert en Libye, les anciens Chefs d’État et de gouvernement lancent aussi leur cri d’alarme. Par voix de Nicéphore Soglo, vice-président du Forum des anciens chefs d’État et de gouvernement africains, ces anciens dirigeants fustigent la cette résurgence de la traite des esclaves et du trafic d’êtres humains en Afrique.

” Le forum condamne fermement tous les cas de traite et appelle l’organisation des nations unies et les institutions concernées, notamment l’organisation internationale pour les migrations, le Haut commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés, l’organisation mondiale de la santé et l’Union africaine à fournir les services et le soutien nécessaires pour alléger le sort des victimes de la traite des êtres humains qui symbolise la résurgence de la traite désire esclaves en Afrique “, indique cette déclaration.

Une parenthèse : l’ancien président de la République béninois Boni Yayi n’est pas signataire de ladite déclaration. Attitude paradoxale de cet ancien président de l’Union africaine qui ne cessait de prôner le panafricanisme. Sauf si depuis deux ans qu’il a quitté le pouvoir, Boni Yayi n’a pas pu remplir les formalités pour intégrer cette structure qui fut présidé par l’ancien président sud-africain Nelson Mandela. Or dans le même temps, plusieurs personnalités africaines ayant occupé de hautes fonctions à l’international sont signataires de la déclaration.

DÉCLARATION DU FORUM DES ANCIENS CHEFS D’ETAT ET DE GOUVERNEMENT AFRICAINS SUR LA RÉSURGENCE DE LA TRAITE DES ESCLAVES ET DU TRAFIC D’ÊTRES HUMAINS EN AFRIQUE

Pretoria, le 13 décembre 2017

Nous, membres du Forum des anciens Chefs d’État et de Gouvernement Africains, communément appelé Africa Forum (Forum Afrique), notons avec mépris la résurgence de la traite des esclaves en Afrique avec l’achat et la vente de centaines de réfugiés africains dans des «marchés d’esclaves» en Libye. Il est odieux que de nombreux Africains soient détenus en rançon ou forcés à la prostitution et à l’exploitation sexuelle pour payer leurs ravisseurs et leurs passeurs. Il est effroyable que de nombreuses victimes de la traite finissent soit par être assassinées par leurs trafiquants en plein désert ou soit par mourir de soif ou dans des accidents de voiture dans le vaste désert libyen.

Les rapports indiquent que la ville de Sabha, à 650 kilomètres au sud de la capitale Tripoli, est devenue un point d’entrée commun pour de nombreux réfugiés venant du Ghana, du Nigéria, du Cameroun, de la Zambie, du Sénégal, de la Gambie et du Soudan. Beaucoup de ces victimes de la traite des êtres humains et de la traite des esclaves ne parviennent pas au marché désigné et meurent dans le désert. Apparemment, la morgue de Sabha regorge de cadavres et des rapports décrivent des scènes horribles de corps qui sont jetés dans les zones de forte densité d’arbres. De plus, les réfugiés qui sont morts ne sont jamais identifiés et beaucoup finissent par être enterrés sans nom dans des tombes de fortune.

Le Forum Afrique condamne fermement tous les cas de traite et appelle l’Organisation des Nations Unies et les institutions concernées, notamment l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l’Union Africaine (UA) à fournir les services et le soutien nécessaires pour alléger le sort des victimes de la traite des êtres humains qui symbolise la résurgence de la traite des esclaves en Afrique. Il est clair que les réfugiés et les migrants sont introduits clandestinement en Libye par un réseau de gangsters criminels sur la promesse d’atteindre les côtes européennes. Certains de ceux qui ne peuvent pas payer leurs ravisseurs seraient tués ou laissés mourir de faim. Il est évident que le commerce des esclaves a augmenté de plusieurs fois depuis la chute de l’historique guide Libyen Mouammar Kadhafi.

Il ne fait aucun doute que la situation actuelle des réfugiés et des migrants qui sont vendus comme esclaves en Libye a été précipitée par la situation politique actuelle en Libye après la chute de Kadhafi, qui a conduit à des luttes fractionnelles et a rendu le pays ingouvernable. Ce qui se passe aujourd’hui en Libye reflète, dans l’ensemble, le vide laissé par le pouvoir après la chute du régime de Kadhafi, qui a été démis de ses fonctions et tué par des forces étrangères. La Libye est maintenant dans la catégorie des États en faillite ; une situation qui a accéléré la propension du pays à être utilisé comme un important marché du trafic humain et comme une voie d’immigration clandestine vers l’Europe.

Il est impératif que la communauté internationale soutienne la direction de la Libye pour faire face à la prévalence de la traite des êtres humains et à la résurgence de la traite des esclaves. En conséquence, le Forum Afrique appelle tous les États parties au Protocole visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants, de soutenir le Gouvernement à Tripoli afin d’arrêter la traite des êtres humains et la traite des esclaves en Libye. Ceci est conforme à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée qui a été adoptée et ouverte à la signature, la ratification et l’adhésion par la résolution 55/25 du 15 novembre 2000. La Convention appelle à une action efficace pour prévenir et combattre la traite des personnes, en particulier celle des femmes et des enfants. La Convention appelle également à une approche internationale globale dans les pays d’origine, de transit et de destination qui comprenne des mesures pour empêcher ce trafic, punir les trafiquants et protéger les victimes de ce trafic, y compris la protection de leurs droits humains internationalement reconnus.

Le Forum Afrique rappelle la résolution 53/111 de l’Assemblée Générale des Nations Unies du 9 décembre 1998, dans laquelle l’Assemblée a décidé de créer un comité ad hoc intergouvernemental à composition non limitée chargé d’élaborer une convention internationale globale contre la criminalité transnationale organisée et de discuter de l’élaboration, entre autres, d’un instrument international sur la traite des femmes et des enfants et plaide en faveur d’une action vigoureuse pour soutenir le gouvernement libyen actuel face à la résurgence de la traite des esclaves sur le continent compte tenu de la fragilité du gouvernement actuel en Libye. Le Forum Afrique appelle le gouvernement libyen et la communauté internationale à “prendre des mesures immédiates et décisives pour mettre fin à ce crime” et le Forum Afrique appelle donc à la libération immédiate de ceux qui sont déjà asservis en vue de les rapatrier dans leurs pays d’origine. En effet, il est impératif que les autorités localisent et sauvent d’urgence les victimes de ce crime horrible et que la Libye traduise les coupables en justice. Le Forum Afrique craint que les migrants en Libye “courent un risque élevé de violations graves et multiples de la loi de leurs droits humains, tels que : l’esclavage, le travail forcé, la traite, la détention arbitraire et indéfinie, l’exploitation et l’extorsion, le viol, la torture et même la mort”.

Le Forum Afrique appelle le gouvernement soutenu par l’ONU en Libye à enquêter et à mettre en place des mesures concrètes pour lutter contre le crime actuel de la traite des êtres humains et de la traite des esclaves en Libye. Il incombe au gouvernement libyen d’augmenter le nombre de vols des rapatriés dans leurs pays d’origine. En attendant, il est impératif que le Conseil de Sécurité de l’ONU, le Gouvernement Libyen et la communauté internationale “prennent des mesures immédiates et décisives pour que ce crime ne se poursuive pas et assurent la libération immédiate de ceux qui sont déjà asservis”. Il est important de rappeler le programme de sanctions mis en place en 2011, année de l’invasion de la Libye par les Etats-Unis, qui a permis le renversement de Kadhafi, autorise le Conseil de sécurité à sanctionner “les individus et entités qui ordonnent, contrôlent ou plutôt dirigent la commission de violations graves des droits de l’homme contre des personnes en Libye ou qui en sont des complices”.

Dans le même temps, le Forum Afrique reconnaît le fait que la migration des jeunes de l’Afrique vers l’Europe est également précipitée par la situation économique débilitante dans les pays d’origine. Les pays africains traversent de graves crises économiques et il devient de plus en plus difficile de résoudre les problèmes de chômage des jeunes, en particulier des femmes. Il est généralement reconnu que le chômage des jeunes est une «bombe à retardement», qui semble maintenant dangereusement proche de l’explosion. L’Organisation Internationale du Travail rapporte que jusqu’à 82% des travailleurs africains sont des «travailleurs pauvres». Selon les Perspectives économiques en Afrique, en moyenne, plus de 70% des jeunes Africains vivent avec moins de 2 dollars par jour.

Il est important de rappeler que les dirigeants africains se sont rencontrés à Addis-Abeba, en Éthiopie, en 2009 pour essayer de désamorcer la bombe à retardement du chômage des jeunes. Ils ont déclaré 2009-18 «Décennie de la jeunesse africaine» et décidé de mobiliser des ressources, y compris du secteur privé, pour le développement des jeunes. Leur plan d’action soulignait la nécessité de s’attaquer à la fois au chômage et au sous-emploi. Deux ans plus tard, réunis en Guinée Equatoriale, ils ont promis une fois de plus «la création d’emplois sûrs, décents et compétitifs pour les jeunes». Il ne fait aucun doute que certains gouvernements africains ont fait des efforts pour résoudre le problème du chômage des jeunes, qui est la principale source du problème de la migration des jeunes en Europe et de leur implication dans la résurgence de la traite en Afrique.

Le Forum Afrique appelle les gouvernements africains à concevoir des mécanismes dans le cadre de la Décennie Africaine de la Jeunesse pour lutter contre le chômage des jeunes qui est au centre du nouveau mode de commerce volontaire des esclaves causé par le chômage débilitant et croissant des jeunes dans les pays d’origine. Il est important que l’UA encourage ses membres à mettre pleinement en œuvre les programmes conçus dans le cadre de la Décennie pour la jeunesse en Afrique. La responsabilité d’arrêter et d’inverser la situation actuelle de la résurgence de la traite des esclaves incombe avant tout aux gouvernements africains et à leurs institutions. Cela comprend également la redéfinition du programme d’éducation pour se concentrer sur le développement des compétences techniques qui préparera les jeunes à l’emploi et à l’entrepreneuriat.

À cet égard, nous soutenons pleinement les efforts déployés par les organisations régionales telles que l’UA et les Communautés Economiques Régionales (CER) pour combattre efficacement et durablement l’adversité avec les migrants africains, notamment la traite des esclaves, la traite des êtres humains et la contrebande.

Publié par le Secrétariat Exécutif du Forum Afrique pour le compte et au nom des membres du Forum Afrique:
1. SEM Nicéphore Dieudonné SOGLO, Ancien Président de la République du Bénin et Vice-Président du Forum Afrique
2. SEM Festus Gontebanye MOGAE, Ancien Présidentde la République du Botswana
3. SEM Pierre BUYOYA, Ancien Président de la République du Burundi
4. SEM Pedro de Verona Rodrigues PIRES, Ancien Président de la République du Cap-Vert
5. SEM Sir Dawda Kairaba JAWARA, Ancien Président de la République de Gambie
6. SEM le Lieutenant-Colonel Jerry John RAWLINGS, Ancien Présidentde la République du Ghana
7. SEM John Kofi Agyekum KUFUOR, Ancien Présidentde la République du Ghana
8. SEM John Dramani MAHAMA, Ancien Présidentde la République du Ghana
9. SEM Daniel Toroitich ARAP MOI, Ancien Président de la République du Kenya
10. SEM Emilio Mwai KIBAKI, Ancien Président de la République du Kenya
11. SEM Prof Amos Claudius SAWYER, Ancien Président de la République du Libéria
12. Dr Bakili MULUZI, Ancien Président de la République du Malawi
13. SEM Alpha Oumar KONARE, Ancien Président de la République du Mali
14. SEM Cassam UTEEM, Ancien Président de la République de Maurice
15. SEM Karl Auguste OFFMANN, Ancien Président de la République de Maurice
16. SEM Joaquim Alberto CHISSANO, Ancien Président de la République du Mozambique et Président du Forum Afrique
17. SEM Armando GUEBUZA, Ancien Président ou la République du Mozambique
18. SEM Samuel Daniel Shafiishuna NUJOMA, Ancien Président de la République de Namibie
19. SEM Hifikepunye POHAMBA, Ancien Président de la République de Namibie
20. Dr Abdul Salam ABUBAKAR, Ancien Président de la République fédérale du Nigéria
21. SEM Maththew Olusegum OBASANJO, Ancien Président de la République fédérale du Nigéria
22. Général Dr Yakubu Jack Dan-Yumma GOWON, Ancien Président de la République Fédérale du Nigéria
23. SEM Goodluck Ebele Azikiwe JONATHAN, Ancien Président de la République Fédérale du Nigéria
24. SEM Miguel Dos Anjos TROVOADA, Ancien Président de la République de São Tomé et Príncipe
25. SEM Fradique Bandeira MELO De MENEZES, Ancien Président de la République de São Tomé et Príncipe
26. SEM Thabo MBEKI, Ancien Président de la République d’Afrique du Sud
27. SEM Benjamin William MKAPA, Ancien Président de la République de Tanzanie
28. SEM Ali Hassan MWINYI, Ancien Président de la République de Tanzanie
29. SEM Jakaya KIKWETE, Ancien Président de la République-Unie de Tanzanie
30. SEM Kenneth David KAUNDA, Ancien Président de la République de Zambie
31. SEM Rupiah Bwezani BANDA, Ancien Président de la République de Zambie
32. SEM Kofi Atta ANNAN, Ancien Secrétaire Général des Nations Unies (ONU)
33. SEM Adedeji ADEBAYO, Ancien Secrétaire Général adjoint des Nations Unies et Secrétaire Exécutif de la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA)
34. SEM Eleazar Chukwu Emeka ANYAOKU, Ancien Secrétaire général du Commonwealth des Nations
35. SEM Donald KABERUKA, Ancien Président de la Banque africaine de développement (BAD)
36. Dr Salim Ahmed SALIM, Ancien Premier Ministre de la République-Unie de Tanzanie et Ancien Secrétaire Général de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA)
37. SEM Edem KODJO, Ancien Premier Ministre de la République du Togo et Ancien Secrétaire Général de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA)
38. SEM Abdoulie JANNEH, Ancien Secrétaire Général Adjoint des Nations Unies et Secrétaire Exécutif de la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA).

La Rédaction

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