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Bénin / Elodie Djaho, technicienne en génie civil : « C’est un métier où la totalité de la main d’œuvre est masculine et il faut gérer l’égo de l’homme… »

Elle est Responsable technique à Karmod Bénin, une structure spécialisée dans les bâtiments préfabriqués. La structure qui met désormais à disposition des agents de la police républicaine des cabines. Technicienne en génie civil de formation, Elodie Renauda Djaho est mère d’une fille de six ans. Dans sa profession et dans ses fonctions, elle doit s’imposer sur les chantiers à la main d’œuvre essentiellement masculine. Pas facile pour une femme ayant la trentaine environ. Dans cet entretien, elle s’ouvre sur son quotidien professionnel.

Pourquoi avoir choisi une filière représentée majoritairement par des hommes?

D’une certaine manière, cela s’est imposé à moi de façon naturelle. Depuis mon jeune âge, je me plaisais bien à jouer au maçon pour les petites retouches de maçonnerie à la maison. Je me plaisais aussi à réparer la radio de maman ou la télécommande de la télé. Mais ce qui m’a véritablement décidé, c’était le faible nombre de femmes dans ce genre de métiers dits d’homme ; car je n’avais aucune envie de faire un métier dit de femme.

Avez-vous subi des moqueries du fait d’être une femme dans un environnement masculin?

De manière directeur, je n’ai jamais été victime de moqueries ou de railleries. Il ne pouvait en être autrement puisque je ne le permets pas. Mais il faut reconnaître que sur les différents chantiers où je passe, les collaborateurs voire certains clients me sous-estiment. Ils s’attendaient souvent à voir des hommes donc sont étonnés que ce soit moi qui me présente à eux. Mais à la fin, je crois bien qu’ils constatent qu’ils ont eu tord d’avoir eu ce comportement à mon égard. Ma meilleure réponse à ces personnes, c’est la qualité de mon travail et de mon management.

Quelles autres difficultés rencontrez-vous dans votre travail ?

D’abord c’est un métier où la totalité de la main d’œuvre est masculine et l’ego de l’homme s’y mêle. Et vous devez tenir tête à toute sorte de personnes puisque vous avez l’obligation de résultats. Et il y en parmi ces personnes qui sont mal intentionnées. Tenez vous bien, j’ai reçu des menaces d’un chef maçon une fois parce qu’il ne supportait recevoir d’ordre d’une petite fille, disait-il.

L’autre difficulté est d’ordre familial. Laisser son enfant pour aller superviser des travaux dans d’autres villes pendant des semaines voir des mois, ce n’est pas facile. Mais là, je me dois de remercier ma mère qui est d’un grand appui pour moi dans l’entretien et l’éducation de mon enfant.

Comment votre famille apprécie votre vie professionnelle?

Du côté de ma famille, je n’ai aucune inquiétude. Mon travail est bien apprécié. Mieux, elle me soutient énormément même si parfois elle est fatiguée de me voir souvent en pantalon jeans. Je suis une femme mais pour des questions professionnelles, ces tenues sont plus indiquées. Et ce n’est pas toujours bien vu.

Comment voyez-vous l’avenir des femmes qui exercent les métiers d’hommes ?

A mon avis, l’avenir de ces femmes qui osent faire ce choix est prometteur. Dernièrement sur un chantier, j’ai vu une femme faire la soudure et elle coordonnait toute une équipe. J’ai été très fière d’elle et sidérée. La femme est polyvalente,  très intelligente et volontaire. Elle a donc toutes les chances de réussir. J’en suis convaincue. La seule condition, c’est de ne pas se donner des limites ou des barrières socioculturelles.

Des conseils aux filles et aux femmes qui hésitent encore à se lancer professionnellement sur la même voie que vous…

D’abord, il faut avoir de la passion et de la volonté pour exercer un métier. Et si ces conditions sont remplies, il n’y a plus d’hésitation à avoir. Il faut foncer et braver les mentalités. C’est tout simplement passionnant. Etre femme n’est pas un blocage. Au contraire, c’est un avantage.

Entretien réalisé par Josiane KOÏ

La Rédaction

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