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Bénin : L’opposition dénonce un code électoral “anti-démocratique”

A l’initiative d’un groupe de députés membres de la majorité au pouvoir, le parlement béninois a adopté une loi modifiant le code électoral en vigueur jusqu’ici. Ce nouveau code apparaît aux yeux de l’opposition réunie au sein de la Coalition pour La Défense de la Démocratie au Bénin comme une loi “anti démocratique et anti populaire” . Lire sa déclaration qui évoque également les difficultés économiques et sociales imposées aux citoyens.

COALITION POUR LA DEFENSE DE LA DEMOCRATIE AU BENIN (CDD-BENIN)

DECLARATION SUR LA SITUATION NATIONALE

Notre pays se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins; disons le d’entrée, otage d’un Gouvernement et d’une majorité parlementaire qui n’ont de cesse, depuis le 6 Avril 2016, de poser des actes préjudiciables à la paix sociale et à l’unité nationale.
A la Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation de février 1990, notre peuple a opté pour le multipartisme intégral, la démocratie, l’Etat de droit et le respect des libertés individuelles.
Force est de constater, aujourd’hui, qu’au plan politique, la démocratie, principale conquête de notre peuple en 1990, n’est plus que l’ombre d’elle-même; agonisante sous nos yeux. Ainsi, les libertés publiques sont confisquées, les institutions de la République vassalisées, les opposants sont sous le couvert d’audits ciblés, de demande de poursuites des procureurs et des juges aux ordres, humiliés et embastillés ou contraints à l’exil. Certains sont presque bannis de la République en raison de l’annulation de leurs passeports par des ministres sans aucune condamnation judiciaire au préalable.
L’Assemblée nationale, quant à elle, est placée sous le joug d’une seule et même obédience politique, celle du chef de l’État. Tous les 7 membres de son bureau ainsi que tous les présidents de ses 5 commissions permanentes font partie du Bloc de la Majorité Parlementaire au mépris des dispositions du règlement intérieur de l’institution qui recommande le respect de la configuration politique interne dans la composition des organes dirigeants.
En ce qui concerne la Cour constitutionnelle, les conséquences de la configuration actuelle du bureau de l’Assemblée nationale ont fait que les quatre membres désignés par le bureau de l’Assemblée nationale pour constituer l’actuelle Cour constitutionnelle sont tous de la majorité présidentielle ajoutés aux trois membres désignés par le Président de la République lui-même, chef suprême de cette majorité. Ce qui donne à cette haute juridiction son caractère monocolore.
Enfin, la prise de contrôle complète de la CENA est programmée.
Toute la vie politique du Bénin est désormais rythmée par les désirs d’un seul homme qui dicte sa volonté à tout un peuple, au mépris de la Constitution du 11 décembre 1990 et des lois de la République.
Au plan économique, c’est toujours le même homme qui dispose tel un seigneur de toutes les ressources du Bénin. A l’instar des institutions de la République, toute l’économie du pays est à sa merci et celle de son clan minoritaire. Les conflits d’intérêts au sommet de l’Etat sont patents. Les réformes s’il faut les appeler ainsi n’ont qu’une seule fin : dépouiller complètement l’Etat et les pauvres populations par les impôts au profit du chef de l’Etat.
Au plan social, la misère est partout présente. Les populations croulent désormais sous la faim, les maladies; le désespoir s’installe dans tout le pays. Les femmes et surtout les jeunes se sentent abandonnés à leur triste sort, n’ayant pour seul horizon que le chômage. Joindre les deux bouts est devenu un vain combat. La jeunesse, le plus grand atout du Bénin, est persécutée, banalisée, humiliée, méprisée et abandonnée.
Le Bénin en proie à la misère, avec l’inégalité sociale qui s’approfondit ne compte plus ses morts faute de pain et de soins dus à la déliquescence du plateau technique et l’absence de politique d’appuis aux indigents.
Aujourd’hui, dans notre chère patrie le Bénin, l’exemple de la tricherie et de la ruse venu du sommet ont remplacé l’éthique et la morale, gagnant toutes les couches sociales et singulièrement la jeunesse. La dernière illustration en date est le scandale de la disqualification de l’équipe nationale de football des moins de 17 ans pour tricherie sur l’âge des joueurs (10 joueurs sur 18) avec, sans aucun doute, la complicité des autorités au plus haut niveau et de leurs encadreurs.
Le garant de l’intérêt général ne fait que lever les impôts dont l’utilisation échappe à tous. Il n’a que des droits et non des devoirs à l’égard de son Peuple. Les jeunes paient un lourd tribut dans cet avalanche de taxes notamment celles récentes sur les services de communication électronique.
C’est dans ce contexte politique, social, économique morose et explosif que le Président Patrice Talon, sourd aux cris de nos populations, avec l’appui inconditionnel de son BMP et du Président de l’Assemblée nationale soumis par le chantage, l’argent et les promesses de réélection, ont voté des lois liberticides et scélérates devant assurer sa pérennité au pouvoir conformément à sa doctrine – qu’importe le bilan pourvu que toute la classe politique et les autres démembrements des grands électeurs soient soumis.
Ainsi, le pouvoir dit de la « Rupture », grâce à sa majorité mécanique, qui met en œuvre les instructions du monarque les yeux fermés comme il l’a recommandé, vient d’obtenir le vote de la révision du code électoral dans une Assemblée nationale fortement militarisée. Il s’agit bien du haut lieu de la démocratie, du symbole de la souveraineté populaire malheureusement transformé en caisse de résonnance ou en chambre d’enregistrement du pouvoir.
Ce code électoral, loin d’être consensuel, imposé par le pouvoir à notre peuple et aux forces politiques, est dans son essence anti-démocratique et anti populaire car il consacre fondamentalement dans ses dispositions l’avènement d’une Assemblée nationale à laquelle n’auront accès que les riches.

En effet, par le quitus fiscal, l’élimination des opposants ou de toute personne jugée gênante sera assurée par le service des impôts. Les montants élevés des cautions, 249.000.000 FCFA pour les législatives et 250.000.000 FCFA pour les présidentielles, montrent à souhait que le Bénin est désormais une ploutocratie.
Ce code électoral exclut la majorité de la population, notamment les jeunes; il limite la compétition électorale surtout que les structures chargées de l’organisation des scrutins, à savoir la CENA et la Cour constitutionnelle juge du contentieux, sont entièrement aux mains de la majorité présidentielle.
Il s’en suit que ce code électoral, qui porte les germes des crises postélectorales, est inacceptable. C’est pourquoi, nous exigeons son retrait immédiat et sa relecture consensuelle avant la tenue des prochaines élections. A défaut, nous nous réservons le droit d’en tirer toutes les conséquences nécessaires.
Toute tentative d’imposer ce code électoral au vaillant peuple béninois sera purement et simplement rejetée par tous les moyens démocratiques y compris le recours à des juridictions internationales comme la Cour Pénale Internationale (CPI) en cas de dérives et de répressions aveugles de la contestation dont les prémices se font déjà sentir dans tout le pays.
Le souhait exprimé dans cette déclaration est d’éviter des lendemains incertains au peuple béninois qui dans tous les cas a désormais repris l’initiative et la maitrise de son destin.
Notre combat pour le rétablissement de la démocratie, des droits de l’homme et de la gouvernance électorale transparente est pour le bien-être et l’épanouissement du peuple béninois tout entier.
La CDD-Bénin tient formellement pour responsable le chef de l’Etat des conséquences de son obstination et de son entêtement à avancer tel un tyran dans la destruction de l’édifice constitutionnel.
Le CDD-Bénin lance un appel solennel au Gouvernement et à son chef, le Président Patrice Talon, de convoquer en urgence les Assises Nationales en vue de revoir ensemble les problèmes politiques, sociaux, économiques et en priorité la gouvernance électorale qui se posent de manière cruciale aujourd’hui à notre patrie.

En avant pour un code électoral consensuel.
En avant pour le rétablissement de la démocratie, de l’Etat de droit, des droits de l’homme et de la gouvernance électorale paisible et transparente.
Que Dieu inspire les Forces Vives de la Nation pour des actions citoyennes fortes.
Que Dieu bénisse notre Patrie commune le Bénin.

Fait à Cotonou, le 06 Septembre 2018

LA CDD-BENIN

La Rédaction

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