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Bénin : Les maraichers entre biologique et chimique

L’activité de maraichage connaît aujourd’hui certaines mutations technologiques. Les pratiquants de cette activité sont désormais partagés entre l’utilisation des intrants chimiques et biologiques.

 

« L’activité de maraichage est très difficile. Entre autres, nous avons besoin d’utiliser beaucoup d’intrants pour protéger les cultures contre l’invasion des insectes et parasites pour obtenir une bonne qualité de récoltes », informe Richmir, maraicher à Sèmè-Kpodji, au Sud-Est du Bénin, depuis une dizaine d’années. Seulement, de plus en plus, l’utilisation des intrants n’est plus la panacée. “Nous mettons des pesticides mais malgré cela, nous restons vigilants car les pesticides ne marchent pas à tous les coups”, se réserve Juste Ologoun, un collègue à Richmir, exerçant sur le même territoire. Pour cette raison, les maraichers accordent une place importante à l’exercice des cultures.

Cet exercice de surveillance des cultures, Cyriaque en a aussi l’habitude. Dans son jardin de 400 planches situé comme des dizaines d’autres à Fidjrossè, un quartier côtier du 12ème arrondissement de Cotonou, il va tous les matins voir l’entretien que ses employés portent aux cultures. “Nous n’avons pas le choix. Sans les pesticides, nous risquons de cesser nos activités. C’est ce que mes parents ont toujours utilisé et c’est que je fais aussi”, explique ce jeune, la trentaine environ. Cette explication est soutenue par Cédric, un maraîcher du site de Houéyiho sur le domaine de l’aéroport international Cardinal Bernadin Gantin. “Il arrive que certaines feuilles de mes salades soient jaunes parce que je n’ai pas utilisé suffisamment de pesticides et d’insecticides”, confie-t-il.

A Cotonou, l’utilisation des pesticides est systématique dans les activités de maraichage. « Un pesticide est une substance répandue sur une culture pour lutter contre tout ce qui peut lui être nuisible. De manière spécifique, on utilise les insecticides contre les insectes ravageurs, les fongicides contre les champignons, les herbicides contre les mauvaises herbes et les parasiticides contre les vers parasites », explique Elvis Padonou, Responsable du Centre communal de promotion agricole de Cotonou dans le département du Littoral.

L’air sûr de lui, Houéto, la cinquantaine environ, un des revendeurs d’intrants sur le site de maraichage de Houéyiho affirme : “les pesticides de maraîchage utilisés actuellement pour nos cultures ne sont plus très efficaces. L’endosulfan et le thian, sont très efficaces mais ils sont plus chers”. “C’est vrai que ce sont des intrants qui sont utilisés pour le coton mais nous n’avons pas d’autre choix. Les maraîchers les préfèrent”, poursuit Houéto qui dispose aussi d’une parcelle qu’il exploite dans l’enceinte du site de Houéyiho.

 

Le poison dans nos plats

« Ce sont les maraîchers de Fidjrossè qui nous vendent les légumes que nous vendons », fait savoir Delphine, revendeuse au marché d’Aïdjèdo dans le 6ème arrondissement de Cotonou. Concernant la dangerosité des produits, la revendeuse rassure : « nous lavons certaines des légumes avant de les disposer sur nos étagères pour les vendre ». Même assurance du côté de Josiane, ménagère à Grand-Popo dans le département du Mono, une ville frontalière au Togo. « Avant de faire mes mets, je lave les légumes que j’achète à l’eau dans laquelle est mis du permanganate. Cela nettoie tous les déchets éventuels », rassure-t-elle.

Seulement, cette conception qui est celle de beaucoup de femmes, n’est pas partagée par les encadreurs agricoles et les toxicologues. Selon Elvis Padonou, chargé des organisations paysannes au Centre communal de promotion agricole de Cotonou, “l’utilisation des pesticides en elle-même est nuisible pour la santé humaine. C’est pour cette raison que le centre distingue les produits chimiques autorisés des non homologués. Et lorsqu’il s’agit encore de produits non autorisés, cela l’est davantage”. Pour ce qui est des intrants autorisés, ils devraient être efficaces si les maraîchers respectaient la technique d’assolement-rotation qui consiste à cultiver de manière rotative les cultures sur une même planche ». Seulement, les producteurs disent ne pas pouvoir appliquer cette technique parce qu’ayant une clientèle précise demandant des produits bien définis.

Par ailleurs, le cas des intrants non homologués est plus compliqué. “A cause de l’inefficacité des intrants autorisés, les producteurs recourent à d’autres non homologués qui sont hautement toxiques et nuisibles aussi bien aux terres qu’à la santé humaine», indique Elvis Padonou. “En particulier, les intrants du coton ont une longue durée d’action. Ce qui fait qu’ils sont encore efficaces jusqu’à la récolte et à la consommation des cultures maraîchères ; ces dernières ayant un cycle court ». « Ainsi, choux, carottes, grandes morelles, petits pois et autres, même lavés et cuits contiennent encore des résidus de ces produits chimiques », confirme le Dr Benjamin Fayomi, médecin et toxicologue. Ce faisant, ces produits traités avec les intrants non recommandés constituent un véritable poison dans l’alimentation. Ce dernier fait aussi savoir que l’utilisation des intrants est cause de maladies aussi bien pour les maraîchers que pour les consommateurs. A cause de ses nuisances, l’endosulfan a même été interdit d’utilisation pour le coton lors de la campagne cotonnière 2011-2012 par la direction générale de la Société nationale de promotion agricole.

Selon une étude réalisée par l’Institut des sciences biomédicales appliquées (ISBA) de l’Université d’Abomey-Calavi, il est constaté que les maraîchers, n’ayant pas des outils de protection dans l’exercice de leur métier, souffrent souvent des maladies de peau, des maladies respiratoires et des maladies de sang aboutissant parfois aux différents types de cancer.

Quant aux consommateurs, les produits toxiques du maraîchage sont source de maladies diarrhéiques, de troubles digestifs, des malformations génétiques et même de maladies psychiques. Dans ce cas aussi, la finalité peut être les cancers.

 

Un mal bénin

L’utilisation des produits chimiques qui cause des dommages aux consommateurs et aux maraîchers est un mal qui peut être guéri. « Après notre étude, nous avons travaillé avec les producteurs de Houéyiho à qui nous avons appris des techniques de fabrication de compost qui pourraient bien remplacer les intrants chimiques », rassure le Dr Benjamin Fayomi. Il poursuit en précisant que certains maraîchers sont formés et adoptent cette méthode.

Parallèlement aux actions de l’ISBA, les producteurs maraîchers sont suivis par les encadreurs du Ministère de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. “Nous leur faisons un triple encadrement en gestion, en technique de production et en contrôle de production”, soutient Elvis Padonou.

De plus, l’agent du CCPA de Cotonou fustige la porosité des frontières qui ne permettent pas un contrôle adéquat par les agents du Ministère en charge de l’agriculture.

Aussi, Elvis Padonou s’insurge contre l’ouverture anarchique des boutiques de vente des intrants qui ne permet pas un bon contrôle. Il espère toujours des actions de répression seront plus intenses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Rédaction

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