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NICEPHORE SOGLO

Bénin/politique : Le chemin de croix des « insoumis »

Bénin/politique : Le chemin de croix des « insoumis »
Lors de son rendez-vous manqué avec le Chef d’Etat français à Paris, le Président Patrice Talon déclarait que « chacun a sa braise ». Ses adversaires politiques comprennent actuellement tout le sens de cette phrase. Car des braises, il leur en pose énormément sur la tête ; dès qu’ils refusent ou ne laissent pas comprendre qu’ils sont prêts à rentrer dans les rangs.

Léhady Soglo, Komi Koutché: A Golgotha
L’ancien maire de Cotonou Léhady Soglo n’est pas sur une braise. Il est dans un four. Du haut de sa chaire municipale, il est désormais en exil. C’était d’ailleurs le mieux qui pouvait lui arrivé. N’eussent été les annonces précoces faites par certains bras armés du régime sur les réseaux sociaux et qui lui ont permis de s’évaporer (un peu comme Patrice Talon en 2012), il serait encore derrière les barreaux. Libre de ses mouvements hors du territoire national, l’héritier Soglo a perdu tout ce que lui ont légué ses parents. Du moins, presque. Son destin n’est plus entre ses mains. Seule la justice décidera s’il restera président de ce qui reste de son parti La Renaissance du Bénin, dont la grande partie des leaders ont suivi les rayons solaires du « Bénin révélé ». Une compatibilité parfaite, dit-on, puisqu’ils ont aussi du « soleil » dans leur patrimoine génétique « Houézèhouè ».
Léhady Soglo est aussi évincé de son poste de maire. Le contentieux reste pendant à la Cour suprême. Le seul moyen par lequel il s’exprime, c’est désormais le support Facebook.
Tout ce supplice de Vinangnon serait juste la conséquence non seulement du refus de rentrer dans les rangs après l’élection présidentielle mais surtout de s’être opposé à la révision constitutionnelle.
L’ancien argentier national Komi Koutché était un « ennemi » naturel de Patrice Talon pour avoir été fidèle à Boni Yayi jusqu’à la fin de son dernier mandat, même si depuis le 6 Avril 2016, l’homme ne s’est jamais montré critique du régime actuel. Lors de sa seule sortie médiatique, il a plutôt distribué aussi bien des mauvais points que des bons aux actions du gouvernement. En visite au pays en janvier dernier pour se faire enregistrer pour le Recensement administration à vocation d’identification de la population, l’enfant terrible de Bantè s’est même montré très laudateur de cette initiative.
Mais cette modération n’est pas suffisante pour lui éviter les épreuves politiques prévisibles d’un pouvoir qui le voit comme une menace politique permanente dans sa circonscription électorale pour les législatives de 2019 voire pour 2021. Il devrait donc subir les affres de son non alignement.
Les résultats du minutieux et non contradictoire audit (déclaré contraire à la Constitution par la Cour constitutionnelle) au Fonds national de la microfinance qu’il a dirigé par le passé font l’objet encore de va et vient au tribunal. Histoire de trouver ce qu’il faut lui imputer comme faute et qui serait facilement acceptable par la population. Puisque tous les comptes de la structure avaient déjà reçus le quitus des commissaires aux comptes et de la Cour suprême.
Mais apparemment, comme les choses tardaient de ce côté-là, c’est une affaire de millions volés à son domicile qui lui vaut la demande de sa poursuite judiciaire devant l’assemblée nationale alors que tout montre que c’est un faux dossier. D’abord l’argent était pour la campagne électorale mais ensuite c’est lui-même qui l’a déclaré à la gendarmerie de sa localité.
Bien évidemment, Komi Koutché sera dans le viseur du régime pour plusieurs mois encore, avec à la clé différentes affaires qui lui seront collées pour le garder loin du pays le plus longtemps possible ou l’avoir à l’œil.

Sébastien Ajavon et Issa Salifou, opposants malgré eux
Sébastien Ajavon, en rejoignant au second tour de l’élection présidentielle son meilleur « ennemi » du monde des affaires alors candidat arrivé en deuxième position, était loin d’imaginer le long chemin de croix qui l’attendait seulement au bout de huit mois. En moins d’un an, il a été débarqué du bateau « Rupture » dont il se croyait pourtant « commandant en chef adjoint », fort de son poids électoral. Très tôt, il a été écarté de la gestion du pouvoir (malgré les squelettiques ministères vidés de leurs substances au profit d’agences) avec en appui, une succession de coups durs. D’abord l’affaire de cocaïne pure retrouvée dans le container de l’une de ses sociétés. Ce qui lui coûta une semaine de garde-à-vue avec un procès. Depuis lors, les malheurs se sont très vite succédés ; avec toujours en filigrane le pouvoir, selon le roi des volailles. Fermeture de Sikka TV, sa télévision, de même que la structure de production. Interdiction d’importation (officiellement pour raison de maladie) de certains produits vendus par Ajavon. Redressement fiscal de plus de 100 milliards Fcfa. Et le plus anecdotique : brouillage de la radio Soleil FM depuis plusieurs mois sans aucune réaction officielle. Ajavon paie fort le prix de son manque de soumission et visiblement il n’est pas encore au bout de son périple.
Le député Issa Salifou, pourtant ardent combattant de Boni Yayi et allié du second tour de Patrice Talon n’est plus heureux. Lui qui justifiait sa candidature par sa volonté de faire partir l’ancien Président de la république, apparemment cause de tous ses malheurs financiers. Mais il n’avait pas encore tout vu sous l’ancien régime. A peine avait-il savouré la victoire obtenu avec son candidat au second tour que sa société de téléphonie mobile BBCOM lui fila entre les doigts au bout d’un long processus entamé depuis plusieurs années. Même les dettes d’électricité de la maison abritant sa télévision Canal 3 Bénin ont fait l’objet de conférence de presse du Directeur général de la Société béninoise d’énergie électrique. Il aura vu pire que sous Boni Yayi. Mais en réalité, certains situent le problème entre le patron de l’UPR et Patrice Talon dans un lointain contentieux mal résolu autour de Canal 3 Bénin.

(Première partie)
Par Albéric SOSSA

La Rédaction

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