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crise à l’enseignement spérieur : “L’UAC est dans une position de spectateur ahuri”

Le Bénin est bien représenté à la 14ème Conférence générale de l’Association des Universités Africaines (AUA). Ceci, à travers la personne du Professeur Brice Sinsin, Recteur de l’Université d’Abomey-Calavi. Dans l’interview exclusive qu’il a bien voulu nous accordée M. Brice Sinsin a jeté un regard critique sur les 50 ans de l’AUA. Avec lui, nous avons aussi abordé la crise qui oppose aujourd’hui les promoteurs d’établissements privés d’enseignement supérieur du Bénin au gouvernement. L’épineuse question du financement de  l’enseignement supérieur qui reste une préoccupation à l’échelle continentale n’a pas été également occultée. Dans un franc-parler qui tranche avec touche hypocrisie, le Recteur de l’Université d’Abomey-Calavi a appelé les autorités béninoises à s’inscrire à l’école du Ghana qui dégage 2,5% de l’ensemble des taxes collectées annuellement pour financer l’enseignement supérieur.

L’Association des Universités Africaines a aujourd’hui 50 ans qu’elle célèbre à travers sa 14ème Conférence générale. En votre qualité d’universitaire et de Recteur de l’Université d’Abomey-Calavi, quel regard jetez-vous sur ce parcours ?
Les chefs d’Etat, lors de leurs différentes rencontres ont eu à toujours signer des conventions et dans ces conventions, le réseautage des outils d’intégration des structures et systèmes de l’enseignement supérieur est acté. L’Association des Universités Africaines (AUA) fait partie donc de ces outils de réseautage. L’existence de cette Association reconnue et soutenue par l’Union Africaine montre que nous devons nous unir pour gagner le pari de l’amélioration de la qualité de l’enseignement supérieur en Afrique au regard donc des acquis tangibles enregistrés. L’autre chose sur laquelle il me parait important de me prononcer est qu’il est nécessaire de trouver des jours pour sa date de naissance et cela vous permet de vous rappeler du chemin parcouru comme vous l’avez si bien dit. Et s’agissant du chemin parcouru par l’AUA, il faut avouer que nous avons réussi à fédérer les Universités Africaines. Nous sommes aujourd’hui autour de 336 Universités pour une quarantaine de pays. Je crois que c’est un effort louable. Se rencontrer, c’est aussi échanger ses expériences ; c’est faire en sorte que le plus de l’un puisse être perçu comme solution au moins de l’autre. C’est dans ce cadre que c’est toujours bien de venir écouter les autres par rapport à leurs expériences.
Avez-vous vraiment le sentiment que 50 ans après, l’AUA a atteint les objectifs qu’elle s’est fixés et a joué pleinement son rôle pour l’essor de l’enseignement supérieur en Afrique ?
Quand on voit globalement comment se comportent nos Universités en Afrique et les observations faites par le Professeur Is-haq de l’Université d’Ilorin au Nigéria, le bilan en dit assez long. Pour lui, c’est qu’il y a des Universités en Afrique, mais on ne peut pas encore dire qu’il y a des Universités Africaines œuvrant dans un concept typiquement Africain. Cela en dit long et montre qu’il y a encore trop de défis à relever et au nombre desquels se trouve le problème de la massification. Ce n’est pas un tort pour un enfant qui, après avoir passé son baccalauréat ne puisse pas accéder à des études universitaires et acquérir des compétences avérées pour se mettre au service de sa Nation. La dignité d’un homme c’est d’avoir un job, c’est de pouvoir se lever et dire « moi aussi je vais au travail ». Mais si tu as un diplôme et que tu ne sais où aller, avouons que c’est embêtant et à la limite très préoccupant. C’est cela la vraie bombe de demain, c’est-à-dire la jeunesse désespérée, incapable de mieux exprimer sa dignité.
Est-ce à ce niveau que vous situez les lacunes que l’AUA n’a pas pu combler ?
Je pense globalement oui ! Et tout tourne autour de comment allons-nous faire pour mieux aider les Universités. C’est vrai que l’AUA s’y attèle. Mais comme les défis sont immenses, je pense qu’elle n’arrive même pas à en faire des questions spécifiques autre que nous rafraichir la mémoire pour nous dire de trouver des issues et voies pour sortir de ces grandes difficultés. Ceci étant dit, l’AUA a pleinement sa raison d’être puisqu’elle permet quand même de nous instruire mutuellement à travers les expériences des uns et des autres que nous partageons lors de nos rencontres institutionnelles formelles ou informelles. C’est déjà important que l’AUA assure bien cette mission surtout qu’elle n’est pas un bailleur de fonds pour les Universités, mais une source d’inspiration pour que chaque  Université puisse trouver les éléments pour affiner sa politique. Vu de ce point de vue, on peut dire que l’AUA  a comblé les attentes.
L’une des difficultés auxquelles les Universités Africaines sont confrontées est liée à la mobilisation des ressources pour financer l’enseignement supérieur, notamment dans ses volets relatifs à la  recherche, aux innovations technologiques et scientifiques…Comment l’Université d’Abomey-Calavi dont vous avez la charge parvient-elle à surmonter cette difficulté et bien d’autres ?
Avant d’apporter la réponse à votre question, il me plait de dire une chose très importante. Nous devons revoir notre façon de dépenser nos maigres ressources. Et là-dessus, l’Université d’Abomey-Calavi a fait des options claires qui donnent des résultats surtout sous notre leadership. Ce n’est pas des fleurs que je nous jette. Nous avons réussi à assainir nos dépenses les moins constructives pour l’Université. Et rien qu’en faisant cette option, c’est-à-dire de nous engager  dans des dépenses non rentables, cela nous a permis d’économiser près d’un milliard sur trois ans nécessaires pour financer nos grandes ambitions, nos grands projets de recherche. C’est la preuve qu’en essayant d’assainir les dépenses, on peut faire beaucoup d’économies. La seconde grande innovation de l’UAC est que nous nous sommes constitués selon les appels à projet. Nous avons de petits groupes dont l’objectif est de nous faire gagner des ressources. Je vous assure que cela est extrêmement rentable. Le plus gros poisson pêché, c’est le projet de Master-cadre du Canada. C’est une haute compétition à l’échelle continentale que nous avons gagné. Cela fait 06 millions de dollars sur 07 ans. Ce projet est destiné à supporter les enfants des pauvres, intelligents mais qui n’ont pas de ressources pour aller à l’Université. C’est uniquement cela. Ce qui a fait que pour la sélection, nous avons fait appel aux cadres et aux ONG qui s’occupent des questions de pauvreté. Nous avons recruté un handicapé malvoyant qui a réussi à finir ses études à l’école nationale des assistants sociaux de l’Université d’Abomey-Calavi et qui est venu se plaindre carrément au Recteur de ce que parce qu’ils sont handicapés, tout le monde les rejette dans la société. Il a réussi à avoir sa Licence en Assistance sociale et a été recruté pour être membre de l’équipe qui va évaluer ceux qu’on appelle vraiment enfants de pauvres et qui méritent d’avoir cette bourse hautement consistante qui  enlève tout complexe à un enfant de pauvre et qui le met même j’allais dire au-dessus des enfants de ceux qu’on classe dans la classe moyenne afin qu’il puisse accomplir dans la plénitude ses études. Ce projet a été donc gagné grâce à cette structure de mobilisation de ressources extérieures. L’UAC a aussi un vaste programme de coopération. Et ce n’est pas pour rien qu’il y a un poste de vice-recteur chargé de la coopération qui a été le plus étoffé. Grâce à cela nous avons fait venir énormément de ressources en nature : des coopérants qui sont venus construire à l’UAC, des coopérants qui approuvent notre gouvernance et acceptent encore de mettre suffisamment de ressources à l’UAC…Nous venons encore de créer un Comité pour aider les Chefs d’Etat à réaliser ce qu’ils ont promis à Addis-Abeba en 2007, c’est-à-dire prendre 1% du Produit Intérieur Brut (PIB) et l’injecter dans l’enseignement supérieur, la recherche, l’innovation technique et le développement. Ils l’ont réaffirmé à Dakar en 2015 avec la Déclaration de Dakar par laquelle ils s’engagent à passer de 1% à 5% à l’horizon 2024. Si tout cela est promis et que rien n’est fait, c’est parce qu’il n’y a pas de mécanisme pour aider les Chefs d’Etat à passer à l’action, c’est-à-dire traduire leurs promesses en réalité. C’est donc tirant leçon de cela que nous avons décidé à l’UAC de créer ce Comité qui est en fait un Groupe qui devra réfléchir sur les lois à soumettre au Parlement pour transformer les conventions signées par les Chefs d’Etat en outils pour réaliser leurs promesses pour l’enseignement supérieur au cours des grandes sessions de l’Union Africaine.
Justement ! A l’ouverture de la 14ème Conférence Générale de l’AUA, Son Excellence Nana Addo Akufo a exhorté ses pairs africains à augmenter leurs appuis aux Universités afin que ces dernières puissent jouer pleinement le rôle qui est le leur dans le développement durable de nos Nations. Quelle lecture faites-vous de cet appel ?
Sur le plan Africain, il faut dire que le Ghana donne un très bel exemple dans le cadre de la mobilisation des ressources publiques pour accompagner l’essor de l’enseignement supérieur. Sur l’ensemble des taxes que collecte le gouvernement du Ghana, 2,5 % sont versées à l’enseignement supérieur. C’est une loi d’Etat qui l’a décidé. Ce qui fait que le gouvernement ghanéen ne se gène plus, ne se casse plus la tête pour financer l’enseignement supérieur. C’est des masses d’argent à grossir au fil des années. La décision a été prise à la fin des années 90 et depuis lors, les gouvernements qui se sont succédé dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest n’ont plus eu des soucis. Les Universités au Ghana se modernisent, s’équipent, recrutent…simplement parce que cette manne qui a été constituée est devenue la source première de financement de l’Université. Je crois que c’est un bel exemple. Et comme je le disais tantôt, les gouvernements ont décidé de mettre 1% du PIB dans l’enseignement supérieur. Mais il n’y a rien de concret. Pour faire démarrer la machine, nous avons constitué au niveau africain un groupe d’enseignants, de Recteurs et d’experts chargé d’aider les dix Chefs d’Etat que l’Union Africaine (UA) a dégagés pour trouver les éléments de communication pour mettre en application toutes les décisions qui ont été prises lors des grandes sessions de l’UA pour accompagner l’enseignement supérieur en Afrique. On a déjà été au Malawi. On a déjà échangé avec la Présidence de l’Ile Maurice en Afrique du Sud. Après la 14è Conférence générale de l’AUA, nous allons nous rendre au Libéria dont la Présidente fait partie de ce Groupe des 10 Chefs d’Etat à la tête de laquelle se trouve le Président Macky Salla et avec qui nous essayons de fabriquer les mécanismes de communication et de plaidoyer que ces 10 Chefs d’Etat doivent exposer à la prochaine session de l’UA pour convaincre leurs pairs à trouver les éléments nécessaires pour tenir à leurs promesses. Donc le Président Ghanéen qui a ouvert le jubilé d’or de l’AUA et sa 14è Conférence générale a vu juste de ne pas rompre avec la ligne tracée par ses prédécesseurs vis-à-vis des Universités Africaines en continuant le plaidoyer.

 

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Revenons au Bénin pour parler de la crise qui oppose aujourd’hui les promoteurs d’établissements privés d’enseignement supérieur et le Ministère de l’enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Selon vous, est-ce que cette guéguerre a vraiment sa raison d’être ?
L’Université d’Abomey-Calavi est dans une position de spectateur ahuri par rapport à cette crise.  On avait déjà prévu un cadre de partenariat public-privé, en réponse à la demande du CAMES qui avait recommandé aux différents Recteurs d’Universités publiques d’assister les Universités privées afin que les niveaux de formation soient plus ou moins mis à jour pour que nous n’ayons plus à rejeter ou à avoir un regard critique vis-à-vis de tel ou tel autre diplôme délivré dans ces Universités. Et nous déjà, au niveau de l’Administration du Rectorat de l’UAC, nous avions conçu le cadre pour gérer ce partenariat. Vous savez, ce qui est réglementaire avec un minimum de contrôle de part et d’autre gène malheureusement nos collègues gestionnaires de ces établissements d’enseignement supérieur privé. Apparemment, ils ne semblent pas avoir compris le message et la portée de ce que nous leur avons proposé comme cadre de collaboration à savoir qu’il est nécessaire que nous puissions ensemble résoudre les lacunes d’enseignants qualifiés pour certaines d’entre elles, partager le même conseil scientifique pour pouvoir discuter scientifiquement de certaines décisions académiques, et que l’envoie de nos collègues dans ces établissements pour aller combler les déficits au niveau des enseignements de leurs spécialités soit compris comme une mission qui doit être gérée de manière transparente. En effet, si l’enseignant que nous envoyons doit être payé à 100 F, il faut que 30 F reviennent officiellement et dans la grande transparence à l’UAC. Mais toute chose rendue compliquée dans l’application par ces établissements privés a fait qu’on n’avance pas comme il se doit. Si on faisait les choses comme cela se devait, on allait avoir les mêmes examens, les mêmes épreuves puisque ce sont les collègues que nous leur envoyons qui proposent les épreuves au plan national pour les différents examens universitaires. Refusant de l’appliquer pour diverses raisons, cet accord-cadre les a malheureusement conduits à ce que le nouveau gouvernement a pris comme décision. On leur demande de faire composer les enfants de façon publique à un examen national sur quelque chose qu’ils ont eux-mêmes enseigné et il y a remoud. Si les cours ont été bien dispensés, il n’y a pas de raison qu’on s’en inquiète. Nous passons tous des examens pour passer d’une année à une autre. On a dit de rendre cela général et national et cela crée un grand tôlé. A la limite, ils créent eux-mêmes la suspicion que quelque chose ne se passe bien. On n’a pas dit concours. On a dit allez vous essayer par rapport à ce qu’on a vous appris de façon transparente et les gens refusent. Les privés ont toujours affiché de très grandes statistiques de réussite. Cela n’a jamais gêné personne. Pourquoi est-ce que lorsqu’on les soumet maintenant à la transparence, tout le monde crie au scandale ? J’avoue que je ne comprends rien. Et si on en est arrivé là, c’est parce qu’il se passe des choses. C’est vrai que c’est inédit. Mais si c’est inédit et çà répond à nos problèmes à l’interne, moi je ne vois pas ce qui a de mal. Pas du tout d’ailleurs. On a parlé d’examen. J’ai appris et on veut me questionner. Alors, j’y vais. Point !
L’enseignement supérieur est-il selon vous promu à un bel avenir en Afrique et singulièrement au Bénin ; surtout pour les enfants des pauvres avec les frais d’inscription qui flambent d’année en année ?
Au regard de ce que je vois à l’UAC, il y a des raisons d’être optimiste. Il y a une jeune génération d’enseignants très dévoués qui savent se battre pour aller chercher des financements pour construire réellement les structures qu’ils dirigent. Faites y un tour et vous allez le constater. C’est vrai, il y a ce que fait le Rectorat, ce que fait le gouvernement, ce que font les coopérations que nous avons mobilisées de part et d’autres ; mais il y a surtout ce que font ces jeunes pour gagner des projets à l’internationale et ramener ce pactole dans le patrimoine de l’UAC. Je fais partie de cette race d’enseignants. On l’oublie souvent. Le projet flore du Bénin qui a permis de recenser les espèces végétales du Bénin et qui est un projet de 1,3 milliards de F Cfa a été initié, monté et gagné dans les années 1996 par moi Brice Sinsin. C’est moi qui ai eu l’idée. C’est moi qui suis parti aux Pays-Bas. C’est moi qui ai rédigé le projet et on a gagné. Il y a aussi bien d’autres projets que j’ai gagnés par rapport à l’Union Européenne pour construire mon laboratoire, donner des bourses à des Béninois, les former en thèse et ainsi de suite. Il y a aussi d’autres cas dont le collège Corneille Ahanhanzo avec la Fondation Bill Gate qui a gagné successivement deux grands projets pour financer la protection du manioc avec des collègues de la sous-région. Je peux aussi citer le cas du collègue Atchigan qui a gagné des projets de mobilité et le cas de Michel Dossou qui vient de l’armée. Ce dernier a gagné  un grand projet pour les fibres optiques et tout ce qui va avec. Quand on voie cela et que si demain, la gestion centrale du système académique ne les bloque pas et leur accorde la même assistance telle que mon équipe le fait en ce moment, je crois que cela va leur permettre de s’épanouir et de réellement avoir l’envie de travailler et de rapporter d’autres projets. De ce point de vue, je suis donc entièrement optimiste pour l’avenir de l’enseignement supérieur au Bénin. Mais du point de vue des grands défis de nos Universités, notamment la massification, le grand nombre de bacheliers qui souhaitent venir étudier à l’UAC, et pour qui je n’ai malheureusement pas suffisamment d’infrastructures d’accueil, suffisamment d’enseignants pour les encadrer, il y a des raisons d’être pessimiste. Et je dois être clair en disant que cela relève de la responsabilité de nos gouvernants. Nous sommes prêts à accueillir tout le monde. Mais il faut qu’on nous donne la panoplie d’infrastructures nécessaires pour les accueillir, suffisamment de ressources humaines pour les encadrer. C’est avec beaucoup de peine que j’accepte encore des amphis de 500 places. Pour bien encadrer un enfant, pour lui donner la compétence, une classe de plus de 50 étudiants est déjà trop. C’est déjà trop et trop ! Je vous en prie. Ce n’est pas un luxe. C’est déjà trop ! Je suis plus à l’aise quand j’ai 20 voire 30 étudiants devant moi. Chaque étudiant qui pose sa question, c’est parce qu’il veut une réponse, c’est parce qu’il veut comprendre, c’est parce qu’il veut maitriser quelque chose. Je dois donc lui accorder le temps nécessaire pour lui inculquer le savoir au besoin pourquoi ne pas trainer deux ou trois jours de plus lorsque nous faisons les sorties pédagogiques pour leur permettre d’appréhender la vraie réalité des choses. Mais lorsque j’ai 1000 étudiants voire même 2000, dites-moi ce que je peux quand c’est même le 1/10è qui lève le doigt et dit « Professeur je n’ai pas compris ». Comment voulez-vous que je leur donne satisfaction et rester dans les limites de temps impartis pour sortir de la classe et laisser place à un autre ? Ce n’est tout simplement pas normal. Ce n’est pas de la rêverie. Ce n’est pas de l’idéalisme. Ce sont les ministres de demain que nous formons. Ce sont les gouvernants de demain que nous façonnons. Et si nous ne leur donnons pas aujourd’hui la formation qui crée en eux une bonne personnalité, qui fait d’eux des gens dignes, je vous assure que nous allons livrer des diplômes à des gens qui vont détruire le peu de ressources mobilisées par les générations qui les ont précédés. Et c’est cela le vrai danger du sous-développement que je redoute. Pour me résumer, je ne peux pas dire que je vois l’avenir du monde universitaire de façon quasi-pessimiste. Il y a de grands défis et il y a aussi de l’espoir qu’il faut enrober dans une très grande responsabilité sociétale. Ce n’est pas une question de pauvre ou de riche. C’est une question de responsabilité de l’Etat. Si un pauvre enfant a de belles idées et est disposé à faire de hautes études universitaires, c’est de la responsabilité de l’Etat de l’identifier et de lui offrir sa chance en mettant à sa disposition la bourse en conséquence. Ce n’est pas la peine de dire de ne pas augmenter les frais de formation car ces frais reflètent le coût qu’il faut pour donner la bonne compétence quitte au gouvernement maintenant de dire, « en faisant mon budget, voilà ce que je dois prévoir pour ces enfants dont les parents ne peuvent pas faire face à ces frais ». Ce sont les bourses qui règlent les questions de frais de formation. Ce n’est pas en diminuant les frais de formation qu’on va donner la meilleure formation aux Béninois. C’est faux ! C’est en tout cas le problème auquel nous sommes confrontés. Le coût d’un étudiant que nous formons à la FAST tourne autour de 1,5 millions de F Cfa. Cela ne doit pas constituer un problème. Le gouvernement en faisant son budget doit pouvoir dire qu’il donne 100 places, 400 places à des mathématiciens, des physiciens qu’on doit former à la FAST en faisant face à ces coûts puisqu’ils intègrent aussi les invitations que nous devons faire en direction des professeurs qualifiés qui sont en Egypte, en Afrique du Sud, au Kenya…C’est cela la bonne formation. Ces coûts doivent aussi intégrer les instruments de travaux pratiques, les consommables pour faire les expériences…On n’invente rien. Si on ne les donne pas, acceptez que l’enseignement soit au rabais et ce n’est pas bon pour le développement de notre Nation. C’est aussi pareil pour la médecine du point de vue de l’appareil et du plateau technique dont le Professeur a besoin pour bien former le futur médecin pour nous éviter les couteuses évacuations sanitaires. Si on ne raisonne pas en ces termes et on trouve que tout est cher et que l’enfant de pauvre ne peut pas s’inscrire à l’Université et va finir soin cursus scolaire au niveau BAC, on aurait alors failli à sa responsabilité puisque l’enseignement supérieur est un secteur stratégique pour le développement d’une Nation. Et cela vu sous cet angle, l’Etat doit pouvoir donner les moyens qu’il faut pour que les enfants de pauvres, surtout ceux d’entre eux qui sont doués, soient aussi formés à bon escient en veillant qu’il y ait surtout la bonne gouvernance au niveau des responsables académiques. Je pense que c’est le vrai débat et il faut accepter de le mener en remettant réellement les gouvernants face à leurs responsabilités. Vous avez vu le Ghana ? C’est 2,5% de toutes les taxes collectées qu’on verse annuellement pour soutenir l’enseignement supérieur. Quelle est la politique similaire au Bénin ? Il n’y en a pas ! Il n’y a aucune politique visible, claire et mesurable de soutien à l’enseignement supérieur. C’est un drame certes !  Mais ce n’est pas la fatalité.
Propos recueillis par Affissou Anonrin, depuis Accra

 

La Rédaction

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