Salamin Magazine
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Dandi GNAMOU, la Duchesse du droit! !!!

Souriante, douce, affable, même quand elle tranche. Mais en réalité, Dandi GNAMOU est une patate chaude. De celle qui vous brûle les doigts. Née dans un centre de santé perdu derrière la broussaille de Kandi, elle est aujourd’hui la seule femme agrégée des facultés de droit au Bénin et la première en droit public international. De quoi démentir Napoléon Bonaparte qui reléguait les femmes dans le ménage.

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Sa silhouette n’est pas loin de celle d’une nageuse professionnelle, son visage est doux, sans fard, et son regard vert gris très légèrement cerné. Debout, elle fait les cent pas. Assise dans son bureau comme un de ces midis du 16 mars 2015, elle gigote sur sa chaise. Dandi GNAMOU est duale : aussi ronchon qu’extasiée, rigoureuse que rêveuse, masculine que féminine. Avant de répondre, elle se mordille la lèvre, balbutie, part sur une idée, la tempère aussitôt. Souvent, elle ne finit pas ses phrases. Parfois, il y a des fulgurances. Ça sort de sa petite bouche comme d’une mitraillette. Puis elle digresse, se perd, retrouve la question. Dandi GNAMOU est ainsi : elle bouillonne de l’intérieur, ça jaillit à l’extérieur. Pourtant un constat s’impose : à moins de 40 ans, Dandi n’est pas qu’une réflexive, c’est une fonceuse. Et de son malheur, elle a fait un combat. “Je me souviens assez bien de mon entrée en 3ème année en 1984. La directrice ne voulait pas m’admettre dans cette classe. Elle a cédée parce que mon père lui avait proposé de m’y laisser le premier trimestre, à condition que je sois parmi les premiers. Cela m’a tellement mis la pression… En même temps, j’ai compris qu’il ne suffisait pas d’avoir la moyenne pour que mon père ne perde pas la face, il fallait faire plus”. Ainsi commence, la vie scolaire de celle qui des années plus tard devient l’une des femmes, les plus respectées de l’univers académique béninois. Cinq années plus tard, elle subira comme bien de béninois en 1989, la grève générale. De quoi la “rendre verte de rage”. Et de son propre gré, elle choisi de rattraper cette année perdue par un grain d’orgueil. Quand elle, cette originaire des falaises de Boukombé arriva en classe de 4ème au Collège La Fayette de Cotonou, elle accepte la proposition du proviseur de passer le Brevet d’Etude du Premier Cycle en 4ème. Son père s’y opposa avant d’accepter bien volontiers qu’elle passe le baccalauréat en candidate libre en 1ère. “C’est donc en première que j’ai eu mon baccalauréat, un peu déçue que mes camarades de classe n’aient pas voulu faire cette expérience avec moi”, se souvient-t-elle.

Des bancs d’élèves en robe kaki, elle passe aujourd’hui perchée sur de hauts talons, robe courte marron, breloques au cou, appareil dentaire aux dents qu’elle a étincelantes. Dandi a grandi. La collégienne d’avant resplendit désormais à l’écran et sur les plateaux de télé. “C’est difficile de se définir…Par contre je peux vous dire que je me sens une maman comblée, une enseignante-chercheure accomplie mais…”, s’enquit elle. Mais avant d’en être là, il lui fallait du parcours. Après son baccalauréat, elle intégra l’Ecole Nationale d’Administration en étant la plus jeune de sa promotion. “La valeur n’attend point le nombre des années”, aimait lui répéter Athanase TOUDONOU, le directeur adjoint de l’Ecole à l’époque. Le rythme du travail lui a alors permis de poursuivre une scolarité universitaire rigoureuse en France. Sortie major en DEA Droit international et européen, elle obtint un chapeau de monitorat et une allocation de recherches en droit public. Ainsi, elle a occupé des fonctions universitaires pendant plus de 10 ans en qualité de chercheur, de professeur et de maître de conférences à l’Université Paris-Sud XI. “C’est ce qui m’a lancée dans ma carrière universitaire”, résume-t-elle. Mais en réalité, c’était faux. La carrière universitaire lui est venu un peu plus tôt : “Je me suis laissée subjuguée par Madame la Professeure Emmanuelle Jouannet-Tourme qui m’a enseigné le droit international en licence 3. Après l’avoir écoutée, j’ai compris que je souhaitais faire la même chose : transmettre un savoir à l’écrit et à l’oral. Partager mes connaissances avec les autres. En Afrique nous avons aussi le droit d’entrer dans la postérité, de faire passer un savoir, de laisser des traces écrites”, détaille cette mère d’un garçon de 12 ans nommé François.

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Première femme agrégée de droit public et seule femme agrégée des facultés de droit, elle force l’admiration de ses pairs. “Quand l’excellence se conjugue au féminin, elle s’appelle Dandi GNAMOU. Elle est la Marianne de la Faculté de droit et des sciences politiques”, constate l’excellentissime Professeur Ibrahim SALAMI. Et c’est d’ailleurs cela qui lui a valu un parcours aussi riche que particulier compilé dans les domaines du droit public international, du droit commercial international, du droit applicable au maintien de la paix et aux conflits armés, du droit des organisations internationales et de l’intégration régionale africaine, ainsi que du droit constitutionnel. Tout en ayant toujours l’air parfaitement fluide et décontracté, elle est généreuse et secrète. Même assidue dans la spontanéité, elle est un peu réservée. Sinon très. Peut être parce que sa trop grande crédulité lui a joué plusieurs fois de mauvais tours. Mais n’empêche. Sus à l’amour! Taïaut sur le romantisme! Cette épicurienne et gourmande qui apprécie le bon vin est amoureuse. Elle est bien en couple. “L’amour, le plus beau des sentiments humains”, se réjouit-elle dans un assaut de civilité ensoleillée et un acquiescement au bonheur de vivre. Elle prend l’injustice en aversion. Si elle avait été avocate, elle aurait contesté les placements à l’isolement, les transferts incessants de détenus pour raison de sécurité. Elle aurait porté les demandes de libération conditionnelle, formulé des recours contre l’arbitraire. Et très vite, elle s’imposerait comme l’avocate du mal en peine, du temps infini, du droit à revoir le soleil ou à ne pas vieillir à l’ombre. Aujourd’hui, cette ancienne conseillère juridique au Sénat au Palais du Luxembourg partage ses instants entres les plateaux de télévisions et les amphithéâtres mais aussi les clubs de presse où elle est bien aimé des journalistes. “Elle est belle et intelligente, pourvu qu’elle ne se souille d’avec la politique”, confie Eustache AGBOTON, journaliste béniniois. Et c’est bien pour cela que parallèlement à ses activités universitaires, Pre Gnamou se résous au conseil juridique. Son deuxième domaine de passion. Et d’ailleurs, elle a été conseillère juridique pour le compte du Sénat et du Département des affaires juridiques français, fournissant des conseils dans le domaine de la prospective juridique et législative, des transpositions de directives, des amendements aux projets et avant-projets de loi, ainsi que de l’analyse de toutes questions de ce type à la lumière des considérations constitutionnelles. C’est le cas au niveau de Communauté Électrique du Bénin (CEB) ou encore à la Banque Africaine de Développement (BAD). Récemment et sur proposition de Monsieur Ousmane Batoko, président de la Cour suprême et conformément aux dispositions de l’article 134 de la Constitution du 11 décembre 1990 et reprises par l’article 6 de la loi n°2004-07 du 23 octobre 2007 portant composition, organisation, fonctionnement et attribution de la Cour suprême et après avis du conseil supérieur de la magistrature, la «Marianne» de la Faculté de Droit et de Sciences Politiques a été nommée par le président Patrice Talon au poste de conseillère à la chambre administrative de la haute juridiction. Le jeudi 19 Octobre dernier, elle prêtait serment au siège de la haute juridiction à Porto-Novo. Et déjà la presse locale s’en désole : «La presse perd ainsi l’un d ses gros clients en analyse politique, en réflexion constitutionnelle. Parce qu’elle sera désormais tenue par le droit de réserve lié à sa nouvelle fonction », regrette André DOSSA, rédacteur en chef de Canal3 Bénin.
Car à chacune de ses apparitions, elle parle du droit, des thèses en présence, analyse et recoupe en tenant compte des éléments de contexte. Et il ne peut qu’être ainsi à force d’admirer des auteurs comme Agatha Christie dans le décalage de ses intrigues policières, Marc Levy avec son brin unique de dérision et d’auto dérision, les délires littéraires de cet ancien prisonnier de la milice fasciste du camp de Monowitz, Primo Levi mais aussi Eric David. C’est bien clair que celle que l’hypocrisie et l’injustice révulsent est amoureuse des lettres. Une adepte de des belles lettres. A son chevet récemment , Constellations d’Adrien Bosc. “Un méli mélo de tranches de vie à la croisée des chemins qui se retrouvent tous à bord d’un avion”, critique-t-elle. Elle lit beaucoup mais elle réfléchit aussi beaucoup. Agrégée depuis 2013, elle en a porté la toge le 19 mars 2015. Et déjà des projets et des rêves. A court terme, elle entendait convaincre des institutions et des entreprises internationales à être partenaires pour le lancement du Centre de droit international et d’intégration africaine et du Master 2 “Droit international économique et intégration africain”. A moyen terme, elle poursuivra la publication d’ouvrages en droit international et le Recueil juridique des droits de l’Homme en Afrique. “Cette jeunesse a maintenant la preuve que le plus important c’est de travailler et de se refuser à faire des raisonnements passéistes qui ne conduisent qu’à cacher ses propres faiblesses et erreurs”, soutient elle au lendemain de son port de toge. Tenace et rigoureuse, Dandi GNAMOU est une femme de sable. Admirable aussi. Comme le geste anodin qui appelle sa sensibilité : lui ouvrir la porte et lui dire tout simplement ’après vous, madame’. La galanterie ! Mieux vaut tenter une belle plante que de planter une grande tente.

Par Modeste TOFFOHOSSOU

La Rédaction

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