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De nouveaux paradigmes de développement en Afrique

Bien que riche de tous les atouts qu’il porte, le continent africain reste tributaire, pour son développement, de l’aide extérieure. Naguère sous forme d’assistanat, l’aide au développement de l’Afrique arbore de nouvelles parures sous différentes appellations selon le donateur. Pour le moment, ce sont la Chine et l’Europe qui rivalisent d’intentions voire de manifestations d’intérêt.

Face aux nouveaux défis pour le développement de l’Afrique, les paradigmes aussi changent. Pour la Chine désormais, il faut entre elle et l’Afrique, « construire une communauté de destin ». Et le Président Xi Jinping pose aussitôt la fondation par la pose d’une pierre d’une valeur de 60 milliards de dollars US. Sur des principes de « sincérité, d’égalité, de fidélité et d’alignement sur les priorités de l’Afrique », la Chine, si l’on s’en tient aux assurances données par les Chefs d’Etat ayant pris part au FOCAC 2018 à Pékin, entend contribuer au développement de l’Afrique par l’Afrique.
L’agriculture, la santé, le commerce et les transports aériens sont quelques secteurs prioritaires déjà convenus pour ce mariage que certains disent « de raison entre la Chine et l’Afrique ».

Si de façon générale, les propositions ainsi faites par la Chine s’insèrent bien dans l’agenda 2063 de l’Union Africaine, celles relatives au secteur de l’agriculture viendront renforcer une prise de conscience déjà active sur le continent.

En effet dans le domaine agricole, plusieurs pays africains, ont au cours des dernières années pris des initiatives les unes aussi révolutionnaires que les autres. C’est le cas au Sénégal où en avril 2018, le Président Macky Sall, alors qu’il présidait la réception de matériels agricoles pour près de 32 millards de francs cfa destinés à l’aménagement de 20 mille hectares dans la vallée du fleuve Sénégal, a annoncé un budget annuel supplémentaire de 5 milliards de francs cfa visant à subventionner jusqu’à hauteur de 70% l’acquisition de matériels agricoles divers par de petits producteurs. Le Sénégal entre 2012 et 2017 a vu son parc de matériels agricoles s’accroître de 2.000 tracteurs.

Au Togo également, le gouvernement, en plus de diverses autres initiatives prises ces dernières années allant des aménagements de vallées et plaines à la création d’instituts de formation agricole, a lancé le 25 juin 2018 le Mécanisme Incitatif de Financement Agricole fondé sur le partage de risques. Avec la projection d’un capital d’amorçage d’une valeur de 100 millions d’euros, ce mécanisme vise à accroitre d’une part la contribution des banques et autres établissements financiers au financement de la chaîne de valeur agricole et créer d’autre part une synergie entre les acteurs pour plus de confiance et de business. Il est prévu à court terme le lancement d’un autre outil, les agropoles qui consisteront en des zones aménagées intégrées où producteurs, transformateurs, manufacturiers, vendeurs d’intrants et autres acteurs seront installés sur le même espace.

Créé en 2013 en tant qu’initiative de partenariat public – privé afin de faciliter le financement de l’agriculture, le Nigérian Incentive Based Risk Sharing System for Agricultural Lending (Nirsal) a permis, en 2017, de lever 371 millions de dollars US en faveur de la production de spéculations telles que le riz, le coton, le maïs et le manioc dont le Nigeria espère tirer 4,4 milliards de dollars US de recettes d’exportation d’ici fin 2018.

Le Ghana et la Côte d’Ivoire, pour leur part, rivalisent d’initiatives et de mesures incitatives pour booster leur production d’anacarde d’une part et améliorer le niveau de sa transformation au niveau local avant exportation.

Le Bénin n’est pas du reste. Avec une contribution de 23% à la constitution de son Produit intérieur brut (PIB) et 15% aux recettes nationales, l’agriculture au Bénin, selon la vision du programme “Bénin révélé”, doit désormais aider à augmenter le revenu et le pouvoir d’achat de la population et assurer sa sécurité alimentaire et nutritionnelle tout en renforçant le flux des produits à l’exportation. Pour y arriver, le gouvernement béninois a identifié pour la période 2016-2021, 32 projets dont 05 phares et 27 prioritaires qui visent entre autres, l’augmentation des superficies emblavées, l’amélioration de la productivité et la qualité des produits puis le renforcement de la transformation des produits agricoles afin de booster leur exportation. La réalisation de cette ambition se chiffre à 787,443 milliards de francs cfa et contenue dans le #PAGBeninRévélé en cours d’exécution.

À ces initiatives propres à chaque pays, s’ajoutent celles de la Banque Africaine de Développement (BAD) dont la plus importante est la stratégie de transformation agricole de l’Afrique, 2016-2025 et dénommée « Nourrir l’Afrique » dont l’objectif est d’éradiquer la faim et la pauvreté rurale pendant la décennie en cours.

Pour l’Afrique, l’UE dit non à « la charité »

Mercredi 12 septembre 2018, à Strasbourg, dans son discours sur l’état de l’Union Européenne, le président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker déclare : « l’Afrique n’a pas besoin de charité mais d’un partenariat équilibré ». À la suite de la Chine, l’Union européenne appelle à un changement de paradigmes pour le développement de l’Afrique. « Nous devons investir davantage dans ce continent et ses nations, arrêter de nous envisager comme donneurs d’aide au développement. Une telle approche serait insuffisante et humiliante pour l’Afrique », a t il insisté faisant la proposition de fixer pour objectif de créer au cours des cinq années à venir 10 millions d’emplois en Afrique par le moyen d’investissements structurants et une ouverture de l’Europe aux migrants africains qualifiés.

Pour beaucoup d’analystes, ce discours est plutôt surprenant et même s’il n’en donne pas l’air, ressemble bien à un repositionnement de l’Europe du fait de la stratégie chinoise.
Telle une belle femme, l’Afrique ainsi voulue de plusieurs prétendants, n’aura donc qu’à vouloir réellement de son propre développement et se tenir prêt à saisir les opportunités qui lui sont offertes, en s’assurant de leur conformité avec ses priorités.

Ludovic GUEDENON

La Rédaction

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