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Editorial : Ruptures !

Au Bénin, le nouveau vent qui souffle depuis le 06 avril 2016 confirme chaque jour un peu plus son nom : Rupture. Tout s’y rompt en effet depuis plus de trois ans que le Président Patrice TALON a accédé à la tête de ce pays naguère réputé pour l’état de son processus démocratique entamé à l’issue de l’historique Conférence nationale des forces vives de la Nation de février 1990.

Du droit de manifestation et de réunion publique au droit constitutionnel d’établissement de leurs actes administratifs et d’état civil, en passant par le droit à des élections inclusives et à de justes et équitables jugements devant les tribunaux, tout se rompt désormais entre les mains des Béninois pourtant si attachés aux valeurs démocratiques.

Une assemblée générale des enseignants de la commune d’Azovè dans le département du Couffo n’a pu aller à son terme ce mercredi 07 août 2019. Certains responsables syndicaux qui l’animaient ont été interpelés par des éléments de la police républicaine. Mardi 06 août 2019, la veille, leurs collègues de la commune de Bopa dans le département du Mono ont pu, selon les échos qu’en a fait la presse, tenir la leur au terme de laquelle, ils ont proclamé leur opposition au nouvel examen d’évaluation des connaissances des enseignants, qu’envisage le gouvernement de la rupture.

Bien des droits acquis ou supposés des syndicats au Bénin sont rompus notamment celui des motions de grèves que régule une loi qui fixe à dix (10) le nombre de jours de grève sur une période de douze (12) mois. Mais en plus, plusieurs de leurs initiatives de réunions ou de manifestations sont régulièrement interdites ou étouffées comme le cas à Azovè ce matin.

Comme les enseignants, les magistrats béninois n’ont plus eux aussi le droit d’aller en grève à chaque motif. Seulement, ils paraissent aux yeux de nombreux observateurs comme au service d’un système plutôt que du droit, tant ils rendent désormais des jugements et arrêts sujets à beaucoup de controverses.

Si pour les soutiens et acteurs du régime de la rupture dont le directeur de l’information et de la communication à la Présidence de la République, « la justice n’a fait que son travail » dans l’affaire dite de dépassement de frais de campagne à l’occasion de l’élection présidentielle de 2016 à laquelle il était candidat, les avocats de l’ex premier ministre, Lionel ZINSOU estiment non seulement qu’il ne relève pas de la compétence d’un tribunal de première instance de connaître d’un tel délit et trouvent la décision de déclarer leur client inéligible à toute élection en République du Bénin pour une période de cinq (05) ans, plutôt politique.

Les Béninois qui, en mars 2016, ont fait en majorité le choix de rompre s’habituent certainement aux multiples ruptures. Les unes parfois plus inédites que les autres. Mais pas toujours dans le bon sens !

La Rédaction

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