Salamin Magazine
Moufaou BADAROU

Entretien avec Mouftaou Badarou, auteur de l’ouvrage « La vengeance d’Aïcha Kadhafi » : “D’abord nouvelliste et poète, j’écris aujourd’hui des romans d’espionnage”

Journaliste-écrivain béninois, Mouftaou Badarou est l’auteur de l’ouvrage « La vengeance d’Aïcha Kadhafi » paru en mai 2018 aux Editions Licht dont il est également le responsable. Dans ce roman dont l’histoire se déroule à Paris et sa banlieue, Jimmy Boris l’auteur raconte l’histoire libyenne.

1ere et 4e de couverture

Vous êtes le fondateur des éditions Litcht. Quel parcours vous y a conduit ?
Après mon diplôme en Droit et Administration publique à l’Ecole d’Administration du Bénin en 1991, je suis parti au Gabon pour travailler à la radio Africa N°1 au poste de chef de la programmation. J’ai quitté cette radio en 2000 pour un séjour linguistique d’un an à New York, avant de m’installer à Paris en 2001. D’abord rédacteur free lance pendant 6 ans, j’ai fondé le magazine MANAGERS Afrique en 2007. Durant tout ce temps, j’ai écris des nouvelles et des poèmes, qui m’ont valu des prix littéraires. Notamment le Prix littéraire de la Radio Africa N°1 de la Nouvelle « Afrique 30 ans d’Indépendance en 1990 », le 1er Prix Poésie et le 3e Prix Nouvelle lors du concours littéraire Tchicaya U’Thamsi en 1996, le Prix de Culture Générale de la Ville de Rosny-sous-Bois en France en 2003, et le Prix littéraire Magazine Continental/Compagnie Afriqiyah en 2010. J’ai été également sacré champion de Scrabble du Bénin et champion des Jeux de Lettres à la Télévision nationale du Bénin en 1992. Tout en restant directeur de MANAGERS Afrique, je viens de fonder la maison d’édition Licht en mai dernier, qui éditera essentiellement des romans, des essais politiques et des guides pays.
J’ai aujourd’hui à mon actif 3 recueils de nouvelles, 1 recueil de poèmes et 3 romans. Et ma passion pour l’écriture n’est pas prête de s’éteindre !

Quel genre d’écrivain êtes vous ?
D’abord nouvelliste et poète, j’écris aujourd’hui des romans d’espionnage. Je suis ce qu’on peut appeler un écrivain boulimique de la lecture. J’ai la lecture très éclectique ! Je lis de tout : journaux, magazines, poèmes, essais, bible, coran, thora, fascicules de propagande des Témoins de Jehovah !

Comment l’idée de ce nouveau roman vous est-elle venue ?
Après Putsch à Libreville, qui est le 2e numéro de ma saga, je cherchais une idée pour le 3e numéro lorsqu’au hasard d’un visionnage, je suis tombé sur un vidéo youtube relatant l’intransigeance d’Aïcha Kadhafi lors d’une affaire de maltraitance de domestique impliquant son frère Hannibal dans un palace de Genève. Aïcha Kadhafi avait alors menacé « œil pour œil, dent pour dent ! », pour signifier que la Libye infligera aux Suisses résidant en Libye le même traitement subi par Hannibal à Genève.

Sans dévoiler l’intrigue, quel est le « pitch » et quel est l’univers de cette histoire ?
Il s’agit dans ce roman, et comme le titre l’indique, d’un complot fomenté par Aïcha Kadhafi pour faire assassiner Henry-Bernard Levy, « coupable » d’avoir incité Nicolas Sarkozy à entraîner la France dans une intervention punitive en Libye en 2011. L’essentiel de l’intrigue se déroule à Paris et banlieue.

Votre roman progresse comme une enquête policière, pourquoi avoir choisi ce genre?
Je dirai, pour emprunter la célèbre formule métaphorique de Buffon, dans son immortel Discours sur le style, que « nos connaissances sont les germes de nos productions ». Autrement dit, j’utilise le genre policier pour construire les intrigues de mes romans parce que c’est ce que j’ai le plus lu. Même si mon univers romanesque ne se réduit pas au polar.

Comment se sont déroulées vos recherches pour la rédaction de ce nouvel ouvrage ? Quels types de recherches ? Avez-vous rencontré des difficultés ?
Pour ce roman, il importait de vérifier des informations factuelles sur Aïcha Kadhafi et sur la Libye, au moment de la rédaction. Pour le reste, je me suis déplacé sur le terrain. C’est-à-dire que j’ai visité tous les endroits décrits dans le roman et me suis à chaque fois mis dans la peau de mon héros.
L’écrivain Tom Wolfe récemment disparu, auteur du chef d’oeuvre littéraire Le bûcher des vanités, l’un des maîtres américains incontestés du suspens, martelait souvent ceci : « Il faut aller sur le terrain, dans la rue, les prisons, les bordels, les universités, les cours de justice, les stades, les places financières, il faut écouter les gens, ils ont tous une histoire à vous raconter, il faut enquêter avant d’écrire. »

La vengeance d’Aïcha Kadhafi est un livre purement fictionnel. Pourquoi avoir pris la fille de l’ancien guide libyen comme personnage central ? Cela ne prête-t-il à confusion?
D’abord, si j’ai conféré le rôle d’intrigante à Aïcha Kadhafi dans ce roman, elle n’en est pas forcément le personnage principal. Ce privilège revient évidemment à mon héros, Jimmy Boris. Ensuite, je suis absolument au fait du droit à l’image de chaque citoyen de ce monde. Evidemment que chacun a droit au respect et à la préservation de son intégrité, de son patronyme et de son image. Mais, vous conviendriez avec moi que ce principe ne peut s’appliquer stricto sensu aux personnages publics. Aïcha Kadhafi se voulait à la fois la caution féministe et la défenseure du régime de son défunt père dans les instances internationales. C’était un rôle non négligeable. A ce titre, on peut parfaitement bâtir une fiction autour de son personnage, sans craindre un procès. Du moment où cette fiction n’est pas infamante.

Il y a eu au mois de mai dernier un sommet à Dakar, au Sénégal, qui a rassemblé vingt et un dirigeants libyens, à la recherche d’une sortie de crise pour leur pays. Cette rencontre, a été contestée par Saif Al Islam le fils du Guide libye disparu. Egalement, une réunion a été organisée plus récemment à Paris, à l’issue de laquelle un accord fixant les législatives au 10 décembre 2018 a été trouvé… Que vous inspirent ces faits d’actualité ?

Evidemment, toutes les initiatives de sortie de crise sont à saluer et à encourager, car la Libye est en proie au chaos depuis sept ans. La chute cataclysmique du régime de Kadhafi a créé une dangereuse instabilité dans la zone sahélienne où grenouillent jihadistes de tout poil, kidnappeurs et trafiquants de drogue. Les deux acteurs-clés de la normalisation de la Libye- à savoir Fayez al-Sarraj, chef du gouvernement d’entente nationale, installé dans la capitale Tripoli, et le maréchal Khalifa Haftar, seigneur du Grand Est, et dont les troupes contrôlent les trois-quarts du pays- doivent taire leur ego, afin que la Libye sorte de ce cauchemar. Et que les droits des étrangers y soient respectés ! Les autorités libyennes doivent enfin déchirer ce voile de silence jeté sur les violations massives et répétées des droits des migrants transitant par leur territoire !

La DGSE ( Direction générale de la Sécurité extérieure) reste au cœur de ce nouveau roman porté par votre héros, Jimmy Boris, cette institution est-elle pour vous une véritable source d’inspiration ? Que représente t-elle donc ?
La DGSE est juste un alibi permettant « d’occuper » mon héros Jimmy Boris. Il lui faut bien travailler dans un service secret. J’aurais pu choisir la DGSI. Mais ce faisant, je circonscrirait les aventures de mon héros à l’Hexagone. En mentionnant que Jimmy Boris est contractuel de la DGSE, je peux l’envoyer de part le monde. Mon ambition étant de pérenniser cette saga Services secrets français, il est bien plus exaltant pour le lecteur de suivre mon héros barouder à travers les cinq continents.

Où peut t-on se procurer le livre ?
A Paris 5e, La vengeance d’Aïcha Kadhafi est disponible à L’Harmattan, à Présence Africaine. Dans le 14e arrondissement, on peut l’acheter au kiosque à journaux du Métro Gaieté, avenue du Maine. Le roman sera bientôt disponible à la FNAC et en commande sur Amazon.
A Cotonou, on peut se procurer La vengeance d’Aïcha Kadhafi à la librairie SONAEC, au centre-ville. Là, je suis en négociation avec d’autres librairies afin que le roman soit disponible en Afrique, au Québec, en Suisse, en Belgique et aux Antilles. Et bien évidemment, on peut commander le roman, moyennant un chèque de 10 euros, aux éditions Licht, au 4 rue du Temple, Ris-Orangis, France.

Avez-vous d’autres projets en cours ?
Après Panique à Cotonou publié en 2014 et Putsch à Libreville paru en 2015, ce roman La vengeance d’Aïcha Kadhafi est juste le numéro 3 de la série Services Secrets Français. J’ai presqu’achevé l’écriture du numéro 4 et suis déjà en train de dresser le squelette du numéro 5. C’est dire que cette série se poursuivra, autant que Dieu me prêtera vie.

Je vous laisse le mot de la fin.

J’exhorte les lectrices d’Amina à beaucoup sensibiliser leur entourage à la lecture. Qu’il soit enfant, cousin, sœur, grand parent,nous ferions œuvre utile à un proche en lui offrant un livre ou un abonnement à un journal, tant l’écran est devenu envahissant de nos jours. La consultation frénétique d’un écran conditionne à l’inertie mentale, et débouche sur une altération graduelle de notre capacité de réflexion. Vous l’aurez compris : je suis farouchement opposé au tout-écran. Plutôt un bon livre qu’un écran ! Pour paraphraser Antoine Albalat, l’un des éminents essayistes de la littérature, « la lecture dissipe la sécheresse, active les facultés, déchrysalide l’intelligence et met en liberté l’imagination. »

La Rédaction

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