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Entretien avec M. Bernard AKPAN, Directeur général de l’Agence nationale de métrologie et du contrôle de la qualité.

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Lisez donc chaque mois, nos dossiers « Enquête » dont le premier numéro traite d’un sujet de grande importance : la qualité et la composition du pain que nous consommons.

Les rédacteurs de Salamin l’ont traité sous divers angles et avec divers acteurs. Ainsi vous aurez à lire :

 


 

Entretien avec Bernard AKPAN, Directeur général de l’Agence Béninoise de Métrologie et du Contrôle de la Qualité

« Il ne s’agit pas de fustiger les boulangeries … il s’agit de les accompagner à se régulariser »

L’Agence Béninoise de Métrologie et du Contrôle de la Qualité (ABMCQ) est l’une des structures chargée de veiller au respect des normes aussi bien pour les produits alimentaires que pour les produits non  alimentaires. Sous la direction de Bernard AKPAN, elle s’applique à amener les boulangeries et pâtisseries à respecter les prescriptions légales en matière de production et de commercialisation du pain. C’est ce qu’explique le directeur de l’ABMCQ dans cet entretien.

 

Photo : AKPAN

                                          

Dites- nous le rôle de l’ABMCQ

L’Agence Béninoise de Métrologie et du Contrôle de la Qualité est sous la tutelle du Ministère de l’industrie, du Commerce et de l’Artisanat. Elle a pour mission essentielle de mettre en œuvre la politique nationale en matière de métrologie, de même que la politique nationale dans le domaine de la qualité. Métrologie comme le nom l’indique a pour racine « Mètre » qui signifie « Mesure » et logos, science. Elle signifie donc la science des mesures. Et nous autres par rapport à cela nous avons pour rôle essentiel de contrôler  tous les instruments de mesure que ça soit fabriqué au Bénin ou ailleurs avant son utilisation.

L’ABMCQ a deux objectifs essentiels. Le premier c’est de garantir l’équité dans les transactions commerciales. Le second c’est de garantir aussi la protection de la vie humaine.

 

Garantir la protection de la vie humaine vous amène à avoir un regard sur la consommation des citoyens. Que faite-vous par rapport au pain qui est un produit de grande consommation pour que certaines normes soient respectées?

C’est vrai que le pain est un aliment de grande consommation. Ce faisant, il est important que sa fabrication soit contrôlée. Et c’est pour cette raison qu’il y a des dispositions qui existent. Il y a des décrets qui ont été pris, des arrêtés d’application qui ont été également pris.

 

Peut-on avoir une idée de ses textes?

Le décret 86-216 portant réglementation des instruments de mesure en république du Bénin est l’un des décrets les plus importants en la matière. Il y a des arrêtés tels que l’arrêté 2005-O97 portant sur les prix et les poids du pain. Il précise dans quelles quantités les boulangers doivent produire et à combien ils doivent vendre aux distributeurs. Et à combien les distributeurs doivent vendre aux consommateurs. Voilà les réglementations que nous avons. Il y a une autre réglementation qui est l’arrêté 2005-098 qui est aussi un arrêté d’application du décret dont je viens de parler tantôt… Donc des textes existent en la matière.

 

Le pain : quel poids, pour quel prix?

Effectivement par rapport au prix et au poids lorsque nous prenons un pain de 160 g ce pain doit être vendu aux distributeurs à 90 FCFA. Et le distributeur doit vendre aux consommateurs à 100FCFA. Lorsque nous prenons le pain de 200 g, il doit être vendu aux distributeurs à 113 FCFA. Et les distributeurs doivent vendre à 125 F. Je crois que par rapport au prix il n’y a pas trop de problèmes majeurs parce qu’ils respectent ; c’est le poids qu’ils ne respectent pas. Et c’est sur ça surtout que nous travaillons. Nous allons contrôler pour voir s’ils respectent le poids. Mais nous notons justement qu’ils ne respectent pas le poids. Il y a également les composantes du  pain, plus précisément le blé, la farine du blé auxquels ils mélangent un produit qu’on appelle bromate de potassium et c’est ce produit qui fait gonfler le pain. Mais ce produit est en réalité toxique. Un produit dangereux pour l’organisme. Mais il faut dire que le bromate de potassium est détruit à la cuisson, mais s’il est mis en excès, si la cuisson n’est pas assez longue, ou pas à une température suffisamment élevée, il peut en rester un résidu dangereux si consommé. Mais comme  vous le savez, nous avons deux catégories de boulangeries : artisanales modernes.

Les  boulangeries modernes utilisent les fours et lorsque le pain rentre dans le four, c’est une température élevée et nous avons de fortes chances qu’effectivement cet élément chimique ne nuise pas à la santé. Mais ce qui doit être plus préoccupant, ce sont les boulangeries artisanales parce qu’elles utilisent les fours traditionnelles et on ne peut pas contrôler vraiment la température pour savoir si c’est élevé ou pas. De toutes les manières, nous au Bénin, nous n’avons pas les moyens de contrôler de façon plus précise les températures. C’est donc pour cette raison que nous avons des textes pour carrément refuser l’utilisation du bromate de potassium. Sinon  aux Etats-Unis, ils n’ont pas fait interdiction d’utilisation de bromate dans les boulangeries parce que eux ils ont tous les moyens de contrôler par rapport aux températures ainsi de suite.

 

A défaut d’utiliser le bromate de potassium qui est frappé d’interdiction, quel autre produit vous proposez aux boulangeries pour compenser la valeur nutritive et la valeur commerciale du bromate de potassium ?

Il n’y a pas à compenser parce que l’Etat a pour objectif essentiel de protéger ses citoyens, la population. Ce que l’Etat doit faire pour la santé de la population c’est de cela qu’il s’occupe. Il ne s’agit pas de leur proposer d’autres éléments à utiliser. Ce sont eux qui doivent chercher mais nous, nous devons vérifier pour voir si ce qu’ils utilisent est bon pour la santé. Donc l’Etat n’est pas là pour proposer quelque chose en remplacement aux boulangers.

 

Avez-vous connaissance de l’usage d’un autre produit par les boulangers qui feraient l’option de ne pas utiliser le bromate de potassium?

Non. Nous entendons mais cela reste à vérifier, c’est pour ça que je ne voudrais pas aborder la question. Il parait que d’autres utilisent les formoles et autres mais ces produits sont plus graves. C’est pourquoi nous ne recommandons même pas l’utilisation de ces éléments. Le  pain  peut être fabriqué avec du blé sans problème. Je crois qu’il y a certains qui le font et qui ne font pas de perte.

 

L’ABMCQ est-elle en mesure de donner aujourd’hui le nombre de boulangeries modernes et artisanales qui opèrent sur le territoire béninois?

C’est possible, mais actuellement les statistiques ne sont pas disponibles à notre niveau. Pour les avoir,  c’est beaucoup plus à la Direction Générale du Commerce Intérieur. Elles existent. A un moment donné, nous avons fait le point pour savoir quelles sont les boulangeries qui existent. Nous reconnaissons effectivement que parmi les boulangeries modernes il y en a qui font l’effort de faire de bonne production. De la même manière, il y en a qu’il faut carrément fermer mais on ne peut pas fermer brutalement. Il y a d’abord un accompagnement. Il faut également sensibiliser avant de passer à  la force.

 

A quoi peut-on identifier une boulangerie qui respecte les normes ?

La première chose, une boulangerie qui est dans un environnement malsain n’est pas digne d’une bonne boulangerie. Parce que la première chose que nous recommandons comme l’ont prévu les textes c’est que toute boulangerie doit être dans milieu sain hygiénique.

En plus, les équipements utilisés doivent être de bonne qualité.

 

Si nous posons cette question, c’est pour faire allusion à cette polémique qui fait état de ce que la majorité des boulangeries ne seraient pas en règle.

Actuellement, il ne s’agit pas de fustiger les boulangeries. Il s’agit comme j’ai dit tantôt de les accompagner pour qu’elles puissent satisfaire la population parce que le pain est un produit de grande  consommation. Donc nous avons besoin de beaucoup de boulangeries au Bénin.

 

Dans quelle proportion les boulangeries respectent les normes ?

Je ne saurai avancer un pourcentage ; ce que je peux dire c’est que  parmi les boulangeries il y en a qui ne  respectent pas les  normes.

 

Au fil des années est ce qu’il y a eu une amélioration dans le sens d’une prise de conscience ou c’est la dégradation de la situation ?

Il y a un léger effort puisque nous faisons pression, mais il faut soutenir le contrôle pour plus d’amélioration.

 

Comment le consommateur peut reconnaitre un pain qui respecte les normes ?

Il y a les normes quantitatives et les normes qualitatives. Par rapport aux normes quantitatives, à vue d’œil on ne saurait l’identifier. Il  faut peser. Par rapport aux normes qualitatives où il faut voir s’il y a des éléments toxiques, il n’y a aucun moyen pour le constater. Ce  n’est pas comme une boisson où on peut demander de verser d’abord dans un verre bien clair et vérifier s’il y a des dépôts ou des couleurs.

 

Mais il est possible de recommander le pain grillé

Le pain grillé est fortement recommandé parce qu’il n’y a pas de moisissures. C’est conservable dans la durée. En plus, on a la certitude de l’élévation de la température pour ce qui concerne le bromate de potassium.

 

Lors de vos contrôles, notamment les tous derniers quels sont les constats qui sont souvent remontés à la surface ?

Ce sont les mêmes constats. C’est toujours les mêmes constats auprès des mêmes acteurs parce que lorsqu’on ne fait pas le contrôle de façon fréquente, ils récidivent. Or il faut avoir beaucoup de moyens pour rendre les contrôles fréquents. On ne peut pas être tous les jours dans les boulangeries.

Dès que nous tombons sur des irrégularités, nous sensibilisons et nous leur disons qu’il y a des sanctions. Elles peuvent être pénalisées avec des amendes qui vont de 10.000 à 1.000.000 F. Il y a des peines d’emprisonnement qui s’imposent en fonction de l’infraction de 15 jours à 06 mois.

 

Pour mener à bien vos missions de contrôle et vos missions d’applications des sanctions prévues par les réglementations, quelles sont les limites de vos  moyens ?

Les limites c’est que nous avons besoin des moyens  matériels pour être souvent sur le terrain. Nous avons également besoin des moyens humains. Le personnel n’est pas suffisant pour encadrer tout le territoire national.

 

A quand votre prochaine mission de contrôle sur le terrain ?

Nous ne pouvons pas vous le dire avec précision notre prochaine descente. Nous faisons des descentes inopinées parfois à 2 h du matin, l’heure à laquelle ils  procèdent au mélange des éléments toxiques.

 

La Rédaction

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