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Houawé Zounzonsa : le berceau des Rois d’Abomey

Sur les traces de l’histoire de la glorieuse dynastie des souverains d’Abomey, nous sommes allés à la maison originelle à Houawé Zounzonsa (Actuel Bohicon), sous le nom « Zounzon kpassa », baobab que les descendants d’Adjahouto, à la mort de ce dernier, ramenèrent de leur long périple depuis Allada. Sous la direction et l’éclairage de Nestor Dako-Wègbè, guérisseur traditionnel, petit-fils de Dako Kinmadozo, 4ème monarque dans la lignée Dako, nous avons revu le fétiche « Agassou »et nous nous sommes faits raconter l’histoire par une voix autorisée. Récit de l’histoire d’un des glorieux royaumes d’Afrique…
A la suite d’une dispute successorale intervenue à Allada après la mort d’Adjahouto, Zozérigbé est allé à Adjatchè fonder le royaume de Hogbonou (actuel Porto-Novo), Meidji, le benjamin de la famille devient Roi d’Allada. Zanvo, Dako, Djegbo, Ganyé-Yessou et Zonlon, tous frères germains, migrèrent vers l’intérieur du pays, accompagnés de leur mère Nanyé Sava et de leur Dogba Aglinguinou.
Après une courte escale à Zado (village Fon), où ils se rendirent compte très vite de l’inhospitalité du milieu du fait des nombreux cours d’eau qui inondent fréquemment la région en saison des pluie et où le vénéré père de la migration Dogba Aglinguinnou aurait rendu l’âme, ils arrivèrent à Cana. Mais à cause de l’escarpement du relief de la région, ils ont dû pousser plus loin leur expédition avant d’arriver à Houawé-Gbinnou où ils installèrent définitivement le fétiche Agassou signe de l’hospitalité du milieu. Ils décidèrent aussi de planter le « Zounzon kpassa » le grand baobab qu’ils détenaient depuis Allada.

Dako-Donou, « père » des rois d’Abomey
Très vite, les « nouveaux venus » s’imposèrent aux chefs de la région dont Nago Ayinon Kpahé, Chef de Cana et Adingni, Chef des Fon de la région. A la suite d’un conseil de famille, ayant réuni notamment les cinq frères ainsi que leur mère Nanyé Sava et qui devrait désigner l’héritier de leur feu père Dogba-Aglinguinnou, le choix a été unanimement porté sur l’aîné Ganyé-Hessou. Celui-ci, pour se faire sacrer roi, devrait, selon les pratiques, retourner à Allada pour suivre une cérémonie qui devrait durer trois lunes.
Sur instigation de leur propre mère Nanyé-Sava, Dako prétexta du départ de son frère aîné pour s’installer sur le trône des Agassouvi en prenant le nom fort qui, traduit en français, veut dire « Dako-Donou devient Roi en faisant fi de l’opinion de son grand frère ». S’en suivent quatre années de mésentente fratricide entre Ganyé-Hessou et Dako-Donou. Toujours grâce à l’ingéniosité de la mère Nanyé Sava, la réconciliation intervint à Aza-Hounkponto par l’élévation de leurs filles respectives au rang de « Nan ». L’une sera baptisée Nan Wouvèmian et l’autre Akonoumè, ce qui signifie respectivement « je suis insensible aux cancans » (Ganyé-Hessou), « Mêlez-vous de vos affaires » (Dako-Donou). Ainsi, Dako-Donou devient le véritable Roi des Fons dans la région de Houawé et Ganyé-Hessou, son grand-frère, le chef de la tradition, chef de la collectivité, chef de « Aïzan », chef d’Agassou et chef de tous les fétiches du royaume.

Dako-Donou, roi conquérant
L’usurpation du pouvoir par Dako-Donou grâce à la complicité de sa mère « Nayé Sava », semble découler de l’agression lancée contre les fils d’Adjahouto en l’absence de Ganyé-Hessou. Avant l’arrivée de Ganyé-Hessou, Dako-Donou et leurs suites à Houawé Zounzonsa, la région était essentiellement habitée par les Nagos et de nombreux petits chefs de tribu qui vivaient dans les cavernes existantes de nos jours. Le plus célèbre et redouble s’appelait Aïnon Kpahè. Afin de s’installer définitivement sur cette terre propice, les Agassouvis affrontèrent Aïnon Kpahè et l’éliminèrent. Les partisans de ce dernier, pris de panique, se dirigèrent vers d’autres régions pour chercher asile. La paix qui commença à régner progressivement fut à nouveau perturbée par une série de mouvements dans la région de l’actuel Bohicon.
Profitant de l’absence de Ganyé-Hessou parti pour son sacre à Allada, Dako-Donou engagea une série de conquêtes à Nandota, Agassoudanon et Sodohomè. On assista ainsi à la destitution des propriétaires terriens tels que Nando, Hlo, Ako, Adé, etc qui succombait tour à tour.
Dako-Donou devint alors le chef de terre et installa Kpoton et Agahoussin (roturiers) sur les terres ainsi conquises et annexées à son territoire.
En poursuivant ses conquêtes, Dako-Donou élimina successivement Kpolo Yahassè à la bataille Lissèzoun, puis le très puissant Adé, Chef de Lissè-Sodohomè et détenteur du pouvoir d’invisibilité.
En témoignage de sa victoire sur les Nagos Nanto et Hlo (terriens de Nandota Somin), Dako-Donou prit le “nom fort” de “Hlihli Somin”. En raison du caractère redoutable du Roi Dako-Donou, son meilleur ami, méfiant de la confiance qui lui est véritablement vouée, se retira de nuit avec toute sa famille pour s’installer derrière les collines de Gbowélé où il fonda la ville de Savalou.
Jusqu’à sa mort en 1645, le Roi Dako-Donou a toujours réprimé sévèrement les révoltes. Son royaume s’étendait déjà à Lissèzoun, Tindji et Lissè-Sodohomè.
Au Sud de Houawé, il installe de douane à Cana qu’il confia à Wankpo pour contrer les agressions de Dénou Lissèzin et d’Akiza. A l’Est, il en fit de même à Kpoton contre les insurrections des Nando et Hlo. A l’Ouest, un poste de douane fut également créé et confié à Agbossaga pour faire face à l’invasion des ennemis. Il installa ensuite les Chefs de culte et instaura ainsi l’adoration des “vaudouns”. Il nomma Soglo, commandant en Chef de l’armée du royaume et lui confia son fils Aza en vue de son entrainement à la guerre. Au commandant en Chef Soglo, ont succédé Adanmagniganou puis Dossou Dêwa. Le roi désigna également un premier ministre (Migan) en la personne de Hassou Kini, homme vigoureux et très doué dans l’art des sciences occultes.

Le prince Aho surnommé Houégbadja : héritier et semeur de gloire
Les allégations selon lesquelles Houégbadja serait le fils de Ganyé-Hessou et non celui de Dako-Donou ou encore que ce dernier n’aurait eu que des filles sont, selon ses descendants, nulles et de nul effet. Avant son arrivée dans la région de Houawé, il avait déjà eu deux enfants dont l’un, un garçon, du nom de Wolohoun, et l’autre, une fille, du nom de Kpofontin. Vinrent ensuite Houégbadja qui a suivi Wolohoun, ses autres frères et sœurs germains, Aza Hounkpoto, Kodjadou, Hounsou-Hounsou (Tohossou), ancêtre protecteur de Zomadonou (Un autre Tohossou engendré par le Roi Akaba et érigé à Abomey) et pour finir nan Zodoba.
Houégbadja a encore un frère consanguin du nom de Attindoto qui a élu domicile à Avogbanna et une sœur Nanyé Noukouin, mariée à Zozoun, père de Abodé à Adanhondjigon (Actuelle commune d’Agbangnizoun). Tous les enfants de Dako-Donou, à commencer par Houégbadja lui-même jusqu’à la dernière fille Zodoba, sont issus d’une même mère, Akpatéwou, originaire d’Atchonmè qui se trouve être la maison maternelle du roi Gbè hin azin (Béhanzin). Aux dires de Monsieur Nestor Dako Wègbè, la gloire qu’a connu le Roi Béhanzin lors de son passage sur le trône d’Abomey, il le doit entre autres à Houégbadja qui traça les prémices de ce qui deviendra plus tard, l’un des plus grands royaumes d’Afrique.
En effet, après un fâcheux incident familial survenu à la cour royale et après s’être expulsé du palais par Dako-Donou, Houégbadja ira se réfugier chez Adingni, ennemi juré de son père. Pour regagner la confiance de ce dernier, il lui ramena la tête de son hôte emballé dans un pagne, éliminant ainsi la plus sérieuse menace au règne de son père. Ce dernier, reconnaissant et fier de son fils, lui indiqua l’emplacement à partir duquel devrait s’étendre ce jusqu’à l’infini, son domaine propre. Ce domaine inclurait, selon notre guide, ce qui sera plus tard, le grand royaume de Danhomè…

Benincultures

La Rédaction

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