Salamin Magazine
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La porosité des frontières : Une véritable source d’insécurité en Afrique de l’Ouest

La plupart des frontières de l’Afrique de l’ouest végète dans une insécurité totale. Et pour cause, la circulation incontrôlée des personnes et des marchandises. Un tour au niveau des frontières entre le Bénin et le Togo, le Bénin et le Nigéria, et le Togo et le Ghana, la réalité est là. Celle des flux ‟informel” comparée aux passages ‟officiels” à la douane.

Sabine KIKPADE

En Afrique de l’Ouest, la règle exige que le passager qui veut traverser la frontière se fasse enregistrer sur la base d’un titre de voyage. Soit sa carte d’identité, son passeport, ou autre document correspondant. De tous ces documents, la carte d’identité est la plus courante parce que plus accessible à la population alphabétisée. Ainsi, elle suffit pour traverser toutes les frontières dans la région ouest-africaine.

Les frontières : sources de corruption pour les agents de sécurité

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Aflao (Frontière Toho-Ghana)
Sur les lieux de passages réglementés à la frontière, la corruption a pris le dessus sur la sécurité. Les agents de sécurité se préoccupent plus de leurs poches que de la sécurité de leurs pays. A Hillacondji, des deux côtés de la frontière entre le Bénin et le Togo, un véritable système de rançonnage est organisé au profit des agents de sécurité. Sans titre de voyage, le passager paie cinq cent francs Cfa (500 F), et le tour est joué. Pas de contrôle, ni rien. L’enregistrement des véhicules est également soumis aux mêmes conditions. Mais juste à quelques différences près. Normalement tout véhicule traversant la frontière doit se faire enregistrer à l’entrée comme à la sortie. C’est ce qu’exigent les dispositions règlementaires. Mais malheureusement le constat est tout autre. Juste un petit billet de francs Cfa et la voie est toute ouverte. L’insécurité prend de la place, car rien n’est contrôlé. Ces faits ne sont pas particuliers au Togo. Ils existent sous diverses formes dans les quatre pays mis en étude. Les enregistrements au niveau des frontières permettent non seulement de savoir qui entre et qui sort, mais aussi ce que va faire l’intéressé dans son nouveau pays d’accueil, puisque ces enregistrements donnent lieu à des documents utiles à exploiter. «Dans le cas du Togo par exemple, ces documents portent diverses informations comme par exemple l’identité du passager, sa date et lieu de naissance, son domicile habituel, sa destination et la durée de son séjour. On retrouve les mêmes types d’informations au Bénin à quelques différences près. Même remarque pour le Nigéria et le Ghana, mais également à quelques différences près», a décrit Emmanuel Gu Konu dans le livre ‟Les frontières en Afrique de l’Ouest, sources et lieux d’information”. Les frontières d’Etat sont extrêmement perméables, car les structures de contrôle n’existent pas partout. Là où elles ont pu être implantées, elles ne fonctionnent presque pas car la corruption a gagné du terrain. Au finish, une minorité du flux migratoire est enregistrée dans les documents, et très souvent encore mal enregistrée.

Les différents contournements au niveau des frontières

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Hillacondji (Frontière Bénin -Togo )

«Qu’il s’agisse de Kraké (frontière Bénin/Nigéria), de Hillacondji (frontière Bénin/Togo), ou d’Aflao (frontière Togo/Ghana), ces espaces prennent appui sur la mer et sont étendus le long de la mer sur plusieurs kilomètres (km). Kraké se développe sur environ dix-sept (17) km le long de la frontière. Elle forme ainsi un espace continu, que franchissent avec beaucoup de bonheur tous ceux à qui ne profite pas le passage réglementé» a souligné l’auteur Emmanuel Gu Konu. Ce qui rend donc difficile voire impossible, une véritable observation de qui entre ou qui sort du pays. Aflao quant à elle offre un cas extrême. L’espace-frontalier est un milieu urbain continu sur une dizaine de kilomètres. Ceci, à cause de la jonction de Lomé à la ville ghanéenne Aflao. Il est quasi incontrôlable. Selon un Conducteur de taxi moto togolais, pour éviter la grande frontière, de Lomé les passagers payent deux milles francs Cfa (2000 F) à un conducteur de taxi-moto, qui les aident à prendre par le contournement pour rallier Aflao. Ceci au vu et au su des douaniers qui laissent faire. Leur souci, c’est d’empocher quelques billets de banques. «A Hillacondji, l’espace-frontière se décompose en une série de sous –espace. Le premier s’étend de la ville d’Aného à la barrière douanière côté togolais. Et le second s’étend de la barrière douanière côté Bénin, jusqu’à Grand-Popo. Ensuite viennent les deux lieux de contrôle et d’enregistrement avec leurs structures. Les passagers qui veulent contourner les dispositions règlementaires ont plusieurs issues. Certains prennent clandestinement à pied les chemins qui passent entre la mer et l’espace-frontière sous contrôle permanent et rejoignent la route après la barrière douanière, béninoise ou togolaise selon le sens. D’autres venant au Bénin prennent par Agbanakin ou Djeta ou, par Agoé ils passent la lagune par pirogue et rejoignent directement Aného. Pour ceux qui viennent d’Aného, les points de passage sont Agoegan, Seko, Djeta ou Agbanakin, pour rejoindre la route Lomé-Cotonou. Les piroguiers parviennent à faire passer ainsi, un nombre important de personnes avec leurs marchandises», découvre t-on dans le livre ‟Les frontières en Afrique de l’Ouest, sources et lieux d’information”. Ce qui ouvre de nombreuses portes à l’insécurité. La porosité des frontières favorise également le trafic de médicaments contrefaits, de cigarettes, de drogue, d’êtres humains, et autres. En raison des conditions de l’enregistrement sur les lieux de passage règlementé, et vu la grande perméabilité des frontières, il existe un grand écart entre le nombre des passagers enregistrés et celui des passagers non enregistrés.

L’insécurité frontalière liée aux menaces de groupes islamistes exogènes

«Selon une source citée par la presse nigérienne au dernier trimestre de 2011, les zones frontalières du Bénin, contigües au Niger, pourraient être touchées par l’activisme djihadiste, à la faveur d’une jonction entre des éléments du groupe islamiste nigérian Boko Haram et de nouveaux groupes de prédicateurs extrémistes actifs dans la ville de Gaya, dans la région de Dosso qui fait frontière avec le Bénin. Profitant ainsi de la porosité des frontières, ainsi que des rapports séculaires de traditions, de cultures, de langue et de la religion ces groupes voudraient exploiter la pauvreté qui affecte ces régions et qui expose nombre de jeunes à la tentation de rejoindre leurs rangs.
Au Bénin par exemple, la perméabilité des frontières fait du pays, la plaque tournante du commerce dans la sous-région, et l’insuffisance de moyens de répression, fait du pays une cible facile pour les trafiquants» peut on lire dans le livre ‟Systèmes de conflits et enjeux sécuritaires en Afrique de l’ouest” de GOREE INSTITUTE.

Le problème de sécurité en Afrique de l’ouest est beaucoup plus lié à la porosité des frontières, et il faut que les Chefs d’Etats Africains y pensent et y remédient. Beaucoup de choses traversent les frontières africaines. Et malheureusement sous les yeux des douaniers qui ne pensent pas toujours à l’intérêt général. La sécurité de la population est ainsi mal assurée. La difficulté des États de l’Afrique de l’ouest à surveiller efficacement leurs frontières, la montée d’une production d’armes artisanales insuffisamment encadrée, les multiples manquements aux embargos sur les armes à destination ou en provenance de certains pays en conflits de la sous-région ou des régions voisines, sont les maux qui minent la sécurité en Afrique occidentale. Beaucoup de contournements lient les pays de l’Afrique de l’ouest. Il faut donc que les dirigeants de ces pays trouvent une solution pour sécuriser ces différentes zones. Cela y va de la sécurité de tous. Un autre grand défi à relever par les Chefs d’Etats de l’Afrique de l’ouest, c’est la réticence du personnel chargé d’assurer le contrôle des passagers au niveau des frontières à faire réellement son travail. Les administrations publiques doivent pouvoir trouver la solution en prenant des mesures fortes. La sécurité n’a pas de prix.

La Rédaction

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