Salamin Magazine
tabac

Tabagisme à Cotonou: LES ÉLÈVES, LES NOUVEAUX MAITRES DU TABAC

La consommation du tabac et autres produits du tabagisme prend d’ampleur dans les écoles et collèges.

 

chicha-celeste-junior-sword-

« Nous consommions des cigarettes à la recréation ou à la sortie des cours entre amis. Nous étions sept. Mais au départ, nous étions trois. Les autres nous ont rejoint par la suite ». L’air décontracté, Fulgence, ancien élève du collège d’enseignement Akpakpa-Centre de Cotonou se souvient de ce « jeu » qu’il faisait avec certains de ses camarades au cours des trois ans qu’il a fait au second cycle dans ce collège avant de laisser les classes depuis deux ans, après ses échecs successifs au Bac. A 17 ans déjà, en ce temps, il avalait un parquet de cigarettes au moins par jour. Et il n’était pas le meilleur du groupe. Certains de ses amis fumeurs faisaient, a-t-il dit, le double voire le triple de sa performance quotidienne.
Comme ce groupe de collégiens réunis, non pas autour des études à domicile, mais du tabac, ils sont nombreux à allier fréquemment scolarité et tabagisme. Et souvent, ils le font dans l’enceinte de leurs lieux d’éducation. « Cette année 2016-2017, nous avons surpris au moins une cinquantaine d’élèves en train de fumer dans l’arrière-cour du collège. Nous essayons de les sanctionner mais nous ne pouvons les renvoyer définitivement », déclare, tout soumis, le directeur d’un collège d’enseignement situé à Akpakpa. Dans les collèges privés, le phénomène est encore plus amplifié. Les piscines, les plages et les bars VIP constituent aussi leurs bases.
«Fumer, ce n’est pas un défaut. Ne fumes pas qui veut mais qui peut », lance Herman, vertu de son maillot de bain noir, assis avec une dizaines d’amis, autour de la piscine d’un hôtel situé à Fidjrossè, entre la fin des pavés et la clôture de l’aéroport international Cardinal Bernadin Gantin. Des 6 jeunes hommes et 4 jeunes filles, une seule n’avait pas de tabac entre les lèvres. « Chacun prend le tabac qu’il veut. Certains prennent des cigarettes. D’autres de la drogue à faible dose pour se renforcer. D’autres encore prennent du chicha », explique une des filles du groupe, tatouages sur les bras. Le chicha, c’est ce tabac à eau, d’origine iranienne. « Le chicha est plus cher mais il montre la classe. La vie, c’est les moyens », poursuit sans attendre la jeune fille, 15 ans environ, et en classe de Seconde dans un collège privé de Cotonou.
Cette propension des élèves pour le tabac est favorisée par la commercialisation de ce produit dans les alentours des établissements.
Selon les résultats d’une enquête réalisée en Août 2016 par l’ONG Initiative pour l’éducation et le contrôle du tabagisme, « chez les jeunes élèves âgés de 13-15 ans, 18% ont déjà fumé, 8,1% fument des cigarettes et 6,3% consomment d’autres produits du tabac ». Ces résultats révèlent également qu’autour des neuf écoles de Cotonou sur lesquelles l’enquête a porté, il existe 108 points de vente des produits du tabac dans un rayon de 100 mètres. Cette proximité entre les points de vente de tabac et les écoles ne serait pas l’effet du hasard, selon l’enquête de l’ONG IECT : « il existe des preuves indéniables que l’industrie du tabac cible délibérément et systématiquement les enfants afin de les encourager à fumer et à utiliser d’autres produits du tabac ».
Autrement dit, pour mettre fin à la consommation abusive du tabac par les jeunes ou tout au moins la réduire, il faut éloigner les points de vente des établissements scolaires. Augustin Faton, président de la plateforme « Halte Tabac Bénin » est ferme. « Il est important de revoir la législation en vigueur. Un projet de loi est actuellement sur la table des députés. Son contenu est plus répressive et permettra de ben maîtriser la consommation du tabac », a-t-il déclaré devant le Directeur de cabinet du Ministre de la santé. Et à ce dernier de donner des assurances. « Le gouvernement est conscient que le tabac nuit à l’avenir du pays et au développement. Et il est engagé pour que le projet de loi soit vite étudié », a rassuré Lucien Toko, lors d’une marche d’une marche de la plateforme anti-tabac du Bénin.
En attendant que les députés ne se penchent sur ce texte, les élèves continuent de « brûler » les écoles avec le feu du tabac.
Par Joël C. TOKPONOU

www.salamins.com

La Rédaction

Ajouter un commentaire

Suivez-nous sur les réseaux sociaux

Articles populaires