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Togo / Interview avec Dick Mawuto : “Nous avons beaucoup d’artistes… mais qui n’ont pas la plate-forme pour s’exprimer “


La musique est son domaine de prédilectionEn discuter avec lui reste toujours passionnant. Ingénieur de son etentrepreneur culturel, Dick Mawuto est à l’initiative de plusieurs festivals qui se déroulent au Togo au-delà de son rôle de responsable du Centre culturel LEVEL. A l’occasion de l’organisation de la 5e édition de Togoville Jazz Festival dont il est l’initiateur, il nous donne son point de vue sur le secteur musical togolais.

Pour sa 5e édition, le thème du Togoville Jazz Festival est “Les métiers eles arts de la scène, métier ou passion”. Quel message souhaitez-vous ainsi faire passer, notamment aux artistes togolais ?

Nous souhaitons qu’ils comprennent et appréhendent le fait que la musique n’est pas que passion, c’est un métierqu’il faut apprendre. Généralement, les gens viennent à la musique ou aux arts de la scène par passion maisaprès, il faut se professionnaliser. Un artiste chanteur doit être capable de jouer au moins à un instrument et celaveut dire qu’il doit apprendre. D’abord la voix même d’un artiste est un instrument et il doit apprendre à l’exercer.Ce n’est pas parce que tu as une belle voix, que forcement tu vas bien chanter. Il y a des règles à respecter. Ledon se cultive. Avoir le don, c’est un fait, avoir le talent est un autre fait et c’est la culture du don qui permet d’avoirle talent.

Revenons au début de l’initiative de ce festival. Qu’est-ce qui a rendu l’organisation d’un festival de Jazz au Togonécessaire ?

Togoville Jazz est un festival international de Jazz et des musiques du monde, qui accueille à la fois de la musique Jazz et toute musique, venant de n’importe quelle contrée du monde. Il peut s’agir de la world music, de la fusion, du traditionnel, ou du moderne, du moment où c’est de la bonne musique. Principalement, le TogovilleJazz s’explique par la double raison de la professionnalisation et d’une plateforme d’expression des artistes. Nous estimons que nous avons quand-même beaucoup d’artistes et de musiciens talentueux au Togo, mais qui malheureusement n’ont pas une vitrine ou une plateforme pour s’exprimer. Ensuite, le Jazz même en soi est une école et nous voulons permettre aux musiciens togolais de se frotter à d’autres professionnels du milieu pour acquérir plus d’expériences et être compétitifs sur le plan international.

Quid du Festival International de Rock et de Slam du Togo (FIRST) dont vous êtes également l’initiateur ?

Comme le dit le sigle, FIRST est un festival assez particulier, un mariage entre le Rock et le Slam. Aujourd’hui, on ne va pas dire que le Rock ne se joue plus dans nos contrées, mais il a tendance à disparaitre ; par contre le slamest un art qui a de beaux jours devant lui et beaucoup de jeunes s’y adonnent. Donc, nous nous sommes dit que coupler les deux, permettrait à ceux qui ne connaissent pas le Rock de le découvrir aux côtés du slam et ceux qui pratiquent déjà le Rock peuvent découvrir le slam, d’autant puisque le Salm et le Rock n’ont pas forcément le même public. Le festival est biennal et cela fera six ans l’année prochaine, sauf qu’on sera à la troisième édition. Il se tient en février, une période moins riche en activités culturelles ou festivals, permettant ainsi, à chacun d’être relaxe et de démarrer l’année sous de bons auspices.

On peut donc en conclure que le secteur musical togolais se porte bien au vu de l’effervescence créée par cesfestivals et d’autres activités qui s’y consacrent ?

Non. Et je risque d’être assez dur ; le secteur musical au Togo est moribond. Nous avons certes des activités etsurtout beaucoup d’artistes et de musiciens très talentueux au Togo ; mais malheureusement, nous n’avons pasde projets, ce qui fait que quand on parle de musique togolaise, cela ne dit rien à personne à l’extérieur. Lesindividualités ne peuvent rien faire, il faut une collectivité. Nous n’avons pas de groupes d’artistes ou musiciensqui défendent les couleurs du Togo à l’extérieur.

Il est vrai que la musique urbaine bouge au Togo, mais malheureusement ce n’est pas elle qui fait la musique.Quand on parle de musique, c’est tout un art et ça veut dire qu’il y a beaucoup de choses qui rentrent en ligne decompte. Quand on veut vraiment parler de musique, on parle des instruments, alors que la plupart des musiquesurbaines se font par programmation ; on joue le piano, et la guitare et la batterie sur l’ordinateur. La vraie musiquese fait sur une scène avec des musiciens : c’est cela la musique.

Ingénieur de son, vous avez eu l’occasion de participer à plusieurs festivals de musique dans le monde. Est-ce là la source des festivals que vous organisez dans votre pays ?

C’est vrai qu’en tant qu’Ingénieur de son, j’ai la chance et l’opportunité d’être invité à travailler sur beaucoup de projets et de festivals à l’extérieur.

D’abord le déclic de faire plus et de porter un projet culturel en l’occurrence un espace culturel et des projets de festival est venu du fait qu’en tant que technicien son, c’était un peu insupportable et déplorable pour moi de tenir devant des collègues qui te demandent : “il y a quel rendez-vous chez toi ?”. On n’en avait pas beaucoup. Je me permets de citer Africa Rythms, l’un des festivals sur lesquels moi j’ai beaucoup appris. Donc, quand tu sors, tu te rends compte qu’en fait, il n’y a pas assez de festivals de musique et cela étonne les gens que tu sois un technicien qu’ils estiment compétent et pourtant tu n’as pas assez de projets chez toi ; il y a une contradiction. C’est vrai que ce ne sont pas les festivals qui font les ingénieurs de son, mais leurs pluralités justifie néanmoins que vous avez de quoi vous exercer régulièrement.

C’est ainsi que je me suis dit pourquoi ne pas créer moi-même une plateforme. Mes projets de salles de spectacles et de festivals, sont donc d’abord partis de ce métier d’ingénieur de son. Et encore que maintenant, on arrive à rallier les deux ; tu croises des artistes avec qui tu tisses des liens et que tu peux inviter après sur ton festival ou monter des projets avec eux.

Du coup, quels impacts concrets ces voyages ont-ils sur vous d’une part et de l’autre sur votre travail au service du secteur culturel togolais ?

Personnellement, ça permet d’accroitre mon expérience, de corriger mes visions pour m’adapter un peu à ce qui se fait ailleurs. Ensuite, par rapport au milieu, ces voyages permettent de mettre en place un réseau ou de créerdes contacts avec d’autres festivals, d’autres artistes et promoteurs. Aujourd’hui, je peux prétendre inviter des artistes depuis le canada, ou la Belgique ou encore le Burkina et le Benin, à côté.

APIC : Vous avez récemment été nommé Ambassadeur du VisaForMusic. Qu’est-ce que le VisaForMusic et quel est exactement votre rôle ?

Mawuto DICK : VisaForMusic est l’un des premiers marchés de la musique au Moyen-Orient. C’est une sorte de festival, dont le but premier est de permettre aux artistes de présenter leurs projets aux programmateurs invités sur ce marché. VisaForMusic présente des prestations et des rencontres professionnelles qui permettent aux artistes d’être au contact des directeurs d’autres festivals, des directeurs de centres de spectacles ; d’être également au contact de différents programmateurs, des professionnels de la musique pour éventuellements’exporter ou exporter leur musique ou encore leurs projets.

Mon rôle est de faire un lobbying auprès des artistes, que ce soit de mon pays ou tout autre pays.Particulièrement par rapport à mon pays, il s’agit de faire un lobbying au niveau de l’administration pour que les artistes qui seront invités sur VisaForMusic trouvent les moyens d’y aller et de représenter valablement notre pays. Aussi, faire comprendre à chacun l’importance de ce marché et le bien-fondé de la vision que porteVisaForMusic.

Qui parle de diffusion parle d’espace, et au Togo, vous administrez l’un des centres culturels privés les plus connus, l’espace LEVEL. Qu’apporte ce centre dans l’univers musical togolais ?

Aujourd’hui, le centre LEVEL est devenu un espace de référence pour plusieurs artistes togolais et quelques artistes étrangers qui se font le devoir d’animer notre programmation, de donner des spectacles et de venir entretenir la vie de cet espace. Nous essayons dans la mesure du possible d’avoir une programmation mensuelle régulière et nous ne sommes pas que limités aux spectacles ; nous organisons de manière périodique des formations, des rencontres professionnelles. Par moment, l’espace reçoit également des artistes qui viennent en résidence pour travaillerDonc Level est un espace culturel togolais, mais qui est assez ouvert sur l’extérieur. Il offre par ailleurs un espace convivial de restauration.

Propos recueillis par Akouavi DAGONA ©APIC, Mai 2019 pour www.Salamins.com

La Rédaction

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