Salamin Magazine

Violences basées sur le genre, sexualité intergénérationnelle : Le sexe et l’Eglise, désormais bons compagnons grâce au COE/EHAIA et l’ONG Déborah


Sexualité, violences sexuelles, infection au Vih/Sida… Le sexe devient de moins en moins tabou à l’Eglise. Fidèles, bergers et leaders veulent limiter les dégâts et briser les mythes. A l’instar de la Bible, le débat sur la sexualité prend sa place dans les temples et veut l’occuper. Et c’est grâce à l’ONG Déborah avec l’appui du Conseil œcuménique des Eglises/Initiatives et Plaidoyer œcuménique sur le Vih et le Sida .

Jeudi 13 décembre. Malgré la fraicheur matinale, tous les sièges de la salle de conférence de l’hôtel Anastasia sis à Djèrègbé sont occupés. Fidèles méthodistes, pasteurs, responsables d’entités de l’église sont tous au rendez-vous. Face à eux, un psychologue pour les entretenir sur « la sexualité et les relations intergénérationnelles dans le contexte de l’infection à VIH ». Comme pour mettre les participants à l’aise, le communicateur s’est donné pour obligation dans un premier temps de faire tomber les préjugés et à priori sur la sexualité. « Pas de tabou. Nous sommes entre adultes et personnes responsables », lance-t-il. La suite des échanges ressemblait plutôt à un enseignement dans un amphithéâtre de gynécologie. Des participants devraient indiquer l’âge et les conditions de leurs premiers rapports sexuels. Etait-ce ou non sous le coup d’une contrainte ?

Exercice pas plaisant, mais auquel certains se sont donnés à cœur joie et sans la moindre réserve. « La sexualité n’a pas qu’une fonction reproductive. Tout est sexuel au sens où la sexualité c’est tout ce qui procure du plaisir (sexualité anale par exemple) », indique-t-il dans la suite de sa présentation. Pour ce qui est de la sexualité intergénérationnelle, il la présente comme mettant « en relation des acteurs de différentes génération l’un jouant le rôle de prestataire et l’autre de client à la recherche d’un service ». Le phénomène est une réalité sociale et prend différentes formes suivant les lieux, illustre-t-il. Pendant que l’orateur déroule son exposé, l’assistance autour de lui, d’une  assiduité à nulle autre pareille boit chacune des explications et déclarations de l’orateur.

Des échanges inhabituels entre chrétiens

Ce genre d’échanges plutôt inhabituel dans un cadre chrétien a été voulu par l’Organisation non gouvernementale « Deborah» avec l’appui du Conseil œcuménique des Eglises/Initiatives et Plaidoyer œcuménique sur le Vih et le Sida (COE/EHAIA). Depuis près de deux ans, elle s’est donnée pour mission de prémunir les jeunes méthodistes et toute la population en générale contre les risques liés à la sous-information et à l’ignorance sur la sexualité sous toutes ses formes. Sa présidente, la révérende Fifamè Fidèle Houssou Gandonou, Titulaire d’un Doctorat en théologie, option Ethique féministe. C’est elle qui, avec bien d’autres acteurs de l’église conduit ce « réseau chrétien pour la promotion spirituelle et sociale de la femme ». Pour elle en effet, « l’apport des églises sur ce terrain reste limité ». Non seulement il est limité, explique-t-elle, « mais tout se passe comme si la prédication et le témoignage de l’église venaient renforcer la résistance socioculturelle à la promotion humaine surtout celle de la femme ». Pour le docteur Fifamè Fidèle Houssou Gandonou, il faut corriger cela par une réflexion axée sur la  théologie du genre. Laquelle, indique-t-elle, « est donc urgente, et doit être menée avec des femmes et des hommes ouverts d’esprit ». 

C’est justement avec eux que des rencontres fréquentes, à l’instar de l’atelier organisé les 12 et 13 décembre dernier sont organisées autour de thème plutôt osés. « Ces thèmes ne sont pas souvent acceptés. Tout le monde n’est pas d’accord pour ce que nous faisons, cette manière d’aborder certains sujets au sein de l’église », confesse un des participants. Qu’importe ! Déborah, le Conseil œcuménique des Eglises/Initiatives et Plaidoyer œcuménique sur le Vih et le Sida et leur suite y vont de maintes fortes. Le nom a lui tout seul est indicateur, selon le numéro 1 du creuset. Il fait référence à la seule femme à la fois prophétesse et juge en Israël. Elle est parfaitement dans la vie sociale et spirituelle une personne ressource. « Épouse de Lapidoth, Déborah a exercé cette fonction avec rigueur et ténacité pendant 40 ans et a accepté d’aller au front avec le chef militaire ». Un personnage bien choisi et surtout, un « exemple qui incite les femmes à accepter de marcher avec les hommes pour la gestion de la cité et à travailler à la promotion du leadership féminin », précise la révérende Fifamè Fidèle Houssou Gandonou.

Améliorer les individus

” Nous ne pouvons pas espérer construire un monde meilleur sans améliorer les individus. ” Ainsi se dévoile le leitmotiv de l’organisation. Un engagement qui transparait davantage dans certaines prises de position et sujets abordés. C’est pourquoi, l’atelier sus évoqué a aussi évoqué « les défis de la santé sexuelle et reproductive et l’infection à VIH au Bénin ». Pour la circonstance, Clément Ahoussinou, Docteur, spécialiste sur l’infection VIH a été invité à entretenir les acteurs. Explication des concepts d’adolescents et de jeunes, état des lieux du thème au Bénin par le biais des statistiques et des données chiffrées, maux et désagréments liés à la santé sexuelle et à l’infection… « Il se pose un problème d’éducation. Le défi à relever est grand. Il faut se donner un objectif, avoir des fréquentations responsables, développer l’intégrité, l’humilité, le respect de l’autre, la solidarité et l’amour du prochain, l’amour du travail bien fait, mener sa vie avec sérieux, donner un sens à sa vie », conseille le communicateur.

Devenue l’apôtre de la lutte contre les violences sexuelles au sein de sa communauté chrétienne, Fifamè Fidèle Houssou Gandonou a elle aussi entretenu les siens sur « La violence sexuelle parmi les jeunes et adolescents et l’infection à VIH ». Cette présentation plutôt interactive a permis la compréhension du concept de violence avant l’évocation des manifestations, causes et, conséquences de la violence ont été évoquées. Le cas des enfants tutélaires, domestiques, écoliers et autres élèves abusés avec violence par des enseignants, parents, agents de santé, hommes de Dieu, responsables de société a été aussi abordé. Ce genre d’exercice qui tend à se répéter souvent a aussi le mérite de mettre en exergue des versets bibliques comme 2 Samuel 13 verset 1-22 qui présente un cas de violence. Un peu comme pour dire que le mal vient de loin et qu’il faille pour le renvoyer aussi bien loin.

La Rédaction

Ajouter un commentaire

Suivez-nous sur les réseaux sociaux

Articles populaires