Salamin Magazine

Bénin / Crise électorale : Soglo et les résistants mettent la pression sur Talon

L’ancien Président Nicéphore Soglo et toute la Résistance, du nom de la coalition des partis politiques de l’opposition, continuent la pression sur le Chef de l’Etay. Alors qu’un dialogue politique s’est ouvert au Palais de la Marina et a connu la présence de 10 partis politiques sur 11, ils ont adressé une lettre au Président Patrice Talon pour lui signifier les deux préalables avant tout dialogue. Il s’agit de l’annulation des élections législatives du 28 avril 2019 et de l’abrogation de certaines lois qui sont sources de la crise électorale actuelle.

INTÉGRALITÉ DE LA LETTRE DE NICÉPHORE SOGLO À PATRICE TALON

A son Excellence Patrice TALON
Chef de l’Etat
Chef du Gouvernement
Cotonou
Objet : A/S Lettre d’invitation à « Séance de Travail à la Présidence de la République »

Monsieur le Président de la République,
Par courrier en date du 10 Juillet 2019, par l’intermédiaire du Directeur du Cabinet Civil de la Présidence de la République, vous avez bien voulu inviter les Partis de l’Opposition membres de la Résistance ci-après cités Restaurer l’Espoir(RE), Union Sociale Libérale (USL), Forces Cauris pour un Bénin Emergent(FCBE), Parti Communiste du Bénin (PCB), à une « Réunion de concertation » à la Présidence de la République » le lundi 15 Juillet 2019 à 17 heures, et ce, « dans le cadre du dialogue politique que vous avez annoncé lors de votre discours à la Nation le 20 Mai 2019 ».
Le Communiqué Radio Télé sorti à cette occasion et signé du Directeur du Cabinet Civil (destiné à être « diffusé le jeudi 11 Juillet et vendredi 12 juillet aux heures de grande écoute ») cite entre autres invités, des « partis » tels « Gouverner Autrement », « Parti La Flamme Renouvelée », « Force Agissante », « Parti pour l’Engagement et la Relève », « Grande Solidarité Républicaine », autrement dit des partis dont personne n’a jamais entendu parler et qui n’ont signalé aucune activité sur le terrain. Par contre des Partis politiques importants connus de la scène politique de notre pays ont curieusement été omis. Tout cela à quel dessein ?
Monsieur le Président de la République,
Depuis votre appel au Dialogue, des Institutions se sont intéressées à la question d’une véritable paix dans le pays. Il en est ainsi de la Conférence Episcopale du Bénin(CEB) qui s’est portée volontaire pour faire office de Médiateur et s’est mise à la tâche. Quelle suite réserve-t-on à leur démarche d’autant que vous ne sauriez raisonnablement être Juge et Partie dans la crise actuelle ?
Qu’il vous souvienne, dans votre adresse à la Nation en date du 20 mai 2019, vous disiez ceci : « Conscient que nul ne devra manquer au chantier de construction de notre pays, j’inviterai très prochainement la classe politique pour des échanges directs, francs et constructifs au profit de notre bien commun, le Bénin ». Aujourd’hui les conditions sont-elles remplies pour que toutes les forces politiques contributives « de la construction de notre pays » soient présentes sur le sol national pour ce vaste chantier annoncé ?
Qu’il vous souvienne, le 6 mars 2019, dans un message à la Nation, vous annonciez vouloir organiser des élections législatives consensuelles « les élections qui soient de même nature de même qualité, de même convivialité que ce qu’on a connu jusque-là » et invité à un dialogue à ce propos. Dans cette logique, l’Ancien Chef de l’Etat, Vice- Président du Forum des Anciens Chefs d’Etat d’Afrique, le Président Nicéphore Dieudonné SOGLO vous a rencontré à deux reprises. Vous l’avez rassuré d’agir dans le sens de votre déclaration. Mais la suite tout le monde le sait ; vous avez fait exactement le contraire.
Peut-on vous rappeler, Monsieur le Président de la République, que depuis l’annonce du dialogue par vous le 20 mai 2019, et même avant cette date, quelques-uns des actes que votre gouvernement a posés à l’endroit de notre peuple et de sa démocratie ?
1°-L’ancien Président YAYI Boni a vu son enfermement renforcé avec des déferrements devant procureur, et n’a dû sa libération que par les luttes du peuple béninois et l’intervention des Chefs d’Etat de la sous-région et cela le 20 juin 2019. De nombreux jeunes, étudiants, artisans, etc. poursuivis par votre pouvoir, ont dû fuir dans les pays voisins où ils vivent une vie de misère.
2°-Pour la première fois, tout au moins dans l’histoire des trente dernières années de notre vie politique, des ordres ont été donnés pour tirer à balles réelles sur la population en manifestation pacifique et il y a eu à ce sujet de nombreux morts et blessés. Il en a été ainsi les 1er et 2 mai 2019 à Cotonou, à Kandi, Parakou, les 9 et 10 juin 2019, à Tchaourou et à Savè. Combien sont-ils ces morts et blessés ? Nous ne le savons aujourd’hui. Ce sont là nos martyrs, les martyrs de la démocratie. Jusque-là vous avez confisqué les corps des victimes qui ne sont pas rendus aux parents. Vous n’avez jamais précisé, qui sont les donneurs d’ordre.
3°- Depuis lors, bon nombre de jeunes des différents partis d’opposition sont arrêtés et croupissent en prison sous différents prétextes : « port de bandeau rouge au front » comme à Parakou, « participation au mouvement de Cotonou les 1er et 2 mai 2019 », « attroupement non armé non autorisé ». Ils sont mis sous instruction comme de vulgaires criminels.
Par vos lois dont celles portant code pénal et code numérique, vous avez ainsi instauré l’état de siège, restreignant à l’extrême les libertés individuelles jusqu’à arrêter des jeunes retrouvés à trois, pour « attroupement non armé non autorisé ».
Pas plus tard que le week-end dernier, vous avez procédé à l’arrestation du majordome de l’ancien Président YAYI Boni.
Or, jusque-là « aucun acte n’est posé de votre part permettant de ramener la paix tant souhaitée et d’entrevoir un « dialogue » sincère et inclusif entre les filles et fils de ce pays si meurtri. Et l’invitation faite en la forme et dans le fond transpire la ruse pour calmer l’opinion internationale.
Monsieur le Président de la République,
A la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO il est déclaré :

  • La Conférence se déclare préoccupée par la crise post-électorale qui a conduit à certains actes de violence au Bénin du fait de l’absence de consensus sur la mise en œuvre des réformes électorales…
  • La Conférence salue l’appel lancé par S.E.M Patrice Talon, Président de la République du Bénin en vue de la révision de la Charte politique et du Code électoral afin de les aligner sur les réalités du pays, ce qui est de nature à instaurer un environnement propice au dialogue avec l’opposition. La conférence demande à la Commission de continuer à suivre ces questions ».
    Il apparaît, aux termes de cette recommandation pertinente, que tout au moins, « la révision de la Charte politique et du Code électoral afin de les aligner sur les réalités du pays » est un préalable à tout dialogue sincère et fructueux.
    Or depuis lors, aucune initiative dans le sens recommandé par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement, n’a été amorcée à notre connaissance.
    Au regard de ces observations, nous, Partis de l’Opposition, membres de la Résistance à la Dictature despotique, invités à la « Séance de Concertation » du 15 Juillet 2019, signataires de la présente Déclaration, considérons que si tant est qu’il ne s’agit pas d’un marché de dupes ou d’une manœuvre de ruse, tout processus de concertation en vue du dialogue sincère nécessite des préalables indispensables.
    Ainsi :
    1°- Que toutes les personnes victimes (morts et blessés) dans la crise électorale qui a secoué notre pays depuis février 2019, soient annoncées au peuple, identifiés et les donneurs d’ordre situés.
    2°- Que toutes les personnes arrêtées pour les événements des 1er et 2 mai à Cotonou, Kandi, Parakou, des 9 et 10 juin 2019 à Tchaourou et Savè, des jeunes, arrêtés officiellement pour « attroupement non armé non autorisé », mais en réalité pour appartenance à des Organisations et Partis d’Opposition, soient immédiatement libérés.
    3°- « Que tous ceux absents du territoire national ou en détention et qui devront de ce fait « manquer au chantier de construction de notre pays » parce que contraints par les lois iniques, la répression du pouvoir à la prison et à l’exil, soient libres de revenir dans leur foyer et dans le pays pour participer à ces « échanges directs, francs et constructifs au profit de notre bien commun le Bénin » tel proclamé par vous-mêmes. Ce qui nécessite la prise d’une mesure d’amnistie.
    L’histoire politique de notre pays nous renseigne qu’avant la Conférence nationale de février 1990, sous le régime KEREKOU, ce dernier avait mis fin à la vie de l’Assemblée nationale révolutionnaire (ANR), amnistié tous les exilés politiques et dissout la constitution qui consacrait l’option idéologique de son régime, avant la tenue de la Conférence nationale souveraine.
    Tels sont, Monsieur le Président de la République, les préalables indispensables pour l’amorce d’un dialogue qui devra aboutir le plus vite que possible aux exigences démocratiques que sont :
    a- L’annulation des élections législatives exclusives du 28 avril 2019.
    b- L’abrogation des lois crisogènes dont notamment les lois portant charte des partis politiques et le code électoral, la loi portant code pénal, la loi portant exercice du droit de grève au Bénin, les lois portant création de la CRIET et la loi portant code numérique.
    Sans ces préalables, aucune rencontre pour concertation n’est envisageable. C’est dire que tout engagement qui aurait été fait par des soi-disant partis politiques d’opposition montés pour faire le nombre n’engagerait pas la Résistance à la dictature au Bénin.

Pour la Résistance,

Président Nicéphore Dieudonée SOGLO

La Rédaction

Site ouest-africain d'informations, d'investigations et de publicités

Ajouter un commentaire

Suivez-nous sur les réseaux sociaux