Salamin Magazine

Opinion : Le droit de résister à la violence

Les seize jours d’activisme « Tous Unis » (25 novembre -10 décembre) pour la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles posent essentiellement la problématique des violences commises à l’endroit  des femmes et des filles à travers le monde en raison de leur sexe et travaillent à la dénonciation de ces violences, à la punition des auteurs, à l’accompagnement des victimes et à la construction d’un monde sans viol, ni violence.  Il s’agit essentiellement de mettre en lumière cette violence endémique, d’en révéler la gravité, surtout en pointant du doigt  les  formes  multiples par lesquelles elle se manifeste et ses conséquences sur la vie entière de la fille, de la femme et de la société. Ces violences qui touchent les femmes de tout âge et de toute condition à travers le monde est un frein au développement et au progrès social.  Elles ont pour noms la spoliation des droits, les coups et blessures, le harcèlement moral,  les enlèvements, la traite d’enfants, le viol,  le mariage forcé , etc.



En fait, les violences ne sont pas seulement liées à la force. Elles prennent des formes différentes qui peuvent être physiques, psychologiques, verbales ou sexuelles. Le plus souvent, ces différentes formes de violence sont associées. Par exemple, la violence physique (frapper, gifler, etc.) est la forme de violence la plus facile à identifier, parce qu’elle peut laisser des marques visibles sur le corps. Si les autres formes de violences sont plus difficiles à reconnaître, elles font autant de mal à l’individu qui les subit. Insulter une personne, c’est aussi de la violence.

Dans ce sens, la violence est un déni, un refus de reconnaître à l’autre le droit d’exister, refus qui se manifeste  dès que cet autre devient une menace pour la sûreté de ses jugements et de ses interprétations.  A ce niveau Serge Molla, (« Violence », in Encyclopédie du Protestantisme)  développe toute une théologie de la croix se référant à la politique et au religieux et dit : devant la croix, l’être humain se révèle dans la violence qui l’amène à crucifier l’autre qu’il ne reconnait pas , cet autre auquel il dénie le droit d’exister , cet autre qui menace la sûreté de ses jugements et de ses interprétations.  La violence se comprend ainsi comme une désacralisation des pouvoirs religieux et politique, mais aussi une ouverture aux exclusions, aux rejets, aux guerres, etc. où le sens de l’autre et de l’humanité sont perdus.

A cet effet, la mobilisation à résister à la violence ne consiste pas à effacer la violence ou à l’interpréter faussement ou encore maladroitement comme ce qui se passe dans nos communautés religieuses et dans nos familles. Il s’agit plutôt d’une conversion, d’une metanoia qui permettra à la société entière et à chacun/chacune de trouver en la femme mais aussi en l’homme, une image de Dieu, qu’il doit respecter,  protéger et honorer.

Même si le débat sur la question doit s’engager au plus haut niveau et de manière politico-gouvernementale, la responsabilité individuelle et chrétienne interpelle notre sens de la justice et de la liberté.

La violence faite aux femmes est un déni à la justice et à la dignité, un refus  de reconnaitre l’humanité de la femme.  En plus des efforts considérables qui se font déjà et que nous saluons, chacun/chacune doit commencer dans son petit coin à dire : la violence ne passera pas par moi.

Mais les églises et les  acteurs religieux doivent aussi accompagner l’action car pendant longtemps, leur message et leur théologie ont  encouragé ou toléré de manière inconsciente une politique de subordination de la femme en ne dénonçant pas les actes de violence, ou en ne punissant pas les acteurs, mais aussi en perpétuant une forme d’éducation et d’enseignement qui  de manière subtile inculque chez la femme  des attitudes de soumission aveugle, de servitude et de mutisme. 

Dr Fifamè Fidèle HOUSSOU GANDONOU

Spécialiste en Féminisme et Ethique

La Rédaction

Site ouest-africain d'informations, d'investigations et de publicités

Ajouter un commentaire

Suivez-nous sur les réseaux sociaux

Articles populaires